Hollande séduit à San Francisco… et inaugure une nouvelle usine à gaz

Par Dominique Piotet  |   |  849  mots
L'accolade (hug) entre Carlos Diaz, l'instigateur du mouvement des pigeons (à droite) et François Hollande, a été le point d'orgue d'un voyage en Silicon Valley qui relevait plus de l'exercice de communication que de la diplomatie économique...
François Hollande en visite dans la Silicon Valley, a réussi son "coup de com'". Mais pour ce qui concerne les partenariats économiques et la promotion des startups françaises, c'est une autre paire de manches...

12 heures pour séduire...

Difficile d'ignorer que François Hollande a fait une visite éclair à San Francisco mercredi 12 février dans le cadre de sa visite d'Etat aux Etats-Unis ! En à peine 12 heures, le Président Français aura réussi un coup de communication magistral. Accompagné de plusieurs poids lourds de son gouvernement, dont Laurent Fabius, Arnaud Montebourg, Nicole Bricq et Fleur Pellerin, François Hollande a réussi à délivrer un message d'amour à des entrepreneurs qui n'en attendaient certainement pas tant.

Qu'on en juge : remise des clés par le maire de la Ville, déjeuner avec les poids lourds de la Silicon valley dont Jack Dorsey (Twitter) Eric Schmidt (Google) Sheryl Sandberg (Facebook), inauguration du French Tech Hub (mais c'est quoi donc…), rencontre avec des entrepreneurs français dont Carlos Diaz, le fondateur du mouvement des "pigeons", puis rencontre avec 2800 français installés sur place avant de reprendre l'avion pour Paris... Le Président n'a pas chômé !

Une très belle opération de communication

Et il faut être honnête: l'affaire a été menée avec talent et brio, par un Président très en forme, alors que très franchement, ce n'était pas gagné. Les Français de la baie de San Francisco, qui n'avaient pas vu un Président de la République depuis François Mitterrand il y a trente ans,  ne sont pas connus pour leurs amitiés à gauche. En politique, tout est souvent dans le rythme, l'agenda et cette petite dose d'épice qui fait que la sauce prend. Nous avons eu tout cela.

Le discours était très soigneusement calé pour séduire, à la fois lors de la rencontre organisée avec des entrepreneurs triés sur le volet et auprès de la communauté française, qui a reçu de belles phrases d'amour et a honoré le Président d'un bain de foule chaleureux, auquel il c'est livré avec un plaisir visible. Et le aujourd'hui fameux «hug » à Carlos Diaz, le fondateur du mouvement des pigeons, en guise de signe de paix, franchement,c'était très bien joué.

Des effets de manche mais…

 Mais voilà ! Derrière la façade et le très beau spectacle,une autre réalité se dessine. D'abord, le Président n'a pas abordé les sujets qui fâchent. Yahoo (affaire Dailymotion et retrait de France pour l'Irlande pour des raisons en grande partie fiscales) n'a pas été de la partie ; les affaires délicates de taxes avec Google n'ont pas été abordées ; et Netflix, la plateforme de vidéo en ligne, dont on attend potentiellement l'installation en France cet automne, n'a pas non plus été de la fête. Bref, on s'est contenté de communication pure et dure. C'est vrai que c'est avec courage que François Hollande a rencontré Carlos Diaz et lui a accordé une accolade qui restera l'un des grands moments de cette visite. Mais là encore, c'est d'abord une affaire de communication.

Les annonces du Président sont intéressantes, mais sans plus. Les mots d'amours sont utiles, les embrassades aussi, mais ils ne suffisent pas à faire une relation durable.

Une usine à gaz…de plus !

Enfin et surtout, l'inauguration du French Tech Hub n'a pas convaincu. La France est déjà dotée à San Francisco d'une multitude d'organismes la représentant, qui tentent de faciliter les affaires dans tous les sens : vers la France, depuis la France, entre Français, avec les Français, vers les régions, depuis les régions... Ils s'appellent Consulat Général, Chambre Franco-Américaine de Commerce, UBIFrance, Prime (Région Ile de France)…A croire que sur les 60.000 français travaillant dans la région, une bonne partie n'est là que pour supporter les autres. Bref, le dispositif est illisible et l'argent est saupoudré. Au lieu de simplifier, de rassembler sous un même toit l'ensemble de ses egos discordants, comme le fait par exemple la Suisse avec Swissnex, la France, une fois encore, se dote d'un dispositif de plus.

Le French Tech Hub, censée accompagner des startups françaises qui veulent avoir un pied en Silicon Valley, s'ajoute donc à tout cela. Il est d'ailleurs issu d'un dispositif ancien, HubTech21, rapidement repeint aux couleurs de ses nouveaux sponsors. L'histoire montre pourtant que les entreprises françaises qui ont une chance sérieuse de s'implanter en Silicon Valley se passent très bien de ce genre de services, à relativement faible valeur ajoutée. Il est bien plus efficace pour elles de se plonger directement dans le bain des incubateurs locaux, nombreux et très efficaces, qui vont en plus de leur donner directement accès à un réseau bien plus intéressant, leur permettre d'accéder à un niveau de support plus expérimenté. Bref, une usine à gaz de plus dont très franchement la scène française en Silicon Valley pouvait bien se passer.

On retiendra les mots d'amour, les accolades et le bain de foule inattendu pour le Président. Une très belle surprise. Et on oubliera sûrement bien vite le reste.