Les Nations Unies viennent de se livrer à un exercice inédit d'autocritique sur la gestion de la Minuss lors des affrontements de juillet dernier au Sud Soudan. Selon une enquête indépendante menée par Patrick Cammaert, général néerlandais à la retraite (mandaté par l'ONU), les forces d'interposition auraient failli à leur mission. Un constat qui a coûté son poste aux commandants en chef de la Minuss, le lieutenant-général kényan Johnson Mogoa Kimani Odienki. Selon les conclusions de l'enquête, les forces de l'ONU ont fait preuve de négligence tout au long de cette crise.
Bien que tous les ingrédients d'un affrontement armé étaient présents, le commandement de la Minuss n'a effectué aucune action préventive laissant sans défense les civils, dont le personnel de l'ONU, supposés être sous leur protection, mais aussi le siège local des Nations Unies. Les enquêteurs pointent du doigt, l'absence de dispositif de protection autour des camps de réfugiés, le manque voire l'inexistence de canaux de communications avec les belligérants, l'absence de stratégie de réponse armée en cas d'attaques des installations ou encore le manque de préparation adéquate du dispositif de défense autour du siège local de l'ONU, notamment au niveau des tours de guets et des positions défensives.
Pris entre deux feux, les casques bleus ont dû faire face à une situation critique où étaient déployés de part et d'autres de l'artillerie, des tanks ou encore des hélicoptères, parfois à quelques mètres des installations de l'ONU. Durant les 3 jours d'affrontements, 2 soldats chinois ont perdu la vie et plusieurs blessés ont été touchés. 182 bâtiment des Nations Unies ont également été endommagés lors des combats et plusieurs centaines de déplacés ont dû abandonner les camps pour se réfugier dans les locaux de l'ONU. «L'investigation a prouvé un manque de leadership de la part des responsables civils et militaires de la mission ce qui s'est traduit par une réponse inefficace et chaotique face aux violences», épingle les enquêteurs.
L'enquête a par ailleurs, dévoilé un manque de coordination entre les composantes civils et militaires de la mission. Un manque de communication qui s'est avéré fatal lors des combats. La séparation physique entre le centre d'opération commun de la Minuss et le centre opérationnel de sécurité et d'information (ce qui constitue un manquement aux protocoles de l'ONU) a conduit à une fragmentation des opérations de sécurité. Le manque de coordination était également présent au sein des éléments en uniformes donnant lieu à des ordres et contre-ordres entre les 4 troupes du contingent (chinoises, éthiopiennes, népalaises et indiennes). Cette série de manquements a donné lieu à une mauvaise mobilisation des 1.800 casques bleus présents au siège de l'ONU, qui ont même finis par abandonner certaines de leurs positions défensives autours du principal camp de réfugiés à Juba.
L'enquête a également fait état de plusieurs cas de non assistance à personnes en danger, notamment des cas d'abus sexuels qui se sont déroulés à quelques mètres des baraquements des casques bleus (le rapport signale que les cris des victimes étaient parfaitement audibles dans les casernes). Ont également été visés, les membres de personnel civil de la mission détachés dans les camps de réfugiés (sous la responsabilité directe des casques bleu) qui ont même contactés les éléments armés de la Minuss qui ne sont pas intervenus. Ces civils ont été par la suite secourus par des contractuels d'entreprises de sécurité privés travaillant pour le compte d'ONG. L'absence de réaction des forces onusiennes ont également facilité le pillage des installations onusiennes, notamment les hangars du programme alimentaire mondial. Près de 29 millions de dollars en nourriture et équipement ont ainsi disparu dans la nature et ce malgré la demande de protection de ces installations formulés avant le début des combats.
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Ce camouflet de la Minuss a poussé le rapporteur de l'enquête à recommander au S.G et au Conseil de sécurité de l'ONU d'entamer des formations en amont des troupes en attente de déploiement en zones à risque et de généraliser des procédures comme les patrouilles nocturnes en passant par un recours plus important à des éléments de police féminins pour gérer les cas d'abus et de violence sexuelle.
Les combats de juillet dernier ont rappelons-le, causé la mort d'au moins 200 personnes.
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