Internet a-t-il encouragé l'abstention électorale ?

Par Romaric Godin  |   |  501  mots
Selon une étude, entre surfer et voter, il faut choisir...
Une étude allemande fait un lien entre Internet et la progression de l'abstentionnisme. Selon elle, un tiers de la hausse de l'abstention serait dû au développement du réseau.

Internet démobiliserait-il les électeurs ? Selon une étude réalisée par trois chercheurs allemands, la réponse est clairement « oui. » Les travaux de Robert Gold, de l'institut IfW de Kiel, d'Oliver Falck, de l'Ifo munichoise et de Stephan Heblich, de l'université de Bristol, publiés en juillet dernier dans l'American Economic Review, ont porté sur le recul de la participation aux élections nationales et locales en Allemagne entre 1995 et 2008.

Plus de loisirs, moins de vote...

Les auteurs estiment qu'un tiers de la chute de la participation électorale au cours de cette période serait explicable par l'introduction de l'Internet à haut débit en 1999. Ils indiquent qu'il existe un « effet démobilisateur » d'Internet « dû à une réduction de la consommation de télévision et à une augmentation d'activités de loisirs alternatifs. » Or, expliquent les trois auteurs, « quiconque passe davantage de temps sur des activités de loisirs manque du temps correspondant pour regarder les actualités télévisées et obtenir des information sur les sujets politiques. Et comme la télévision, est la principale sources d'information,(...) il en résulte que le niveau général de connaissance des activités et des questions politiques décline. »

 CQFD. Les citoyens allemands perdant leur temps à lire leurs e-mails ou à des pratiques encore moins avouables sur la toile ne savent plus que faire devant l'urne et, donc, préfèrent le dimanche des élections rester chez eux. Qui l'eût cru ? Voici que la télévision, jadis ennemie de la réflexion et source d'abêtissement généralisée serait devenue l'avant-garde de l'intérêt pour la politique.

Un peu court

Malgré la grande qualité des chercheurs concernés, leur théorie semble relativement hasardeuse et, il faut l'avouer, relève plus du rapprochement de comptoir que de la théorie scientifique. Il ne voit dans Internet qu'un lieu de divertissement et non un espace d'information et de discussion. C'est un peu court. D'autant que le recul de l'abstention en Allemagne a commencé à partir des années 1980. En 1976, le taux de participation était de 90 % aux élections fédérales. Il était de 77,8 % en 1990 (l'année de la réunification !) et de 71,8 % l'an passé.

Et s'il y avait d'autres raisons... plus politiques ?

Et si le moteur de l'abstention était ailleurs que dans l'Internet ? A partir des années 1970, les Sociaux-démocrates ont abandonné leurs idées keynésiennes défendues depuis Bad Godesberg en 1959. Cette évolution s'est accélérée à partir de 1998 - année où la participation avait brièvement dépassé 80 % - avec les réformes Schröder. Ces réformes ont conduit une grande partie de l'électorat de centre-gauche à se détourner des urnes. Il y a eu un prix électoral des réformes Hartz. Il eût sans doute été plus utile de s'interroger sur cette question. Mais comment les instituts qui les ont promues pourraient s'imaginer que l'absence d'alternatives dans la politique économiques peut davantage détourner des urnes qu'Internet...