Pourquoi les banques ont-elles des difficultés à répondre aux besoins des PME contrairement aux Fintech ?

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(Crédits : DR)
Même si les PME sont les plus répandues dans le monde, elles génèrent environ seulement 1/5 des revenus bancaires. Il semblerait bien qu’un grand nombre de besoins ne soient pas satisfaits.

Quelque chose ne va pas. Comme l'a indiqué J.D. Power l'an dernier, seulement 32% des PME aux EU estiment que leur banque comprend leur activité. Le marché britannique, selon Ipsos, doit relever un défi similaire en 2019 : 30% des PME locales recherchent des opportunités financières en dehors du secteur bancaire. D'après la Banque Mondiale, un total d'environ 70% de l'ensemble des petites, moyennes et micro-entreprises dans les marchés émergents ne peuvent obtenir de crédit.

Et ça ne s'arrête pas là. Sur la scène internationale, pas moins de 25% des PME se sont tournées vers les Fintech à un moment ou à un autre - et ce nombre pourrait atteindre le chiffre ahurissant de 64% en 2020 - d'après les dires des entreprises sondées par EY dans le rapport « Global FinTech adoption 2019 ».

Ce choix ne se fait pas seulement en raison des nouveaux produits ou services, c'est plus une question de nouvelles technologies, ce qui rend les chiffres encore plus impressionnants. Les Fintech semblent alléger les maux des entreprises, ce dont les banques sont incapables.

D'après McKinsey, les gérants de petites entreprises passent plus de temps à galérer avec la paperasse qu'à développer leur activité. Plus de 70% de ce qu'ils font est lié aux tâches administratives. N'est-ce pas désolant ?

Viennent ensuite les gros problèmes de solvabilité rencontrés par les PME. Les banques ne veulent simplement pas prêter de l'argent aux entrepreneurs sans connaître leurs antécédents. Pas d'antécédents - pas d'argent. Des prêteurs Fintech, quelqu'un ?

Comment cela se fait-il ?

Pour faire simple, les banques sont un peu à la traîne. Les procédures KYC, les processus liés aux risques, toute la paperasse... Tout cela ressemble fortement à de la torture médiévale pour un entrepreneur qui a besoin de trésorerie rapidement. D'où la raison pour laquelle ils se tournent vers les Fintech à la place - D'après EY, l'avantage des Fintechs est leur disponibilité 24h/24 et leur commodité.

Mais comment une Fintech quelconque, ou « gosse de riche » avec du cran, peut-elle rivaliser avec un adulte chevronné - une banque ?

Les divers échanges que j'ai pu avoir avec des gens travaillant dans le monde des Fintech m'ont permis de comprendre leur valeur ajoutée : oui, il s'agit bien de la technologie. Des éléments comme :

  • Les processus d'accueil numériques rapides et simples
  • L'évaluation des risques liés à l'Intelligence Artificielle basée sur d'autres sources de données
  • Un logiciel OCR basé sur l'IA qui rend la gestion de documents moins chronophages
  • Les processus automatisés

Voilà ce qui confère aux Fintech un certain avantage. Leur ADN est différent et repose sur la technologie, ce qui apporte une vraie valeur pour les clients et permet le développement de produits dédiés à la résolution des vrais problèmes de vie.

Du coup, pourquoi ne pas reproduire cela ?

Parce que ce n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Une banque moyenne souhaitant mettre en place un nouveau canal de vente de produit ou de service devra aligner quelques millions d'euros pour pouvoir le faire. Ce sont tous ces innombrables systèmes existants devant être à chaque fois intégrés qui font que les prix explosent. C'est comme ajouter trop de lest à un bateau qui ne pourrait pas garder le rythme.

Pour les Fintech, il suffit de quelques millions d'euros pour se payer une infrastructure informatique entière.

Et donc, le fait de prétendre être une Fintech ne marchera pas. Si les banques commencent à concurrencer les Fintech en jouant sur leurs règles, elles perdront.

Le changement, c'est maintenant

Revolut, l'une des Fintechs actuelles les plus prospères du marché, met aujourd'hui tout en œuvre pour intégrer un outil de gestion des dépenses à son application. L'entreprise a adopté un processus global, qui ne s'arrête pas au développement front-end, mais qui l'intègre au logiciel de comptabilité. Revolut résout les problèmes que le secteur bancaire n'a pas été capable de résoudre jusque-là - et c'est ce qui change la donne.

