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Gabon - La Tribune Afrique

Gabon : le ministre du Budget détaille ses mesures d'austérité [Interview]

Marie-France Réveillard

Publié le 07 juillet 2018 à 11:40 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:46

Jean-Fidèle Otandault, ministre d’Etat en charge du Budget et des Comptes publics

Jean-Fidèle Otandault, ministre d’Etat en charge du Budget et des Comptes publics

Ministère du Budget du Gabon

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Au lendemain de la visite du Fonds Monétaire International (FMI), le Gabon accélère le rythme de ses réformes. Le Ministre d'Etat en charge des Comptes Publics et du Budget, Jean-Fidèle Otandault revient pour La Tribune Afrique, sur les principales mesures inscrites dans la Loi de Finances Rectificatives (LFR 2018) qui agite l'administration gabonaise...

Que recouvre en substance, la Loi de Finances Rectificative (LFR 2018) adoptée en Conseil des ministres le 21 juin dernier ?

Jean-Fidèle Otandault, ministre d'Etat en charge du Budget et des Comptes publics : Elle permettra de redresser les finances publiques et d'améliorer le quotidien des Gabonais, en s'appuyant sur un effort important de mobilisation des recettes budgétaires.

Nous allons redéfinir le périmètre d'action des administrations et des agences publiques, afin de rendre leurs missions plus pertinentes et plus efficaces (...) Nous allons réduire la masse salariale afin de réorienter les marges dégagées vers l'investissement et les dépenses sociales. Ensuite, nous procéderons à une revue complète de la dette et veillerons à optimiser les dépenses publiques, tout en préservant les acquis sociaux.

Que représente aujourd'hui la masse salariale des fonctionnaires gabonais dans le budget de l'Etat ?

La masse salariale dans le budget rectifié 2018 représente 37% des dépenses budgétaires, soit une baisse de 10% par rapport à la loi de finances initiale.

Quelles sont les principales mesures inscrites parmi les 15 récemment proposées?

Précisément, elles concernent la masse salariale mais aussi les dépenses de fonctionnement courant de l'État et enfin, les dépenses de transfert et d'intervention.

Une baisse de 10% de la masse salariale représente une économie d'un peu plus de 70 milliards de Fcfa par an. L'économie portera notamment sur la suppression de 40% des effectifs de la présidence. Au sein des cabinets ministériels, les effectifs moyens passeront de 24 à 16 personnes. Les postes de 2ème adjoint auprès des directeurs de cabinets mais aussi un certain nombre de postes de secrétaires généraux et de directeurs généraux seront supprimés.

Nous allons interdire l'achat de véhicules haut de gamme, les voyages en première classe ou en classe affaires pour les fonctionnaires (hors membres du gouvernement) et réduire de 25% les montants consacrés aux frais de mission. La tranche la plus élevée des salaires dans la fonction publique connaîtra une décote et un plan de départ volontaire sera mis en œuvre.

En matière de dépenses de transfert et d'intervention, nous procéderons à la suppression et à la fusion des Etablissements Publics Personnalisés (EPP) et les critères d'octroi des subventions seront révisés.

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Quel périmètre recouvre le gel des recrutements annoncé ?

Il concerne l'ensemble des administrations et tous les corps de métiers, à l'exception des ministères sensibles (santé, éducation, protection sociale) dont le traitement sera examiné au cas par cas (...) une réduction de la taille du gouvernement est également prévue.

Combien escomptez-vous économiser par an et de quelle manière seront réaffectés les fonds reçus ?

La mise en œuvre de ces différentes mesures devrait permettre de réaliser une économie de 140 milliards de FCFA sur l'exercice budgétaire 2018.

Les économies réalisées permettront de soutenir l'investissement et de préserver les acquis sociaux. Le Gouvernement portera l'accent sur le désendettement et l'investissement dans les projets prioritaires concernant la route, l'énergie, l'éducation, la santé, l'amélioration du cadre des affaires, l'employabilité des jeunes, la formation professionnelle, etc.

Avec l'annonce de ces nouvelles mesures d'austérité, ne craignez-vous pas de provoquer une levée de bouclier des syndicats et de la classe politique, en cette période pré-électorale ?

