Finances publiques : le Cameroun gèle le recours aux ressources extérieures
Emmanuel Atcha
Emmanuel Atcha
Voilà une décision qui va faire plaisir aux institutions de Brettons Woods qui s'inquiétaient déjà de la situation de la dette publique du pays. Les autorités camerounaises ont purement et simplement décidé de geler les appels de fonds sur ressources extérieures.
Dans une correspondance envoyée la semaine dernière à son collègue Alamine Ousmane Mey, en charge de l'économie, du plan et de l'aménagement du territoire (MINEPAT), le ministre camerounais des finances (MINFI), Louis Paul Motaze, a annoncé que « tous les appels de fonds, à l'exception de ceux liés aux projets de la CAN (Coupe d'Afrique des nations de football 2019), ont été gelés avec effet immédiat ».
Expliquant sa décision, l'argentier de l'Etat camerounais a fait remarquer que pas moins de 404 milliards francs CFA ont déjà été décaissés à ce jour au titre des appels de fonds sur ressources extérieures. Ajouté à cela, a-t-il insisté, les appels de fonds, émis par la Caisse autonome d'amortissement (CAA) et le MINEPAT, en attente d'exécution au niveau des bailleurs de fonds, se chiffrent à quelque 294,1 milliards francs CFA, soit un total de décaissements extérieurs potentiels de 698,1 milliards francs CFA.
Cependant, a relevé Louis Paul Motaze, le plafond autorisé dans la loi des finances 2018 et dans le cadre du programme économique et financier souscrit auprès du Fonds monétaire international (FMI), est de 596 milliards de francs CFA, soit à ce jour, potentiellement, un dépassement de l'ordre de 102,1 milliards de francs CFA. Ainsi comprend-on les inquiétudes qui motivent cette décision du MINFI qui recommande à son collègue du MINEPAT, de sensibiliser ses collaborateurs sur la nécessité de voir à l'avenir le montant des décaissements sur ressources extérieures « refléter les capacités d'absorption des projets ».
S'il décide de geler les appels de fonds sur ressources extérieures, freinant ainsi l'exécution de certains projets, le ministre camerounais des finances ne va pas s'arrêter là. Dans sa note, Louis Paul Motaze a aussi souligné l'urgence d'examiner avec le FMI les possibilités de revoir à la hausse le plafond des appels de fonds sur ressources extérieures, « tout en envisageant des prévisions plus réalistes pour le cadrage budgétaire au titre de l'exercice 2019 ».
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L'institution de Bretton Woods est très vigilante concernant la situation économique du Cameroun. Le 6 juillet dernier, elle avait exprimé son inquiétude par rapport à la hausse rapide de la dette publique du pays, soulignant « qu'il importe de respecter le plafond fixé pour les emprunts non concessionnels et de recourir davantage à des prêts concessionnels », ce qui devrait aider à préserver la viabilité de la dette. Le FMI avait également exhorté les autorités à effectuer plus d'effort pour réduire l'encours de prêts contractés mais non décaissés.
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