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Morsi défie les juges en Egypte, procès ajourné au 8 janvier

reuters.com

Publié le 04 novembre 2013 à 08:44 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 15:03

Ajournement du procès du président égyptien déchu Mohamed Morsi

Ajournement du procès du président égyptien déchu Mohamed Morsi

reuters.com

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par Yasmine Saleh et Yara Bayoumi

LE CAIRE (Reuters) - Le président déchu Mohamed Morsi a défié les juges au premier jour de son procès pour incitation à la violence lundi au Caire, scandant "A bas le régime militaire" et se présentant comme le seul chef "légitime" de l'Etat égyptien.

Le dirigeant islamiste, écarté par l'armée le 3 juillet après de grandes manifestations de rue, a manifesté sa colère et interrompu l'audience à plusieurs reprises, conduisant le tribunal à suspendre les débats avant d'ajourner le procès jusqu'au 8 janvier.

Mohamed Morsi, qui était détenu au secret depuis son renversement, risque, comme quatorze autres dirigeants des Frères musulmans qui comparaissaient avec lui, la peine de mort ou la réclusion à perpétuité s'il est reconnu coupable.

Tous sont poursuivis pour incitation au meurtre et à la torture de manifestants devant le palais présidentiel en décembre 2012. L'acte d'accusation se réfère à la mort de dizaines de personnes lors d'affrontements entre Frères musulmans et opposants qui protestaient contre un décret étendant les pouvoirs de Mohamed Morsi, élu six mois plus tôt.

Les partisans des Frères musulmans dénoncent un simulacre de procès visant à effacer du paysage politique la confrérie -déjà décimée par une violente répression depuis juillet- et à renforcer la mainmise d'un Etat policier.

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Les journalistes avaient interdiction d'utiliser leur téléphone portable dans la salle d'audience installée dans une école de police, où l'ex-président a été transféré par hélicoptère. Mais la télévision publique a diffusé de brèves images de Mohamed Morsi, les premières depuis sa destitution le 3 juillet.

Vêtu d'un costume bleu sombre, Mohamed Morsi est d'abord filmé en train de sortir d'une fourgonnette blanche et de reboutonner sa veste, puis derrière les barreaux d'une cage où il a comparu aux côtés des autres prévenus, qui portent l'uniforme blanc des prisonniers.

LA PLACE TAHRIR BOUCLÉE

Les co-prévenus applaudissent à l'arrivée de Morsi, font de la main le geste de ralliement de la confrérie -quatre doigts levés et le pouce replié- et tournent parfois le dos à la cour.

"Ce procès est illégitime", lance le président déchu, qui aurait refusé de porter l'uniforme des détenus selon les médias officiels égyptiens. "C'est un coup d'Etat militaire criminel", dit-il avant l'interruption des débats. "Je suis Mohamed Morsi. Je suis président de la République", dit-il aussi.

"Nous sommes dans un Etat, pas dans un camp (militaire). A bas le régime militaire!", lance-t-il. "Je témoigne que ce qui se passe découle d'un putsch militaire. Je demande à la justice égyptienne de ne pas se faire le complice du coup de force militaire".

Certains des co-prévenus ont profité de la présence de journalistes dans la salle d'audience pour leur dire qu'ils avaient été maltraités durant leur détention. "J'ai été maintenu pendant 60 jours dans ma cellule", a ainsi déclaré à Reuters le dirigeant de la confrérie, Mohamed el Beltagui, à l'intérieur de la cage où il était enfermé.

Un autre islamiste, Alaa Hamza, a dit avoir été torturé et a retiré sa chemise pour montrer aux journalistes ce qu'il a présenté comme des marques de mauvais traitements.

Oussama Morsi, fils de l'ex-président, a dit par téléphone à Reuters que son père avait refusé d'être représenté par un avocat de la défense et que sa famille n'assisterait pas au procès. "Nous ne reconnaissons pas ce procès. Nous sommes fiers de mon père et nous nous sentons confortés par sa position."

L'audience a eu lieu là même où Hosni Moubarak, renversé en février 2011, est jugé pour complicité dans le meurtre de manifestants lors de la "Révolution du Nil".

Mohamed Morsi a ensuite été transféré dans la prison de Borg al-Arab, à Alexandrie, et non dans celle de Torah, au Caire, comme l'avait dit une source des services de sécurité.

Des centaines de partisans de Mohamed Morsi s'étaient réunis pour l'ouverture du procès devant l'école de police afin de lui exprimer leur soutien et dénoncer une nouvelle fois son éviction par le chef d'état-major des forces armées, le général Abdel Fattah al Sissi. "La volonté du peuple a été violée", pouvait-on lire sur une des banderoles déployées par les manifestants.

Dans le centre du Caire, la place Tahrir, épicentre des manifestations de l'hiver 2011 et des mouvements de contestation qui ont suivi, a été bouclée par les forces de l'ordre. Le trafic était fluide, signe que de nombreux pro-Morsi ont préféré rester chez eux par peur de la répression.

RISQUE D'ESCALADE

Au cours du week-end, un haut responsable des Frères musulmans a jugé que "si Morsi (était) condamné, il y aur(ait) une escalade majeure par le biais de manifestations pacifiques et sans l'usage de la force". Il n'a pas exclu que d'autres islamistes puissent prendre les armes contre l'Etat.

Depuis la chute du premier président démocratiquement élu de l'histoire de l'Egypte, le gouvernement intérimaire appuyé par les militaires a lancé une implacable répression contre la confrérie islamiste, tuant des centaines de ses partisans et arrêtant presque tous ses dirigeants.

Parallèlement s'est déclenchée une vague de violences sans précédent depuis l'insurrection islamiste des années 1990, qui a fait une centaine de morts dans les rangs des forces de sécurité.

L'armée accuse les Frères musulmans d'encourager le terrorisme mais la confrérie rejette tout lien avec des activités violentes.

"Ce procès est un test pour les autorités égyptiennes", estime Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

"Elles devraient lui accorder un procès équitable, avec la possibilité de remettre en question les preuves présentées contre lui. Sinon, elles ne feront qu'accentuer les interrogations sur les raisons véritables de ce procès."

Avec Hadeel al Shalchi; Henri-Pierre André, Jean-Stéphane Brosse et Eric Faye pour le service français, édité par Gilles Trequesser

reuters.com

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