De l’innovation à l’industrialisation : les enjeux de la gestion des ponts
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Le Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement), porteur du Programme National Ponts, entend bien ne pas voir les outils conçus par le consortium d'entreprises, de services publics et de chercheurs rester dans les tiroirs. L'enjeu est désormais de mener le passage à échelle, et ce dans un temps contraint. En effet, « nous faisons face à un besoin croissant d'inspection, de diagnostic. Rappelons que notre parc d'ouvrages est vieillissant, qu'il subit bien souvent un problème de surcharge, à quoi s'ajoute l'impact du changement climatique, qui peut accroître la détérioration des structures. Face à cela, nous devons agir avec des budgets contraints et une pénurie de main d'œuvre spécialisée », rappelle Pascale Dumez, directrice de Sixense Engineering et présidente de l'IMGC (Ingénierie de la Maintenance du Génie Civil).
« Nous ne nous en sortirons pas en déployant des inspecteurs en quantité, cela n'est pas possible, confirme Christophe Biernacki, directeur scientifique adjoint du centre Inria. Dans un premier temps, il faut identifier des groupes d'ouvrages, disséminés sur tout le territoire et de tailles diverses, mais partageant les mêmes problématiques. Ensuite, il faut être en mesure d'apporter une réponse massive, de manière automatisée ou pseudo-automatisée. » Pour trouver leur public et parvenir à cet effet de mutualisation, les participants à la table ronde organisée par le Cerema s'accordent à dire que ces solutions vont devoir faire leurs preuves et démontrer leur simplicité d'utilisation. Il est indispensable de ne pas concevoir des outils de gestion qui ne pourraient pas s'intégrer dans les systèmes existants des acteurs publics et privés.
Séverine Belly est directrice du département prototypes et projets numériques au Cerema et travaille sur la production de prototypes et de très petites séries, une étape importante pour valider l'utilité des innovations. Elle alerte sur le fait que pour être largement adoptées, celles-ci doivent être simples à utiliser. « Dans cette phase de prototypage, l'accompagnement métier est indispensable. Pour changer les habitudes du métier et libérer de la disponibilité aux experts, il faut s'assurer que les produits proposés soient opérationnels tout de suite, que leurs caractéristiques correspondent parfaitement aux améliorations souhaitées. »
L'accompagnement humain est d'ailleurs nécessaire tout au long du déploiement d'une innovation. « Il y a de réelles attentes de la part des métiers. Pour les bureaux d'études, les innovations technologiques et numériques sont perçues comme une source d'amélioration de la productivité. La vision est plutôt positive aussi chez les maîtres d'ouvrages, qui y voient un intérêt en termes de sécurité, de fiabilité, d'efficacité. Néanmoins, il est indispensable de les rassurer sur la fiabilité de ces outils », insiste Pascale Dumez.
Christophe Biernacki voit également un autre point d'intérêt de certaines innovations, capable de susciter l'adhésion : leur efficacité environnementale. « Nous testons par exemple des micro-capteurs robustes, mécaniques, qui fournissent une première information simple mais suffisante pour signaler la dégradation d'un pont. Ils sont notamment utilisés dans les systèmes militaires, et permettent d'éviter des déperditions énergétiques et de ressources humaines. »
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Des modèles économiques viables
« Face à la dégradation des ponts, nous allons être confrontés à un problème de financement » : des propos de Pascale Dumez dont se font aussi écho Christophe Biernacki et Séverine Belly. Point d'industrialisation possible si les coûts ne sont pas maîtrisés. Un impératif auquel Séverine Belly essaie de répondre avec ses démonstrateurs et prototypes. « Nous pouvons acheter un outil dans le commerce et le faire évoluer pour qu'il corresponde aux besoins des clients. Nous avons aussi de plus en plus de commandes pour des outils très légers, très faciles à utiliser. Ils sont peut-être moins performants, mais plus facilement utilisables pour des collectivités qui ont moins de moyens. » Un témoignage qui rappelle l'importance de calibrer les solutions aux besoins et de ne pas « sur innover ».
Pascale Dumez recommande de valider la robustesse d'un projet avant tout déploiement, en le confrontant à l'existence d'un marché, puis de le faire tester par les potentiels clients avant d'envisager toute commercialisation. Et prodigue de précieux conseils aux porteurs d'innovation : « Il ne faut pas sous-estimer les coûts d'industrialisation, ni ceux de commercialisation. Enfin, il faut bien anticiper les contrôles qualité, car il n'y a rien de pire que d'avoir des défaillances qui apparaissent. Cela a de lourdes conséquences en termes d'impact réputationnel. » Des conseils qui ne doivent pas entraver l'innovation, mais qui rappellent l'importance, comme le dit Christophe Biernacki, de travailler à partir de besoins et de cas réels.
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