OPINION. « PME : et si l’enjeu n’était plus de financer la croissance, mais la résilience ? »

Régis Lucas et Thomas Bernard
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Par Régis Lucas et Thomas Bernard, Associés Gérants chez Aquiti Gestion (*)
Pendant longtemps, financer une PME signifiait avant tout accompagner son développement : investir, recruter, accélérer, conquérir de nouveaux marchés. La logique était celle de la croissance, portée par des perspectives relativement lisibles et un environnement économique plus stable.
Mais la succession des crises, les tensions géopolitiques, la hausse durable des coûts et le manque de visibilité économique ont profondément changé la donne. Les entreprises ne doivent plus seulement être financées pour se développer, mais aussi pour renforcer leur capacité à résister aux aléas et traverser les cycles. Une nouvelle réalité qui replace la résilience, la proximité et la vision de long terme au cœur des stratégies de financement.
Depuis plus d’une décennie, les dirigeants de PME enchaînent les crises. Financière, sanitaire, inflationniste, géopolitique : l’exceptionnel est devenu leur quotidien.
La récente montée des tensions au Moyen-Orient en est une illustration concrète. Dans de nombreux secteurs, notamment le bâtiment et l’industrie, la hausse des coûts de transport et des matières premières ravive les tensions sur les marges et fragilise les chaînes d’approvisionnement. Ainsi, 92 % des entreprises du BTP déclarent subir l’impact de la hausse des prix du carburant. Les entreprises font désormais face à des coûts plus volatils, des délais moins prévisibles et des besoins de trésorerie accrus pour sécuriser leurs stocks et maintenir leur activité.
Plus d’une PME sur deux redoute alors l’impact de l’incertitude économique et 26 % ont déjà reporté ou annulé des investissements. Les dirigeants sont contraints d’intégrer des hypothèses de dégradation et une visibilité réduite dans leurs arbitrages, ce qui complexifie fortement les décisions stratégiques.
Ce nouvel environnement impose un changement de paradigme. Le financement des PME ne peut plus uniquement répondre à des enjeux de développement et d’accélération. Aujourd’hui, la question centrale est différente : l’entreprise peut-elle absorber un choc sans remettre en cause son équilibre ?
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Dans ce cadre, la structure du financement devient plus importante que son volume. Une entreprise trop dépendante de la dette devient vulnérable dès que son activité ralentit ou que ses marges se contractent. Or, les PME françaises restent structurellement sous-capitalisées. Dans un contexte où les défaillances dépassent désormais 68 500 par an, soit bien au-dessus de leur niveau d’avant-crise (59 300 sur la période 2010-2019), cette fragilité devient un enjeu majeur.
Le renforcement des fonds propres devient un levier central. Longtemps perçue avec prudence, l’ouverture du capital s’impose progressivement comme une solution de sécurisation. Elle permet d’allonger les horizons financiers, de renforcer la crédibilité vis-à-vis des partenaires et de mieux absorber les cycles.
Dans ce contexte, le rôle du capital-investissement évolue profondément. Il ne s’agit plus seulement d’accélérer la croissance, mais de stabiliser les trajectoires et accompagner les entreprises dans la durée.
Les entreprises accompagnées par des fonds affichent d’ailleurs une dynamique supérieure, avec une croissance de chiffre d’affaires de près de 5 % en 2024, contre 1,3 % pour l’ensemble des PME. Mais au-delà de la performance, c’est la nature de l’accompagnement qui change. Le capital-investissement apporte du temps et du capital, là où la dette impose échéances et remboursements contractuels. Il permet de financer des projets structurants (transformation, transmission, croissance externe) tout en sécurisant les modèles économiques.
Être investisseur aujourd’hui, c’est s’inscrire dans une logique de capital patient : accompagner les entreprises dans les phases de croissance comme dans les périodes de ralentissement, ajuster les trajectoires si nécessaire et rester présent lorsque la situation se complexifie. Cela peut impliquer de réduire temporairement le niveau d’endettement, d’allonger les horizons de transformation ou de privilégier la préservation de l’emploi et le maintien des centres de décision.
Dans un environnement où l’instabilité n’est plus l’exception mais la norme, la performance ne peut plus se résumer à la seule croissance. Elle se mesure désormais à la capacité des entreprises à s’adapter et à traverser les cycles sans renoncer à leurs ambitions. Pour les PME, qui constituent le socle de l’économie française, renforcer leur résilience n’est donc plus une option, mais une condition essentielle de pérennité. Car au-delà de la trajectoire de chaque entreprise, c’est bien la solidité et la capacité de résistance de tout notre tissu économique qui se jouent aujourd’hui.
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(*) Régis Lucas est Associé Directeur Général Exécutif chez Aquiti Gestion et basé au bureau de Poitiers, Il gère notamment les fonds dédiés aux PME & PMI sur les opérations dites de capital de proximité. Diplômé en Sciences Economiques et d’un DESS en gestion, Régis œuvre dans le capital investissement depuis 25 ans sur la Région Nouvelle Aquitaine. Thomas Bernard est Associé Gérant chez Aquiti Gestion à Bordeaux, en charge des activités Private Equity Small Cap sur le sud-ouest. Il gère notamment les fonds dédiés aux PME & PMI du territoire avec une approche combinée de performance économique & d’ancrage territorial. Diplômé de Paris Dauphine PSL et de l’Université de Bordeaux, il était auparavant Directeur chez UI Investissement à Paris.
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