L'assurance-vie est-elle condamnée ?

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Support d'investissement favori des Français, l'assurance-vie suscite de nombreuses interrogations aujourd'hui : sa fiscalité privilégiée sera-t-elle remise en question à l'occasion d'une prochaine loi de finances rectificative ? La baisse des taux et la quasi-faillite des États entraîneront-elles les fonds en euros dans leur chute ?

Force est de constater que l'assurance-vie jouit aujourd'hui d'un véritable privilège fiscal. Au-delà d'un délai de détention de huit ans, les intérêts perçus à l'occasion des retraits ne sont imposés qu'à hauteur de 7,5% (hors prélèvements sociaux de 15,5%). Ce taux doit être comparé au niveau de prélèvement supporté par tous les autres placements financiers (tranche marginale d'imposition + prélèvements sociaux). Pour un contribuable se situant dans les dernières tranches du barème de l'impôt sur le revenu, l'assurance-vie, support traditionnel du placement à long terme, devient paradoxalement le meilleur produit sur le court terme. Il y a là une évidence que le législateur pourrait utiliser pour durcir la fiscalité.

Pourtant, ce risque tant redouté ne s'est pas produit à l'occasion des innombrables réformes de la taxation que nous avons connues au fil des années... L'explication tient sans doute au fait que l'assurance-vie, au travers des contrats en euros essentiellement, est le réceptacle naturel des emprunts émis par le Trésor public pour financer ses déficits. Tant que l'État aura besoin de placer des obligations, il devra favoriser l'assurance-vie.

Cette vision optimiste sur le support juridique que constitue l'assurance-vie ne doit pas cependant faire oublier le problème financier que constitue la baisse des taux de rendement des obligations. Même avec une inflation contenue, un placement dont la rémunération devrait tomber en dessous de 3% par an ne permet pas à l'épargnant de maintenir son pouvoir d'achat sur une longue période. Il y a là un vrai problème qui devrait inciter l'investisseur à se détourner des fonds euros pour une part significative de ses placements.

La formation du public aux notions de risque serait efficace

Où aller alors? Vers un produit de capitalisation, assurément, pour échapper à la fiscalité quasi confiscatoire rappelée ci-dessus. On pense alors au PEA, mais celui-ci n'est pas sûr sur courte période... S'orienter vers l'épargne réglementée (livret A, LDD...)? Les montants sont limités et la protection du pouvoir d'achat n'est pas assurée... Investir sur les supports « unités de compte » d'un contrat d'assurance-vie multi support ? L'épargnant aura ainsi accès à une enveloppe qui lui permet d'investir en actions (partiellement mais suffisamment pour préserver la valorisation de son portefeuille exprimée en euros constants), en immobilier (sans avoir à supporter les soucis de la gestion), en France comme à l'étranger.

L'assurance-vie a donc encore de beaux jours devant elle si l'on veut bien considérer que la sécurité du « père de famille » ne réside pas dans les placements à taux fixes et si l'on veut bien se rappeler que sur longue période il est probablement moins « risqué » de se placer sur les supports immobiliers et actions.

Le rapport Berger-Lefebvre remis récemment au ministre de l'Économie et des Finances précise les orientations qui pourraient être prises par le gouvernement dans la préparation de la loi de finances pour 2014. L'alourdissement de la fiscalité toucherait peu les ménages dont les avoirs en assurance-vie sont inférieurs à 500000 euros. La taxation renforcée des investisseurs les plus fortunés constituera, à l'inverse, une incitation nouvelle à rechercher des cieux plus hospitaliers pour réaliser leurs placements.

Les investissements destinés au financement des PME en croissance et du capital-risque seraient, une fois encore, encouragés. Cela est nécessaire, mais il est paradoxal que les mesures suggérées s'accompagnent de la mise en place d'une garantie en capital plutôt que d'une exonération au moins partielle des gains réalisés au terme de la période d'indisponibilité. Enfin la base de référence des durées d'investissement pour déterminer le délai des huit ans ne serait plus la date d'ouverture des contrats mais la durée effective de chaque versement. Le principe est aisément compréhensible, mais la mise en pratique supposera des contraintes de back-office pour les compagnies qui ne vont pas dans le sens d'un allégement des contraintes administratives.
Il n'est pas certain que le rapport précité trace le bon chemin pour aller aux objectifs recherchés : l'information et la formation du public aux notions de risque, de facteurs de croissance et de vision long terme seraient plus efficaces fondamentalement.

