Seine Alliance, la poésie au fil de l’eau

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(Crédits : DR)
Seine Alliance regroupe 3 structures dédiées au yachting et à l’événementiel au fil de la Seine parisienne. Une offre de services pour les particuliers et les entreprises qui se veut complète, souple et qualitative. Seine Alliance c’est aussi (et surtout ?) le moyen pour son créateur Didier Spade de donner vie à ses rêves d’enfant, les voir naviguer et faire rêver les autres. Interview avec un Parisien passionné et entreprenant, capitaine au long cours de ses navires pour voir et rêver… plus.

Bonjour Didier Spade. Vous êtes le Président-Directeur Général de Seine Alliance (Paris Yacht Marina, Paris Yacht Limousine et Le Nouveau France). Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Didier Spade

J'ai débuté sur la Seine en 1989 ; j'étais fan de Jazz New Orleans et « in love with boats » depuis ma plus tendre enfance.

Après avoir été quelques années dans la communication, je voulais travailler dans l'univers des bateaux, tout en restant en région parisienne puisque c'était là que j'habitais. La Seine est vite devenue une évidence. Mais qu'y faire ?

Relisant régulièrement les bandes dessinées de mon enfance, je suis retombé sur l'album de Lucky Luke « En remontant le Mississippi » ; ça a dû être le « facteur déclenchant ». J'ai trouvé admirable cette course entre les deux « steamboats », l'Abestos D. Plower du Capitaine Lowriver, une véritable canaille, et le Daisy Belle du Capitaine Barrow ; cette aventure me prenait aux tripes et j'ai vite compris ce que je voulais faire : mettre des bateaux à roue sur la Seine et en faire les plus luxueux bateaux de la capitale pour une clientèle événementielle avide de voyage dans le temps et de belles sensations.

Lorsque j'ai débuté cette aventure, personne n'y croyait vraiment ; on me prenait pour un doux rêveur. Ça doit sans doute être vrai.

Ça n'a bien sûr pas été simple, mais en 1991, je lançai le « Louisiane Belle », un grand bateau à roue de 46 m de long authentiquement propulsé par sa roue à aubes, construit dans un Chantier de la région parisienne qui a été quelque peu surpris de ma démarche.

Puis il y eut le « Tom Sawyer », et le « Tennessee », en hommage à Johnny, dont j'étais un grand admirateur, et un peu plus tard, en 2003, le « Mississippi ».

Combien de personnes sont venues à bord habillées dans l'élégance de Scarlett O'Hara et Rhett Butler, pour se marier aux parfums de la Louisiane, dernier bastion de la culture française aux Amériques ? Je ne saurais le dire, mais j'en ai vu beaucoup repartir avec des étoiles dans les yeux.

Vous avez dédié votre carrière à la navigation et à cet espace fluvial qu'est la Seine parisienne. On dit de vous que vous êtes un passionné. Nous aimerions en savoir plus !

Les histoires de bateaux, ce sont souvent des histoires de passion. J'aime les bateaux, tous les bateaux, du dériveur au paquebot. C'est comme ça ; ça vient certainement de mon père qui avait la passion de la navigation en haute mer et qui lui-même avait un père décorateur de paquebots transatlantiques. Ce doit être une question d'ADN. Nous avons d'ailleurs consacré un site web à mon Grand-Père Baptistin Spade avec le référencement de ses nombreuses créations (www.baptistinspade.com). J'ai également amarré au sein de la Marina du Port de Grenelle à Paris, mon voilier d'enfance, le Cymar, un ketch portant deux mâts, que nous privatisons régulièrement pour des apéritifs exclusifs sur le pont ou des réunions VIP dans son carré aux parfums d'autrefois...

SEINE ALLIANCE regroupe trois structures : PARIS YACHT MARINA, PARIS YACHT LIMOUSINE et LE NOUVEAU FRANCE. Quel est leur périmètre d'activité ?

