Avis de tempête sur la Silicon Valley

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En moins d'un mois, trois grands groupes de la Silicon Valley viennent d'annoncer leur déconsolidation. Preuve que la Silicon Valley est à bout de souffle ?
En moins d'un mois, trois grands groupes de la Silicon Valley viennent d'annoncer leur déconsolidation. Preuve que la Silicon Valley est à bout de souffle ? (Crédits : DR)
La tension monte dans la Silicon Valley : les venture capitalist sont nerveux, les grands groupes se fissurent, et les nouveaux projets s'expatrient... La fin du monopole tech de la région serait-elle proche ?

Plusieurs indicateurs sont en train de passer à l'orange, voire au rouge en Silicon Valley. Les valorisations des entreprises de la région ne cessent de monter, le nombre d'utilisateurs des plateformes inventées ici ne cessent de croître, donc difficile de parler de bulle. En revanche, suffisamment de tensions s'expriment, de plusieurs origines, pour que l'inquiétude monte et que l'on envisage une fin de cycle prochaine. Ce qui est source d'inquiétudes. Il y a au moins quatre signes de ces tensions :

Les venture capitalist se font plus nerveux.

C'est Marc Andreessen, le fondateur de Netscape et l'un des investisseurs les plus respecté et talentueux de la région qui le dit en privé, reprenant une ancienne expression bien connue des traders : « c'est quand la mer est basse qu'on voit ceux qui nagent en slip ». Et d'ajouter, « la mer descend ! ». Pour Marc Andreessen et de nombreux investisseurs avec qui nous sommes amené à échanger, nous allons commencer à vivre un moment difficile pour les investisseurs et pour les fondateurs de start up.

Plusieurs investisseurs ont d'ailleurs commencé à alerter en interne leurs start up : attention, il n'y aura pas nécessairement de nouveaux tours de financement, nous sommes en fin de cycle....et vous êtes en train de connaître une forte tension du côté des recrutements, alors qu'il n'y a a plus de candidats disponibles, notamment ingénieurs et développeurs. Alors que les ressources essentielles à la création de start up, les hommes, se font de plus en plus rares et chers, les perspectives de retour s'éloignent et le potentiel de croissance rapide n'est pas au rendez-vous. Et comment pourrait-il l'être s'il n'est plus possible de recruter !

Il y  a peu de nouveaux projets

C'est le journaliste Robert Scobble, toujours bien introduit, qui tire la sonnette d'alarme sur sa page Facebook. Il explique que des « compagnies dont je n'imaginais pas qu'elles pourraient lever de l'argent lèvent des dizaines de millions ». Mauvais signe : il n'y a pas beaucoup de bons dossiers, et nous atteignons une phase de maturité du cycle sans vraiment voir de sortie de nouvelles tendances fortes à court terme. On en veut pour preuve la toute nouvelle start up à la mode, Ello... un Facebook sans pub ! Pas très neuf ! Et il semble suffire de monter une application qui « uberise » ou « airbnbise » un secteur d'activité pour générer le buzz. Un peu court pour durer et les financements sur ce genre de dossier vont se tarir.

Les grands groupes se fissurent.

En moins d'un mois, trois grands groupes de la Silicon Valley viennent d'annoncer leur déconsolidation. Pour des raisons différentes, et souvent avec une réelle vision stratégique. HP, la plus ancienne entreprise de technologie de la région (1939), eBay et Paypal et Symantec ont décidé de se scinder en deux. Au delà de la réalité propre a chacun de ces entreprises, c'est aussi le signe que d'une part que le marché est prêt à ces profondes réorganisations, qui se sont fait attendre, mais surtout que le modèle d'innovation nécessaire à la survie ne résiste plus à leur taille devenue gigantesque. C'est un des dangers récurent dans la région.

