La Chine en passe de devenir le leader mondial de la robotique

Par Constant Méheut  |   |  802  mots
L'entreprise chinoise de robotique Ever Win Company & Ltd. vient de réaliser un nouveau record mondial avec plus de 1000 robots dansant simultanément pendant une minute. (Crédits : www.guinnessworldrecords.com)
La Chine fait preuve de grandes ambitions dans le secteur de la robotique. Confronté à une perte de compétitivité croissante, l'Empire du Milieu entend investir massivement dans l'automatisation de son industrie manufacturière, au détriment des employés.

C'est un record passé presque inaperçu. Le 29 juillet dernier, lors du Qingdao Beer Festival organisé à Shandong en Chine, plus de 1.000 robots ont dansé simultanément pendant une minute, tous contrôlés par un unique téléphone portable. Cette performance saluée par le Guiness World Records est le fait de la société chinoise Ever Win Company & Ltd, qui bat ainsi le précédent record de 540 robots détenu par son concurrent national UBTECH Robotics Corps. Un signe, s'il en fallait à nouveau un, des ambitions grandissantes de l'Empire du Milieu dans le secteur de la robotique.

Une nécessaire modernisation du parc industriel chinois

Le modèle économique "d'usine du monde" qui a fait le succès de la Chine depuis deux décennies connaît depuis quelques années ses premiers signes d'essoufflement. La politique de l'enfant unique a entraîné un vieillissement démographique (les seniors représentent aujourd'hui 15,5% de la population chinoise) tandis que les salaires connaissent une forte hausse, de 15 à 20% chaque année dans le secteur de l'industrie. La main d'oeuvre est donc plus chère et moins importante. Une réalité économique qui pèse sur la compétitivité de la Chine qui perd peu à peu ses contrats au profit de pays de l'Asie du sud-est où les coûts manufacturiers sont devenus plus abordables. L'automatisation des industries pourrait-elle constituer la solution?

C'est en tout cas ce que croit le gouvernement chinois qui dans son treizième plan quinquennal (2016-2020) a mis l'accent sur la modernisation de son parc industriel via un investissement massif dans les robots. Selon ce plan, d'ici 2049 les usines chinoises devront être les plus sophistiquées du monde, devant celles de l'Allemagne, du Japon ou des Etats-Unis. Depuis deux ans, l'Empire du Milieu est ainsi devenu le plus gros importateur mondial de robots et on prévoit que d'ici 2018, un tiers de tous les robots utilisés dans le monde le seront en Chine.

Pékin affirme donc clairement l'objectif de dépasser ses voisins japonais et sud-coréens en termes de robotisation. Car la Chine est pour l'instant très en retard en termes d'automatisation des tâches : le ratio robots/travailleurs en 2014 y est 10 fois plus faible (36 robots pour 10 000 travailleurs) qu'au Japon (314 pour 10 000) ou en Corée du Sud (478 pour 10 000).

La robotisation massive au détriment de l'emploi manufacturier

L'intérêt d'un robot comparé à un employé? Son efficacité. Le robot travaille en permanence: il ne prend pas de pauses, pas de congés et ne dort pas. On estime ainsi que dans l'industrie, un robot de la nouvelle génération remplace quatre à cinq employés. Un avantage certain pour réduire les coûts et gagner en productivité. De nombreuses entreprises chinoises se sont ainsi lancées dans l'automatisation de leurs processus de fabrication, quitte à licencier massivement leurs employés. C'est l'exemple de Foxconn, un fournisseur d'Apple, qui a supprimé 60.000 emplois dans une de ses usines chinoises pour les remplacer par des robots.

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La course à la robotisation bouleverse le marché chinois. Après le fond d'investissement chinois Agic Capital qui a racheté l'italienne Gimatic et le groupe allemand KraussMaffei, tous deux spécialisés dans la robotique, c'est Midea, entreprise chinoise d'électroménagers, qui a annoncé mercredi détenir 94% des parts de l'entreprise allemande Kuka suite à une offre de rachat 4,5 milliards d'euros. Kuka, qui fabrique des robots industriels est un fleuron technologique de la Bavière, générant plus de 3 milliards d'euros de chiffre d'affaire. Il commercialise des robots qui fabriquent les Audi, les Porsche et les Ferrari et figure parmi les quatre meilleurs industriels du robot sur la planète. Avec ce rachat Kuka assoit un peu plus la domination chinoise dans le secteur de la robotique et permet à la Chine de rattraper les leaders mondiaux en la matière, à commencer par l'Allemagne qui avait lancé depuis quelques années son programme "d'industrie 4.0" destiné à maîtriser la quatrième révolution industrielle de l'intelligence artificielle.

Le développement d'une industrie robotique nationale

La Chine compte aujourd'hui 800 entreprises spécialisées dans la robotique avec quelques leaders mondiaux comme UBTECH Robotics Corp. Une quarantaine de "parcs industriels robotiques" sont en construction tandis que certaines provinces ont fait de la robotique une priorité de leurs objectifs de développement. C'est le cas de la province de Guangdong qui regorge d'usines automatisées. Celle-ci a investi 154 millions de dollars sur trois ans afin d'automatiser ses industries manufacturières.

La Chine a donc un coup d'avance pour remporter la bataille de la robotisation qui s'étend à un nombre élargi de secteurs. Que ce soit dans la production industrielle ou dans les services à la personne , les robots chinois semblent bien partis pour déferler sur de nombreux marchés.