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Cameroun - La Tribune Afrique

Cameroun : l'addition salée de la guerre contre Boko Haram

Photo de Amine Ater

Amine Ater

Publié le 18 novembre 2016 à 07:00 - Mis à jour le 18 novembre 2016 à 09:34

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L’intensité des combats entre le Cameroun et Boko Haram a considérablement baissé courant 2016. La secte optant de plus en plus pour les attentats et la pose d’IED et délaissent les attaques frontales. Une évolution qui représente certes une victoire militaire, mais qui risque d’occulter le coût humain, économique et sociale sur l’Extrême-Nord du Cameroun. Selon l’International Crisis Group, le pays a notamment perdu 2 points de PIB pour soutenir son effort de guerre.

Le Cameroun est confronté à l'insurrection du groupe Boko Haram, depuis plus de 2 ans. Des violences qui se concentrent dans l'Extrême-Nord du pays et qui ont causé la mort de 1.500 personnes. Auxquels s'ajoutent 155.000 déplacés et 73.000 réfugiés, selon le dernier rapport sur le Cameroun publié par l'International Crisis Group (ICG).

Le conflit entre le Cameroun et la secte remonte à 2011, quoique la présence réelle du mouvement sur le territoire date de 2004. Une époque où le Cameroun servait de zone de repli pour les djihadistes. En plus d'être frontalière respectivement avec la Nigéria et le Tchad, l'Extrême-Nord du Cameroun est à la fois la région la plus pauvre et celle où le taux de scolarisation est au plus bas. Cette région pâtit également d'une certaine négligence de l'Etat. La situation de zone frontalière a exposé la région aux violences (coupeurs de routes) et à la circulation de contrebandiers. « La fluidité géographique et culturelle entre cette région et le Nord-Est du Nigéria, la présence d'un islam rigoriste et les contrecoups des guerres civiles tchadiennes la prédisposaient à une contagion de cette insurrection jihadiste », précisent les rédacteurs du rapport.

Tous les ingrédients réunis....

Des vulnérabilités qui ont fait dans un premier temps de l'Extrême-Nord, une base logistique et une zone de repli voire même un vivier de recrutement. En effet, les recruteurs de Boko Haram ont notamment ciblé les jeunes défavorisés dans les zones frontalières, grâce à une approche alliant endoctrinement idéologique, incitations socio économiques et coercition. Selon les conclusions du rapport, entre 3.500 et 4.000 camerounais (en majorité des hommes) auraient rejoint Boko Haram depuis 2011, en tant que combattants, marabouts ou encore logisticiens. La majorité de ses recrues ont rejoint le mouvement pour des raisons socio économiques. En effet, la secte offrait en contrepartie une moto, une prime de recrutement (entre 300 et 2.000 dollars), un salaire entre 100 et 400 dollars (pendant les premiers fois) ou encore une importante somme d'argent allouée à la famille des combattants en cas de décès. « Une fois recrutés, ils sont (re)endoctrinés, drogués au Tramol, et plutôt payés en fonction du succès des opérations. Les promesses financières sont accompagnées de promesses sociales. Pour la majorité des jeunes hommes de la zone, le mariage est une condition sine qua non de la réussite sociale, et Boko Haram a souvent pourvu des épouses à ses combattants en enlevant des centaines de jeunes filles », explique-t-on du côté d'ICG.

Tout effort de guerre nécessite des budgets conséquents. Pour pallier à cet impératif, Boko Haram s'est tourné dans un premier temps vers les prises d'otages. Un choix qui a permis à la secte d'engranger près de 11 millions de dollars. La mouvance a également eu recours au vol de bétail et sa vente dans les marchés de l'Extrême-Nord du Cameroun et au Nigéria. D'ailleurs, le groupe a volé pas moins de 12.000 têtes de bétail, d'une valeur estimée de 3,4 millions de dollars. Au vol s'ajoutent l'extorsion d'argent aux commerçant sur place et sur les routes vers le Nigéria.

Une facture économique et sociale

Il n'empêche que l'une des premières conséquences du conflit au Cameroun aura été de renforcer le président Paul Biya et de changer la perception de l'armée d'outils de répression à défenseur de l'intégrité territoriale. Des retombées bénéfiques pour le régime en place, malgré l'absence de réponse socio-économique. En effet, seul l'option militaro-sécuritaire est actuellement en place dans la région. En témoigne l'augmentation des dépenses militaires camerounaises, évaluées à 2% du PIB et qui sont passées de 320 à 640 millions de dollars. Une hausse du budget qui se justifie par les besoins en équipements des militaires et le renforcement de contingents d'élites notamment, la Brigade d'Intervention Rapide (BIR) qui a évolué d'un corps purement terrestre en incorporant des divisions aériennes et amphibies. Le Cameroun dispose actuellement de 8.500 militaires dans l'Extrême-Nord, ce qui représentent le septième des effectifs de l'armée camerounaise.

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L'impact économique de la guerre ne se limite pas à la hausse du budget militaire. Le conflit a également fortement contribué au délitement du tissu économique de l'Extrême-Nord du pays en causant la faillite de dizaines de milliers de commerçants qui dépendaient des échanges avec le Nigéria. En témoigne la situation de la ville de Kousseri qui était autrefois le deuxième contributeur en termes de recettes douanières du Cameroun (non liées au pétrole), après Douala, suite à la fermeture des postes de frontières et l'arrêt du trafic à cause des combats. Les destructions d'écoles, d'hôpitaux, de bâtiments et parfois de villages entiers, le vol de bétails et l'arrêt du tourisme ont entraîné une chute de la contribution de la région au PIB qui est passé de 7,3 à 5%. Ce qui se traduit par un manque à gagner pour le pays de 740 millions de dollars par an, soit 2,2 milliards de dollars depuis 2014.

Le conflit a également entraîné des conséquences sociales et communautaires, notamment une stigmatisation des Kanuri, l'ethnie la plus représentée au sein de Boko Haram, sans pour autant générer des violences à son encontre. Cette communauté a plutôt été victime d'harcèlement par les forces de sécurités (souvent à cause de dénonciations fantaisistes). Les Kanuri fuyant les violences se sont également vu refusé l'asile par les habitants de Kousseri qui les surnomment Boko Haram. Il n'empêche que la guerre n'a pas entraîné de tensions entre communautés musulmanes et chrétiennes, ni de tensions inter communautaires. Le Cameroun compterait actuellement plus de 155.000 déplacés internes et 73.000 réfugiés nigérians. « L'arrivée des déplacés a créé des tensions avec les familles d'accueil, qui pour la plupart avaient aussi besoin d'assistance, mais elles ont baissé depuis le déploiement des ONG humanitaires. Quant aux réfugiés nigérians, en 2014 et 2015, le Cameroun en a expulsé plus de 40.000 dont la majorité de force et souvent dans des conditions ne respectant pas le droit international, ce qui a suscité le mécontentement des autorités nigérianes, en particulier en août 2015 », rapporte ICG.

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L'Etat camerounais n'accorde actuellement qu'une « attention militaire » au cas Boko Haram, alors que la présence du groupe au Cameroun est en partie due à la situation socio économique de la région.  Selon des membres du gouvernement et des hauts fonctionnaires originaires de la zone de conflit, les besoins en développements de la région sont estimés à 2,8 milliards de dollars. Une somme qui dépasse de loin les 135 millions de dollars alloués au plan d'urgence de la partie septentrionale.

Amine Ater

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