Comment rester agile, innovant, se remettre en cause, tout en devenant un géant ? Une équation très difficile que connaitront nécessairement d'autres acteurs. Souvenons nous d'un des premiers actes de Steve Jobs lors de son retour à la tête d'Apple : tuer autant de projets que possibles et simplifier la ligne de produits. C'est d'ailleurs le conseil qu'il aurait donné aux fondateurs de Google peu de temps avant sa disparation. Conseil qu'ils ont suivi en tuant régulièrement les produits qui ne marchent pas. L'heure du ménage a cependant sonné et on verra d'autres entreprises procéder à des changements profonds. Les fins de cycles sont toujours de bons moments pour s'alléger en vue du prochain cycle. Encore faut-il « nager en slip », comme le précise Marc Andreessen. Il y aura un peu de casse !

La vie quotidienne devient difficile

Enfin, la vie devient vraiment difficile dans la région. Le trafic est devenu à nouveau impossible, le taux de chômage est tombé sous les 5%, soit sous le taux de chômage naturel dans la région, et les comportements mercenaires, qui consistent pour les talents de la région de passer d'une start up à l'autre en faisant monter les enchères, sont à leur maximum.

Dans ce contexte, les salaires explosent, et garder les talents devenus rares est presqu'impossible. D'une certaine façon, comme toujours en fin de cycle, l'heure des retours sur investissements a sonnée pour beaucoup, et d'ailleurs les introductions en bourse se multiplient, faisant sur leur passage autant de nouveaux millionnaires.  Les voitures de grand luxe pullulent dans la ville et les logements ont atteint des prix supérieurs à ceux de New York. Du coup, des tensions apparaissent entre les habitants, et la qualité de vie se détériore. Le tout va rendre la région moins attractive pour les plus jeunes talents, au moins pour un temps. Au profit de nouveaux hub, comme Boulder dans le Colorado ou Austin au Texas qui voient le nombre de start up se multiplier.

La  Silicon Valley est une terre de réinvention permanente. C'est sa grande force. Mono secteur, sur le fond très moutonnière, elle fonctionne en troupeaux et par cycles. Lorsqu'un cheptel devient vieillissant, il est temps de se renouveler. Sans nécessairement passer par la case « bulle », mais systématiquement en se réinventant. C'est ce que nous allons expérimenter en 2015. Dix ans après le grand mouvement des réseaux sociaux. C'est la durée normale d'un cycle dans la région !

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Commentaires
a écrit le 15/10/2014 à 12:54 :
Avis de tempête... sur le budget de la France .... mais à la Tribune on en parle pas !
a écrit le 15/10/2014 à 12:04 :
silicon-valley.fr c est top pour ce rendre compte ...
a écrit le 15/10/2014 à 8:52 :
" le taux de chômage est tombé sous les 5%..... dans ce contexte, les salaires explosent, et garder les talents devenus rares est presqu'impossible."
C'est pour cela que je prétends que le plein emploi en France serait un cauchemar pour les employeurs et que la situation actuelle leurs convient très bien.
Réponse de le 15/10/2014 à 10:12 :
Pourtant, sans salaires point de clients!
a écrit le 15/10/2014 à 8:17 :
Le Monde évolue. Il y a ceux qui l'expliquent et le comprennent et il y a ceux qui ne comprennent pas ou ne cherchent pas a comprendre et qui créent ainsi de l'inquiétude. Mais les évolutions sont à espérer.
Le paradoxe de l'homme est qu'il change tous les jours et qu'il n'accepte pas le changement (pour la majorité au moins)
a écrit le 15/10/2014 à 7:10 :
Attention la French Tech menace ! A coup de fonds publics et de fonctionnaires la France socialiste sort l'artillerie lourde. On les aura !
Réponse de le 15/10/2014 à 12:25 :
Vous êtes allé a San Francisco récemment? Le système de santé tombe en ruine, le nombre de SDF explose. Beau modele.
a écrit le 14/10/2014 à 19:42 :
article inepte et ridicule, c'est vraiment pour écrire quelque chose.
Le thème de l'article, tout va bien, c'est que ca ira mal un jour.

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