Toyota augmente les salaires pour soutenir l'économie japonaise

Par Romain Renier  |   |  654  mots
"Il y a un certain rôle que les syndicats et la direction (de Toyota) sont supposés jouer pour que l'économie japonaise sorte de la déflation et entame un cycle vertueux", a déclaré à la presse Naori Miyazaki, directeur général délégué du groupe automobile.
Toyota et quelques autres entreprises japonaises viennent d'annoncer des hausses de salaires inédites au Japon. Elles les justifient par la nécessité de soutenir la politique de lutte contre la déflation entamée par le Premier ministre Shinzo Abe.

La hausse des salaires, c'était l'un des objectifs prioritaires du Premier ministre japonais Shinzo Abe lorsqu'il a mis en place ses Abenomics, faits de relance monétaire et de relance par la dépense publique il y a un peu plus d'un an, pour lutter contre la déflation. Mais jusque là, ses appels du pied aux entreprises nippones n'avaient pas fait florès. C'est finalement le géant automobile Toyota qui s'apprête à donner l'exemple.

Augmentation de presque 8% chez Toyota

Le numéro un mondial de l'automobile a en effet annoncé mercredi qu'il compte accorder à ses salariés japonais les plus fortes hausses de salaires depuis... 21 ans. Au total, la hausse moyenne de la rémunération de Toyota atteindra 7,6%. Le salaire mensuel sera augmenté de 0,8%, soit près des trois quart de ce que réclamaient les syndicats. Il s'agit de sa première augmentation depuis 6 ans. A laquelle s'ajouteront les augmentations liées à l'ancienneté et et une prime annuelle moyenne de 2,44 millions de yens (environ 17.000 euros).

"Il y a un certain rôle que les syndicats et la direction (de Toyota) sont supposés jouer pour que l'économie japonaise sorte de la déflation et entame un cycle vertueux", a déclaré à la presse Naori Miyazaki, directeur général délégué du groupe automobile.

Des augmentations ailleurs aussi

Parmi les autres constructeurs automobiles japonais, Nissan a annoncé une revalorisation de 3.500 yens (25 euros) du salaire mensuel de base et des primes équivalant à 5,6 mois de salaires, acceptant ainsi l'intégralité des revendications syndicales. 

Dans le secteur de l'électronique, Hitachi, premier employeur industriel du pays avec plus de 200.000 salariés, et Panasonic ont tous les deux annoncé un relèvement de 2.000 yens (15 euros) du salaire mensuel de base, la moitié de la revendication de leurs syndicats. Daihatsu, constructeur de petits véhicules fera lui aussi un geste, mais très symbolique. L'augmentation du salaire de base sera de seulement 800 yens par mois (5 euros). Le ralentissement de l'économie indonésienne, l'un de ses gros clients, pèse en effet sur ses marges.

L'économie japonaise sur la brèche

L'enjeu de ces augmentations salariales est de taille pour l'économie japonaise. Depuis un peu plus d'un an, le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, s'est en effet lancé dans un programme de relance colossal impliquant relance monétaire et plan de dépenses publiques inédit.

La politique de la planche à billets pratiquée par la BoJ a causé une dépréciation du yen de plus d'un tiers de sa valeur, dopant les exportations du pays. Ce qui a largement profité aux entreprises exportatrices. Mais la faiblesse du yen a aussi provoqué l'explosion des importations en valeur. Si bien que le déficit commercial du pays bat record après record.

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Un bon point mais pas suffisant

Par ailleurs, cette inflation des prix des produits importés grève le pouvoir d'achat des Japonais. Et le programme de relance par la dépense publique coûte cher au gouvernement. Raison pour laquelle il a été obligé de programmer la hausse de la taxe sur la consommation de 5% à 8% le 1er avril prochain.

L'augmentation des salaires par les grandes entreprises japonaises est le salut que Shinzo Abe attendait : sans elle, les mesures mises en place auraient risqué de tuer la consommation, alors qu'il compte en faire un moteur de la croissance du pays. Mais ces hausses risquent de ne pas suffire. En effet, une large majorité de salariés travaille pour les petites et moyennes entreprises qui ne bénéficient pas des avantages du yen faible. En moyenne, la hausse atteint en effet 2,2% dans les grands groupes et 2% dans les PME. Pas de quoi compenser la hausse prochaine de la taxe sur la consommation et l'augmentation des prix.

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