Le président égyptien déchu Mohamed Morsi devant la justice
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par Yasmine Saleh et Yara Bayoumi
LE CAIRE (Reuters) - Le président déchu égyptien Mohamed Morsi est arrivé lundi matin à l'école de police du Caire où son procès pour incitation à la violence doit s'ouvrir dans la matinée, rapporte la télévision d'Etat.
Quatorze autres dirigeants de la confrérie des Frères musulmans comparaissent avec lui.
Mohamed Morsi, détenu au secret depuis son renversement par l'armée le 3 juillet après de grandes manifestations de rue, risque, comme les autres prévenus, la peine de mort ou la réclusion à perpétuité s'il est reconnu coupable.
Ils sont poursuivis pour incitation au meurtre et à la torture de manifestants devant le palais présidentiel Etihadeya en décembre 2012. L'acte d'accusation se réfère à la mort de dizaines de personnes lors d'affrontements entre Frères musulmans et opposants qui protestaient contre un décret étendant les pouvoirs de Mohamed Morsi, élu six mois plus tôt.
D'après l'agence officielle de presse Mena, le président déchu a été transféré par hélicoptère à l'école de police où doit se dérouler son procès, là même où Hosni Moubarak, déposé en février 2011, est lui aussi jugé pour complicité de meurtres.
Des centaines de partisans des Frères musulmans se sont réunis lundi matin devant l'enceinte pour lui exprimer leur soutien et dénoncer une nouvelle fois son éviction par le chef d'état-major des forces armées, le général Abdel Fattah al Sissi.
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"La volonté du peuple a été violée", pouvait-on lire sur une des banderoles déployées par les manifestants.
Dans le centre du Caire, la place Tahrir, épicentre des manifestations de l'hiver 2011 et des mouvements de contestation qui ont suivi, a été bouclée par les forces de sécurité.
UN TEST POUR LES AUTORITÉS
"Il est évident que le but de ce procès, de même que de toutes les initiatives prises contre les Frères musulmans, est d'effacer de la vie politique la confrérie et tous les mouvements islamistes", a déclaré Mohamed Damaty, un des avocats qui se sont portés volontaires pour la défense du président déchu.
Au cours du week-end, un haut responsable des Frères musulmans a jugé que "si Morsi (était) condamné, il y aur(ait) une escalade majeure par le biais de manifestations pacifiques et sans l'usage de la force". Il n'a pas exclu que d'autres islamistes puissent prendre les armes contre l'Etat.
Depuis la chute du premier président démocratiquement élu de l'histoire de l'Egypte, le gouvernement intérimaire appuyé par les militaires a lancé une implacable répression contre la confrérie islamiste, tuant des centaines de ses partisans et arrêtant presque tous ses dirigeants.
L'assaut sanglant lancé le 14 août par l'armée pour démanteler deux campements établis par les pro-Morsi au Caire a déclenché parallèlement une vague de violences sans précédent depuis l'insurrection islamiste des années 1990.
Une centaine de membres des forces de sécurité ont été tués dans une série d'attaques dans la péninsule du Sinaï, dans les villes bordant le canal de Suez et dans la vallée du Nil.
Le chaos sécuritaire et l'instabilité politique ont davantage plombé une économie dépendant largement du tourisme et des investissements étrangers.
L'armée accuse les Frères musulmans d'encourager le terrorisme mais la confrérie rejette tout lien avec des activités violentes.
"Ce procès est un test pour les autorités égyptiennes", estime Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. "Elles devraient lui accorder un procès équitable, avec la possibilité de remettre en question les preuves présentées contre lui. Sinon, elles ne feront qu'accentuer les interrogations sur les raisons véritables de ce procès."
Avec Michael Georgy; Tangy Salaün, Jean-Stéphane Brosse et Nicolas Delame pour le service français, édité par Henri-Pierre André
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