Qu’est ce que l’oléoduc Droujba que l’Ukraine attaque ?
Julien Gouesmat

L’oléoduc Droujba s’étend sur plus de 5 000 kilomètres.
Reuters
Julien Gouesmat

L’oléoduc Droujba s’étend sur plus de 5 000 kilomètres.
Reuters
C'est un vestige du bloc soviétique qui continue de serpenter en Europe. L'oléoduc Droujba, long de plus de 5 000 kilomètres, alimentait jusqu'en 2023 l'Allemagne, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque en pétrole russe et kazakh. À la suite de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, Berlin et Varsovie ont progressivement diminué et abandonné leur recours au pétrole russe, au profit de celui du Kazakhstan, qui circule par le même pipeline.
Alors que la République tchèque s'est détournée totalement de Droujba, la Hongrie et la Slovaquie continuent de s'approvisionner en pétrole russe, grâce à des dérogations de l'Union européenne. Une curieuse situation. 80 % de la consommation hongroise de pétrole passe par cet oléoduc. Les récentes frappes de drones ukrainiens contre ce dernier ont provoqué l'ire de Budapest, qui a décrété mercredi une interdiction d'entrée sur le territoire et dans l'espace Schengen contre le commandant de l'unité de drones qui a bombardé l'oléoduc.
Plus tôt dans la semaine, à la suite d'une précédente attaque sur l'oléoduc, son homologue hongrois lui a demandé d'arrêter « d'attaquer notre sécurité énergétique ! Ce n'est pas notre guerre ! » Budapest a vu son approvisionnement être interrompu à plusieurs reprises à la suite de ces attaques durant le mois d'août, obligeant son Premier ministre, Viktor Orbán, à faire appel à Donald Trump. « Viktor, je n'aime pas entendre cela. Je suis très en colère. Dites-le à la Slovaquie. Vous êtes mon grand ami », a répondu le locataire de la Maison-Blanche.
Alors que les relations entre Budapest et Kiev sont au plus bas, - la Hongrie ne souhaite pas l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne -, Volodymyr Zelensky avait déjà confirmé sa volonté d'entrer dans un bras de fer le 24 août : « Désormais, l'existence de Droujba dépend de la position de la Hongrie », avait expliqué le président ukrainien.
Si le pétrole russe apparaît comme un levier important pour l'Ukraine, la Hongrie a également une arme importante dans le bras de fer : l'électricité. En 2024, l'Ukraine a importé environ 2,14 térawatt-heures d'électricité de Hongrie, soit près de 40 % de sa consommation totale. Depuis le début des bombardements par des drones ukrainiens sur Droujba, Viktor Orbán laisse planer la menace d'une coupure de l'approvisionnement en électricité.
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Le choix de la Hongrie de continuer de s'approvisionner en pétrole russe est bien plus politique que technique. En effet, le pipeline Droujba se prolonge jusqu'au Kazakhstan et est par conséquent capable d'acheminer du pétrole venu du pays d'Asie centrale. C'est cette alternative qu'a choisie l'Allemagne depuis 2023. Budapest a justifié le choix de conserver le pétrole russe, estimant que ce dernier reste économique, fiable et politiquement compatible avec sa stratégie nationale. Dès 2028, les quantités importées devraient être plus importantes encore : la Hongrie ouvrira un nouvel oléoduc pour distribuer l'or noir de Moscou à son allié serbe.
En juillet, les revenus mensuels issus des exportations de pétrole et produits pétroliers se sont élevés à environ 14,3 milliards de dollars pour la Russie.
Julien Gouesmat