Droujba : l’Ukraine rouvre le robinet au pétrole russe et s’apprête à recevoir 90 milliards d’euros

L’oléoduc Droujba part de l’est de la Russie et traverse une bonne partie de l’Europe.
© Agathe Perrier, La Tribune

L’oléoduc Droujba part de l’est de la Russie et traverse une bonne partie de l’Europe.
© Agathe Perrier, La Tribune
La remise en service du tronçon endommagé permet de lever le veto de la Hongrie et de la Slovaquie sur l'aide financière internationale.
L'Union européenne peut désormais lancer la procédure de validation d'un prêt de 90 milliards d'euros pour la défense et l'État ukrainien.
Le transit vers les raffineries de MOL en Hongrie et en Slovaquie devrait redevenir effectif dès jeudi matin après trois mois de coupure.
Coupé depuis fin janvier, l’oléoduc Droujba a repris du service ce mercredi 22 avril. Cet oléoduc de 5 500 kilomètres, qui part de l’est de la Russie et traverse une bonne partie de l’Europe, était hors service depuis qu’une frappe avait endommagé un tronçon à Brody, dans l’ouest de l’Ukraine. « À 12 h 35, le transit du pétrole a été lancé » depuis ce même tronçon, a indiqué à l’AFP un responsable ukrainien du secteur énergétique, sous couvert d’anonymat.
La veille, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, avait ouvert la voie à la remise en route de l’oléoduc. « Comme cela a été convenu dans la communication avec l’Union européenne, l’Ukraine a effectué les travaux de réparation sur le tronçon endommagé par la frappe russe (…) L’oléoduc peut reprendre son fonctionnement », avait-il écrit sur Telegram. Avant qu’un haut responsable ukrainien ne précise à l’AFP : « Dès qu’une demande de pompage [de pétrole] sera formulée, l’oléoduc se remettra en marche. »
Ladite demande a été reçue ce mercredi, d’après un autre haut responsable ukrainien. Le géant pétrolier et gazier hongrois MOL l’a adressée à l’Ukraine afin que le pétrole russe soit de nouveau acheminé vers la Slovaquie et la Hongrie. Les premières livraisons ne devraient toutefois arriver que jeudi matin, a précisé la ministre slovaque de l’Économie, Denisa Saková, sur Facebook.
Dans la foulée de cette réouverture, l’Union européenne a lancé la procédure de validation du prêt. Les Vingt-Sept devraient donner leur feu vert sous 24 heures pour cette aide de 90 milliards d’euros, répartie sur 2026 et 2027.
Cette aide, qui doit lui permettre de financer sa défense contre l’armée russe et d’assurer les dépenses de l’État sur la période 2026-2027, était jusqu’à présent bloquée par le veto de la Hongrie.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Car, selon le Premier ministre nationaliste Viktor Orbán – qui va prochainement quitter son poste à la suite de sa large défaite aux élections législatives du 12 avril dernier – les autorités ukrainiennes traînaient les pieds pour effectuer les réparations nécessaires sur l’oléoduc Droujba. « Pas de pétrole = pas d’argent » pour l’Ukraine, avait-il alors conditionné.
La Slovaquie avait elle aussi fait pression sur l’Ukraine, la menaçant d’empêcher l’adoption d’un prochain paquet de sanctions européennes contre la Russie.
Des bras de fer qui ont pris fin, mais qui pourraient laisser des traces. Le Premier ministre nationaliste slovaque, Robert Fico, a affirmé ce mercredi que la confiance entre l’Ukraine et son pays avait été abîmée par cette affaire.
Si la tension était aussi forte entre le duo Hongrie-Slovaquie et l’Ukraine, c’est parce que les deux premiers dépendent encore fortement du pétrole russe. Avant la récente mise à l’arrêt de l’oléoduc Droujba, ils recevaient entre 150 000 et 200 000 barils de pétrole russe par jour. De quoi couvrir environ 60 % de la consommation hongroise et plus de 80 % de celle de la Slovaquie.
Leur situation géographique très enclavée rend difficile tout abandon de ce combustible. Les raffineries hongroises de MOL sont spécifiquement conçues pour le brut russe. Ce dernier présente en effet des propriétés particulières. Les adapter à d’autres approvisionnements prendrait des années et nécessiterait plusieurs milliards d’euros d’investissements.

Reste que la Hongrie et la Slovaquie profitent de dérogations de la part de l’UE pour se fournir en pétrole auprès de la Russie. Une situation qui est donc censée être provisoire, sans qu’une date de fin n’ait été officialisée pour l’heure.
D’autres pays européens s’approvisionnaient auparavant en pétrole russe par l’oléoduc Droujba. Mais les flux vers l’Allemagne, la Pologne et la République tchèque se sont progressivement taris, suite à l’invasion russe en Ukraine, ces pays s’approvisionnant désormais ailleurs afin de ne plus financer la machine de guerre russe.
Mis en service en 1963 sous l’ère soviétique, le nom de cet oléoduc, « droujba », signifie « amitié » en russe. Car son but était d’approvisionner en pétrole les régions occidentales de l’Union soviétique ainsi que les « pays socialistes frères » de l’ancien bloc soviétique et des pays occidentaux. Un terme qui n’est plus tellement d’actualité aujourd’hui.
Eolien en mer : pourquoi il est peu probable que la totalité des 10 gigawatts de projets soit réellement développée
Défense : Enag, la PME quimpéroise portée par les besoins des Rafale et du France Libre
Longévité : la start-up Skinomix prépare sa machine de diagnostic sur l’âge réel de la peau
Virus Ebola : la biotech lyonnaise Fabentech sur la piste d’un traitement