Paris Yacht Marina

Seine Alliance a principalement une activité événementielle parisienne sous l'enseigne Paris Yacht Marina, qui comprend plusieurs bateaux dont un yacht de luxe de 54m que j'ai fait construire à Saint-Nazaire en 2006, le Clipper Paris. Ce Yacht aux lignes élégantes permet de recevoir jusqu'à 180 convives dans ses salons cosy et chaleureux pour une croisière magique à travers la Capitale et ses monuments. Notre Marina dispose également d'un loft situé sur le quai appelé l'Atelier du FRANCE, du fait de sa thématique orientée vers le paquebot FRANCE dont ma famille avait décoré l'un des espaces. L'atelier du FRANCE est privatisé pour des évènements professionnels ou privés. Avec de larges baies vitrées ouvertes sur Seine, sa terrasse bord à quai et une vue imprenable sur l'ile-aux-cygnes, il séduit beaucoup par son ambiance moderne et atypique, dans un écrin de verdure.

L'Atelier du France est aussi le point de départ d'un grand projet que je porte et qui constitue le second volet de SEINE ALLIANCE : la construction d'un nouveau paquebot FRANCE. Le dernier, lancé par le Général de Gaulle en 1962, a été démantelé aux Chantiers d'Alang, en Inde, en 2007, après avoir été transformé en « Norway » dans les années 80. Une bien triste histoire immortalisée par la chanson de Michel Sardou, « Ne m'appelez plus jamais France ». J'ai donc pour ambition de redonner à la France un grand projet industriel emblématique, qui sera le porte-drapeau à travers le monde de nos talents dans les domaines des arts décoratifs, de la gastronomie et de l'innovation technologique notamment en termes d'environnement. Vous pouvez suivre l'évolution du projet sur notre site www.lenouveaufrance.com.

Le troisième volet de SEINE ALLIANCE est développé sous l'enseigne PARIS YACHT LIMOUSINE. Nous exploitons des bateaux de plus petite taille, conçus pour des promenades individuelles de prestige dans Paris ; au fur et à mesure, ils sont transformés en bateaux électriques, comme le « Black Swan », qui a été présenté le 4 novembre à la communauté fluviale. Le « Black Swan » réalisé par une équipe très professionnelle animée par Elisabeth Weis, en charge notamment du développement de notre flotte de bateaux électriques, a été très bien accueilli. Le partenariat avec le groupe Renault permet pour la première fois en France, de recycler des batteries de seconde vie sur un bateau et de créer ainsi des synergies transversales du milieu automobile vers le fluvial.

Yess, qui signifie « Yacht Electrique Sur Seine » fait partie de nos projets en cours de développement. C'est un bateau électrique de 33m, dans le style d'un yacht italien, élégant et racé. Pour le moment, la construction n'a pas été encore engagée, car de nombreux obstacles administratifs subsistent.

La navigation fluviale sur la Seine parisienne est un secteur très concurrentiel. Qu'est-ce qui vous permet de tirer votre épingle du jeu ? Disposez-vous d'atouts que vos concurrents n'ont pas ? Je pense surtout à Paris Yacht Marina, nous reviendrons plus loin sur le Yess.

Quand j'ai conçu mes différents bateaux, tous étant des constructions neuves, j'ai toujours parié sur une allure atypique. Dans l'événementiel en particulier, les gens veulent surprendre leurs invités afin qu'ils conservent un souvenir impérissable de l'événement. Plus le bateau sera original, plus ils s'en souviendront longtemps. Par ailleurs, nous avons une petite équipe expérimentée très à l'écoute du client : nos évènements sont de très bon standing avec une restauration de qualité. Le taux de satisfaction du client est exceptionnel et leur fidélité traduit l'excellence de nos prestations.

L'Atelier du France est une activité « à quai ». Une synergie avec la navigation ?

Bien sûr, c'est très complémentaire : une entreprise organise son séminaire à l'Atelier du France, journée studieuse, et le soir, ils vont se décontracter en faisant une croisière à bord du Clipper Paris. Nous proposons également des packages workshop à l'atelier avec un déjeuner à bord du Yacht. Parfois également le client nous demande en complément de sa prestation à quai, d'organiser de petites croisières à bord du James, un MONTE CARLO 37 qui peut accueillir jusqu'à 10 passagers. Les synergies sont multiples.