C'est cette manière de penser que les banques devraient adopter au plus vite. Il ne s'agit pas de se concentrer sur le produit lui-même mais sur le process qui apportera de vrais avantages aux clients.

La force de Fintech est aussi sa faiblesse

Le principal avantage des Fintech réside dans le fait qu'elles proposent des process de grande qualité et des prix bas. Comment ne pas se laisser tenter ?

Cependant, du point de vue d'un gérant de petite entreprise, le fait d'avoir de nombreuses applications et solutions pour gérer son activité n'est pas quelque chose de si attractif. Et c'est là que les banques entrent en jeu.

Pourquoi ne pas mettre en place un écosystème pour les PME ; un tas de solutions et de services complexes pour gérer une entreprise de manière plus fluide ?

Mais le but n'est pas simplement d'appâter une autre Fintech - de la « gober ». Il faut chercher à cerner la valeur fondamentale des petites entreprises.

Nous vs. Eux

Ces dernières années, les banquiers se sont concentrés sur la mise en place de changements structurels, sur la fusion des départements, et sur un véritable Tetris organisationnel. L'attention a donc été détournée des besoins des clients.

Et ensuite, la question des ventes est devenue une priorité. Toujours plus de ventes. Tout tournait autour de « nous ». Pendant ce temps, les Fintech ne se concentraient que sur « eux » - les clients et leurs souffrances.

Aujourd'hui, certaines banques ont enfin réalisé que la manière de penser des Fintech est la seule manière permettant de revenir à cette idée de croissance. Mais elles ne seront pas capables d'y parvenir seules. Elles ont besoin de partenaires. Elles doivent joindre leurs forces avec les Fintechs - et cela suppose la création d'un écosystème dans lequel les opérations bancaires vont de pair avec d'autres services. Lesquels ?

La phase finale

La mise en place d'un tel écosystème - constitué de services bancaires et non bancaires - pour épargner aux gérants de PME des tracas lors de leur gestion d'entreprise, pourrait être la meilleure chose à faire pour les banques.

Les services proposés pourraient être les suivants :

  • Comptabilité, facturation, analyse commerciale
  • Services juridiques
  • Outils CRM
  • Modes de financement différents

Il s'agit là de prendre en charge les processus clients de bout en bout. Un exemple ? Un système de comptabilité ne peut pas s'arrêter lorsqu'une nouvelle facture est ajoutée. Pourquoi ne pas créer une fonction permettant le paiement automatique - ou un rappel pour l'utilisateur de payer ce qu'il doit ?

Le fait de parler de ces services paye, car voici ce qu'il est possible d'obtenir en retour :

  • Apporter une nouvelle expérience client existante
  • Diviser le risque par deux, avec les Fintech répondant aux besoins des clients les plus à risque
  • Arborer un visage amical ; terminées les longues procédures et la méfiance
  • Avoir de nouvelles perspectives pour la comptabilisation - plus de données, plus de chances de vendre des produits à faible risque.

La vie n'est pas toujours rose

Pour une banque, il existe le bénéfice du doute. Il est essentiel de garder un œil sur ce qui est fait. C'est faisable avec un seul partenaire, mais que se passera-t-il s'il y en a une dizaine, proposant des produits et des services différents ? C'est un défi opérationnel de taille. La notoriété sera mise à rude épreuve.

Malgré cela, il semble qu'il n'y ait pas d'autre option si les banques veulent attirer plus de clients : trouver les bons partenaires afin de résoudre les problèmes des clients qui ne peuvent être réglés seuls.

Comarch SME banking : https://www.comarch.com/finance/banking/comarch-sme-banking/

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Łukasz Rozlach, Directeur du Secteur Banque, Comarch

Profil LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/%C5%82ukasz-rozlach-a14a672b/

Fort de ses dix années d'expérience en tant que conseiller informatique dans le domaine financier, Łukasz a une connaissance certaine du monde des banques et de leurs défis à venir.

Il est Directeur du Secteur Banque chez Comarch Financial Services, où son travail consiste à garder un œil sur la situation dans sa globalité : la stratégie globale du marché que l'entreprise choisit d'adopter. Dorénavant, il cherche à trouver le meilleur moyen par lequel les banques pourraient mettre en place une plateforme numérique pour répondre aux besoins des PME.

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