L'assurance-vie a tué les fonds de pension

Par Ivan Best  |   |  452  mots
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Véritable couteau suisse de l'épargne, l'assurance-vie empêche le développement de produits de thésaurisation dédiés aux retraites en France.

«L'assurance-vie, c'est comme le Roundup, ce désherbant bien connu : rien ne pousse autour... » Cette remarque du député PS Dominique Lefebvre, coauteur avec sa collègue Karine Berger d'un rapport sur le financement de l'économie, souligne l'échec de tous les produits d'épargne à long terme lancés ces dernières années. Calibrés pour la préparation de la retraite, ils ont été asphyxiés par le succès de l'assurance-vie.

Les Français savent qu'ils doivent mettre de l'argent de côté en vue de leurs vieux jours, mais ils tiennent tout de même à pouvoir en disposer assez facilement. D'où la ruée sur l'assurance-vie, même si celle-ci a subi un petit coup de mou en 2012, qui semble désormais stoppé : sur les quatre premiers mois de 2013, l'assurance-vie a collecté 44,8 milliards d'euros, soit 10 % de plus que sur la même période en 2012.

1 450 milliards d'euros d'encours en assurance-vie

D'où, aussi, l'échec relatif des contrats d'épargne en vue de la retraite, ersatz de fonds de pension, mis en place au fil du temps. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : l'encours de l'assurance-vie, c'est près de 1 450 milliards d'euros quand celui de l'épargne retraite approche les 160 milliards.

Certes, des incitations existent à l'épargne en vue de la retraite. Ainsi, dans le cadre des plans d'épargne retraite collectifs (Perco), créés par la loi Fillon de 2003, les sommes versées par l'employeur ou par le salarié ne sont pas imposables. Mieux, avec le plan d'épargne retraite populaire, créé lui aussi par François Fillon en 2003, et qui est, lui, géré sur une base individuelle, il est possible de déduire les sommes investies du revenu imposable, jusqu'à 10 % de ce revenu. Intéressant pour les contribuables lourdement imposés.

Les Français ne sont pas près de s'en passer

Avantageux... et relativement coûteux pour les finances publiques, puisque les comptes de l'État et de la Sécurité sociale s'en trouvent grevés de près de 2 milliards par an. Mais les Français n'apprécient pas la contrainte de blocage des fonds jusqu'à l'âge de départ à la retraite, et ils savent que les rentes alors servies seront totalement imposables. Tandis qu'avec l'assurance-vie, les retraits ne sont taxés qu'à hauteur de 7,5 % (plus 15 % de prélèvements sociaux).

L'aspect transmission compte évidemment beaucoup, également. À hauteur de 152.500 euros par contrat, on peut transmettre les sommes déposées sur une assurance-vie sans aucun droit de succession. L'assurance-vie ne sert pas seulement à préparer la retraite. Mais elle sert aussi à cela. « C'est un véritable couteau suisse », conclut Dominique Lefebvre. Dont les Français ne sont pas près de se passer.