Le gouvernement travaille pour améliorer le bien-être de nos concitoyens et le rôle de l'opposition est de s'opposer. Chacun reste dans son rôle.

Néanmoins, les syndicats et la classe politique ne sont pas les adversaires du gouvernement, mais des partenaires. Les uns et les autres expriment librement leurs opinions dans l'espace public démocratique.

Le FMI a accordé un prêt de 642 millions de dollars au Gabon en juin 2017 toutefois le décaissement de la 2ème tranche semble en suspens. Dans quelle mesure la décision de réduire le train de vie de l'État a-t-il un lien avec la récente visite du FMI qui a pointé du doigt les « dérapages budgétaires » ?

La décision de réduire le train de vie de l'État, a été prise depuis plus de deux ans et formalisée dans le Plan de Relance de l'Economie 2017-2019 (PRE). Elle n'est donc pas consécutive à la visite du FMI en juin dernier. Par ailleurs, le décaissement suit la procédure normale (...) Toutefois, il convient d'admettre que la mise en œuvre de certaines mesures a pris du retard, ce qui a rendu une accélération nécessaire.

Malgré un contexte économique encore fragile comment expliquez-vous le rebond de la croissance passée de 0,5% en 2017 à 2% en 2018?

Cela s'explique par le dynamisme du secteur hors pétrole (+2,3%) et par le relèvement simultané du secteur pétrolier (+1,8%) (...) Le collectif budgétaire prévoit une augmentation substantielle des recettes hors pétrole de 31% en 2018. Cette augmentation résulte des récentes mesures qui visent à élargir l'assiette fiscale et à réduire les dépenses de l'Etat. Les recettes budgétaires s'établissent à 2042,1 milliards de Fcfa contre 1842,6 milliards dans la loi de finance initiale (+21,7%) tandis que les dépenses budgétaires atteignent 1756,3 milliards de Fcfa, enregistrant une baisse de 7,6%.

Le 9 février dernier, le Président Ali Bongo Ondimba annonçait le décaissement de 310 milliards de Fcfa dans le cadre de la dette intérieure (2/3 de la dette) sous 10 jours, ce qui devait solder les comptes de 177 entreprises gabonaises : cet engagement a-t-il été tenu?

Oui, le processus de décaissement a démarré et se poursuit normalement. Conformément à la déclaration présidentielle, 50% ont été immédiatement décaissés par l'Etat, le reste qui fait l'objet de rachat auprès des banques, suit son processus habituel.

De quelle manière travaillez-vous avec ce GIE, le « Club de Libreville » pour consolider et rééchelonner la dette de l'Etat vis-à-vis des acteurs privés ?

L'Etat est représenté au sein du GIE par ses services techniques. Je peux donc affirmer que sur ce dossier, nous œuvrons en étroite collaboration avec nos partenaires privés au sein du Club de Libreville.

Quel rôle joue les TIC dans l'uniformisation des services administratifs et comment participent-elles à améliorer la traçabilité des comptes publics ?

A ce jour, toutes les opérations des comptes publics de l'Etat sont gérées par des systèmes d'information, aussi bien en ce qui concerne la prise en charge des dépenses que le recouvrement des recettes. Nous engageons actuellement la phase d'intégration de tous ces systèmes afin d'obtenir davantage de consistance et de traçabilité des informations financières de l'Etat.

Le Gabon occupe la 101e place sur 176 pays dans l'indice de perception de la corruption publié chaque année par Transparency International : quelle stratégie adopter pour changer cette perception négative ?

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Le Gabon s'efforce d'améliorer son classement dans l'indice de perception de la corruption. Les réformes engagées se traduisent par un renforcement du dispositif juridique et institutionnel de lutte contre la corruption et du blanchiment des capitaux. A cet égard, nous nous penchons sur la réorganisation de la justice, le réexamen du code pénal et du code de procédure pénale, l'adoption d'une loi spéciale anticorruption et la création de la cour criminelle spéciale pour les crimes financiers. C'est dans ce cadre qu'une opération « mains propres » appelée « Mamba » est actuellement engagée et de nombreuses affaires sont en cours d'instruction.

Propos recueillis par Marie-France Réveillard

Marie-France Réveillard

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