Venons-en au Yess... dont le site web m'indique que c'est encore à l'état de projet, à l'heure où le bateau électrique Black Swan est opérationnel. Le Yess c'est quoi au juste ?

Le YESS est un bateau électrique de taille moyenne destiné à l'événementiel parisien (entre 10 et 50 personnes idéalement), l'idée étant d'accueillir des groupes d'une capacité intermédiaire entre nos petits bateaux et le bateau parisien Clipper Paris.

Soutenu par HAROPA, Port de Paris lors de sa présentation à la COP 21, nous attendons le bon moment pour lancer la construction, une fois que les obstacles, principalement administratifs, auront été contournés.

Notre objectif est d'avoir une flotte de bateaux disposant d'une propulsion 100% électrique à l'horizon 2024. Naviguer en silence, sans émettre la moindre émission polluante : quelle belle exemplarité pour Paris qui sera sous le feu des projecteurs du monde entier lors des Jeux Olympiques. C'est un objectif ambitieux mais il est tout à fait réalisable.

Abordons maintenant le Black Swan. Atouts, dimension écologique, intérêts pour les utilisateurs... Dites-nous tout sur ce bateau !

Le Black Swan est un bateau à propulsion électrique d'une capacité de 2 à 8 personnes, prévu pour des croisières d'environ 2 heures. Il dispose de deux chaînes de propulsion 100 % électriques qui lui évitent d'avoir recours à un groupe électrogène ou à un moteur thermique de secours : il est un bateau « zéro émission à l'usage », totalement silencieux et sans aucun gaz d'échappement. Il procure donc un agrément aux usagers du fleuve et permet de les sensibiliser, qu'ils soient à bord ou non.

Le Black Swan s'inscrit aussi dans l'économie circulaire : ses batteries sont des batteries de seconde vie en provenance des véhicules Renault et adaptées par la société Green Vision. En effet, une batterie qui n'a plus assez de « jus » pour propulser une voiture en a encore assez pour propulser un bateau sur la Seine où la vitesse de circulation est limitée. Dépositaire d'une synergie naissante entre les acteurs de la mobilité, le Black Swan est aussi une contribution à faire de Paris une ville exemplaire en la matière alors que les J.O. de 2024 approchent à grand pas.

A noter également que la dimension écologique du Black Swan ne s'arrête pas à sa propulsion électrique puisque la coque est recyclée.

Le Black Swan et le projet Yess reflètent-ils une tendance générale ? L'avenir du yachting sur la Seine est-il 100 % électrique ? La navigation fluviale, les fameux bateaux mouches suivent-ils cette tendance ?

Pour le moment, les performances des batteries ne permettent pas d'équiper des bateaux qui naviguent toute la journée et toute la soirée en s'arrêtant juste le temps de débarquer et d'embarquer des passagers, comme les bateaux-mouches.

En revanche, elles sont plus adaptées aux bateaux restaurants, qui naviguent plus lentement et qui peuvent recharger leurs batteries entre le déjeuner et le dîner.

Mais il est certain qu'à terme, tous les bateaux seront électriques. Reste à savoir d'où viendra l'énergie, batteries, hydrogène, autre chose encore ? Toutes les spéculations sont possibles.

Une étude produite par la Communauté Portuaire de Paris dont je suis vice-Président, estime à 150 le nombre de bateaux circulant dans le bief parisien et potentiellement adaptable avec une propulsion électrique. Nous amorçons la tendance avec des réalisations concrètes et devons poursuivre nos efforts pour un Paris propre !

Revenons sur le yachting et l'événementiel. Deux activités où les métiers de bouche et de l'hôtellerie sont essentiels. Comment fonctionnez-vous sur ce plan ?

Nous avons une équipe pour la restauration, le « traiteur de la Marina ». Notre expérience nous a permis de sélectionner des professionnels très compétents et qui partagent nos valeurs d'excellence. Et cela fonctionne très bien depuis de nombreuses années.

Des conseils à donner à un porteur de projet qui n'a pas encore d'expérience de cet espace particulier qu'est la Seine pour un séminaire ou un événementiel d'entreprise ?

Comme disait le facteur Cheval, « Pour aller jusqu'au bout, il faut être têtu ».

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