* Hervé de la Tour d'Artaise est président de l'Association française des conseils en gestion de patrimoine certifiés

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Commentaires
a écrit le 29/04/2013 à 17:22 :
"Enfin la base de référence des durées d'investissement pour déterminer le délai des huit ans ne serait plus la date d'ouverture des contrats mais la durée effective de chaque versement." : ce qui signifierait que les gros épargnants seraient largement favorisés, puisqu'ils pourraient prendre date; Pour ma part, je verse 200 euros par an, et quelques versements quand je peux de 100 euros, si à chaque fois il faut calculer 8 ans on est en plein délire ...
a écrit le 25/04/2013 à 10:41 :
Il me semble , en effet ,que beaucoup de nos "dirigeants " ( et pas seulement le pouvoir actuel ) voudraient bien taxer plus sévèrement les fonds déposés en assurance vie Je pense qu'un des moyens serait d'orienter davantage l'A V vers le financement des PME
a écrit le 23/04/2013 à 0:55 :
L'assurance vie par internet reste intéréssante car sans frais hormis ceux de gestion à 0,6% pour des contrats comme Linxeavenir, Linxea Vie etc Abivie, Darjeeling, Puissance Vie, Mon Financier etc. La multitude des supports et les assistances souvent associées permettent une gestion performante en minimisant les risques. On peut investir où l'on veut de l'Europe aux marchés frontières, dans toutes les classes d'actifs, de tous types comme l'immobilier, les forêts etc Et pourtant beaucoup de français provilégient encore les anciens contrats trop chargés en frais et les fonds euros en restant passifs. Les assureurs baisseraient leurs tarifs si les français en retard entre autres sur les anglais, les scandinaves ou les américains dans ce domaine, allaient plus volontiers vers les contrats à frais minima plutôt que de se laisser encore manipuler par des conseillers pseudo-indépendants et commerciaux bancaires qui conseillent les contrats les plus intéressants pour les sociétés qu'ils représentent donc les plus chers sans avoir d'avantages particuliers.
a écrit le 22/04/2013 à 17:29 :
Je n'ai pas remarqué de placement en assurance vie dans les déclarations de nos ministres.
C'est étonnant pour ce qui concerne les plus âgés.
Il doit y avoir une réforme en cours et pas à l'avantage de ce type de placement.
D'autre part faire l'apologie du risque pour améliorer le rendement des placements suppose que les Français puissent se procurer des informations fiables sur les entreprises, soient formés aux subtilités des comptes et des stratégies, et enfin aient le temps de s'adonner à ce travail. Pour avoir tout ce temps il faudrait être aux 35h ce qui n'est le cas que de la fonction publique.
Réponse de le 22/04/2013 à 19:06 :
Les "sachants" savent que cet argent ne sera jamais remboursé.
Réponse de le 22/04/2013 à 20:14 :
C'est effectivement d'une logique implacable et cela me fait peur. Mais ou sont les alternatives...?
Réponse de le 22/04/2013 à 21:00 :
Vigilance : le gouvernement a les yeux rivés sur l'épargne des Français.....
Réponse de le 23/04/2013 à 1:00 :
Les soi-disants "sachants" ne savent rien. En quoi les unités de comptes des contrats sont-elles concernées et en quoi la totalité des fonds euros qui est largement placée dans une multitude de supports : actions, immobilier, obligations privées, émergentes etc serait-elle entièrement concernée par des risques ?
Réponse de le 29/04/2013 à 17:24 :
réponse à gauge : regardez bien les déclarations, il y a des assurance vie pour un certain nombre. peut être n'aviez vous pas envie de les voir ?
a écrit le 22/04/2013 à 16:37 :
Hormis les fonds en euros qui n'ont qu'un faible rendement, les autres supports ne sont pas intéressant car trop risqués. Il y a encore un paquet de gens qui n'ont pas récupéré toute leur épargne suite au différentes crises boursières. Si c'est pour avoir un rendement négatif ou nul (donc négatif avec l'inflation), autant mettre l'argent sous le matelas ou sur un compte courant tout simple.
