ENTRETIEN — Professeur de médecine en gériatrie, Olivier Guérin décrypte les raisons qui favorisent le bon vieillissement de la population.LA TRIBUNE DIMANCHE – Le nombre de centenaires augmente bien plus vite qu’autrefois. Est-ce surprenant ?
OLIVIER GUÉRIN – Une augmentation était attendue avec le vieillissement de la population. Mais elle est supérieure à ce que l’on aurait pu prévoir par le seul glissement démographique. Cela signifie que nous avons réellement gagné en longévité, surtout chez les femmes. Cette évolution traduit aussi les progrès de la prise en charge médicale et, plus largement, l’amélioration des conditions et de la qualité de vie.
On parle souvent des « secrets » des centenaires. Existe-t-il vraiment une recette de la longévité ?
Il n’y a pas de recette miracle, mais on connaît aujourd’hui assez bien les grands déterminants de la longévité. Une publication devenue une référence montrait qu’environ un quart de notre espérance de vie dépend de notre patrimoine génétique, un autre quart de notre environnement, et près de la moitié de nos comportements individuels : activité physique, alimentation, sommeil, consommation de tabac ou d’alcool, maintien d’une vie sociale…
C’est un message très encourageant : notre mode de vie pèse davantage que notre génétique. Bien sûr, certaines familles comptent plusieurs centenaires et il existe des prédispositions héréditaires. Mais, à l’échelle de la population, les comportements de santé restent le levier le plus puissant dont nous disposons aujourd’hui.
Quel est le profil des centenaires que vous rencontrez à l’hôpital ?
Il faut garder à l’esprit que nous les voyons essentiellement lorsqu’un accident de santé survient : une infection sévère, un AVC, un infarctus… Nous n’observons donc qu’une partie de cette population. En réalité, si quelqu’un atteint 100 ans, c’est souvent qu’il est resté relativement épargné par les maladies chroniques pendant une grande partie de sa vie. Ce ne sont généralement pas des patients lourdement malades depuis des décennies.