Le livret A a de très beaux jours devant lui: argent disponible en permanence et simplicité du système.
Réponse de le 22/04/2013 à 22:22 :
car après main basse sur le "trésor" de l'assurance vie, ce sera ponction à la source pour les comptes > à 100000 euros
Réponse de le 23/04/2013 à 1:12 :
Si des gens n'ont pas récupéré leur argent c'est qu'ils ne savent pas gérer un minimum et croient toujours qu'il faut garder tel support à vie sans bouger ni acheter, vendre, réinvestir, prendre ses bénéfices etc en fonction des variations des marchés. Plusieurs contrats disposent de nombreux de supports diversifiés permettant de s'adapter à chaque période économique et d'assistance à la gestion, je pense à tous les contrats Linxea par exemple assistés par Morningstar et dont les résultats sont bons. Et il y en a d'autres avec seulement 0,6% de frais de gestion et sans aucun autres frais. Donc il faudrait que ces français s'informent et aillent vers les contrats les moins chers et apprennent que l'argent ne vient pas sans un minimum de gestion, mais ce n'est plus tellement difficile avec toutes les infos et gestions dont on dispose à présent et en restant prudents. Donc vivent les contrats internet sans frais et seulement 0,6% de gestion et une multitude de supports et assistance. Il est vraiment difficile de ne pas gagner avec ces contrats et les assistances ou alors il faut le faire vraiment exprès et prendre des risques inconsidérés ! Quant à l'or il est très taxés et beaucoup y perdent, çà peut durer longtemps avant que les cours ne reprennent de la hauteur quand il est bas, c'est risqué, peut baisser fortement, être volé et ne peut correspondre à une part importante de patrimoine. En plus çà peut être entièrement saisi comme aux Etats-Unis après la crise de 29 ou en partie comme au Portugal etc.
a écrit le 22/04/2013 à 16:35 :
Quand on sait la composition des assurances-vie avec un maximum d'obligations souveraines pourries, on est content de ne pas avoir ce genre de placement.
Réponse de le 23/04/2013 à 1:15 :
Il y a peu de risques si l'on regarde la part des obligations souvent privées et émergentes, les actions, l'immobilier etc dans les fonds euros. Par ailleurs il y a les unités de compte très diversifiées dans les contrats d'assurance-vie. Donc au final un risque seulement très partiel voire quasi nul si l'on diversifie bien.
a écrit le 22/04/2013 à 16:22 :
personne n'est dupe!!!!!! le capital sera ' garanti' a echeance ( 20 ans donc)... puis la loi changera et au bout de 19 ans, seuls seront garanties 5% des montants depassant les 500 000 euros sur 95% de la valeur totale du contrat, deduction faite de la csg, et ce pour les contrats souscrits avant la 3 eme annee et comportant par ailleurs plus de 40% en unites de compte..... c'est tjs comme ca que ca se passe, non? ( si vous n'avez rien compris a ce que j'ai ecrit, c'est normal, c'est fait pour, comme tte loi de finance)
Réponse de le 22/04/2013 à 20:19 :
+1000; Ce serait si drôle...si cela n était pas si lucide...
a écrit le 22/04/2013 à 16:08 :
Déjà n'oublions pas les 4% à rajouter sur tous les impôts payés dès que l'on déclare plus de 500.000 euros de revenu fiscal (pas forcément de l'argent gagné et touché): 7.5 + 4 + 15.5 = 27% (après 8 ans), soit pour l taux le plus bas plus que la plupart des pays sur un placement financier quelconque. Donc effectivement pour la France assassinée d'impôts c'est un bon taux, mais pour n'importe quel autre pays plus juste, c'est un mauvais taux !!
Réponse de le 23/04/2013 à 1:17 :
Cà ne concerne pas la très grande majorité. Et dans ce cas çà vaut le coup de s'arrêter de travailler de temps en tant comme en Suède en son temps ou de faire des travaux chez soi !

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