Les victimes du typhon Haiyan entre attente et lassitude
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par Aubrey Belford
BOGO, Philippines (Reuters) - "D'une certaine manière, on nous a oubliés". Le maire de Bogo, une ville située à la pointe nord de l'île de Cebu dans l'archipel des Philippines, a un sourire un peu las.
Cinq jours après le passage du typhon Haiyan qui a fait des milliers de morts et des millions de dégâts, Celestio Martinez Jr a le sentiment que toute l'attention, celle de la communauté internationale et celle des médias, se focalise sur la localité de Tacloban sur l'île de Leyte.
Pourtant, Cebu offre le même spectacle de désolation que celui qui tourne en boucle sur les chaînes de télévision installées à Tacloban.
Selon des responsables de la province, environ 90% des immeubles de Bogo ont été sérieusement endommagés. Les récoltes ont été détruites et des routes endommagées, l'électricité a été coupée. Le bilan provisoire fait état de 57 morts dans cette agglomération, un chiffre qui apparaît relativement modeste par rapport aux 1.883 tués recensés à ce jour.
Mais ce bilan ne peut cacher la réalité sur place et dans toute la province de Cebu où l'on voit des centaines d'enfants le long de la grande route, la main tendue en signe de désespoir. Ils ont besoin d'eau et de nourriture. Mais les camions et véhicules militaires ne parviennent qu'en petit nombre dans la capitale provinciale, Cebu City.
"Il y a un besoin urgent de nourriture, d'eau et d'abri dans ces régions", dit Neil Sanchez, responsable de la gestion des situations de crise dans la province.
PROBLÈMES IMMENSES
A Bogo, les réserves de riz, de conserves et de nouilles en préparation instantanée prévues pour trois jours sont épuisées dans 12 des 29 quartiers de la ville.
Les autorités craignent l'apparition du choléra, maladie liée à la consommation d'eau ou d'aliments impropres.
Le gouvernement provincial a dépêché sept camions chargés d'aide dans les régions sinistrées et des organisations humanitaires sont très actives à l'échelon local. "Grâce à Dieu, il y a les organisations privées", soupire Neil Sanchez.
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En revanche, rien n'est prévu pour entreprendre des travaux de reconstruction d'habitations et les sinistrés n'ont d'autre choix que fouiller les décombres à la recherche de moyens de subsistance.
A Tacloban, les "problèmes immédiats sont immenses", explique le docteur Alberto de Leon, directeur du centre médical régional d'Eastern Visayas.
Le passage du typhon a épargné deux centres médicaux de la ville, dont une clinique, et la chapelle de l'hôpital encore en état a été transformée en maternité de fortune.
Sept enfants prématurés y sont soignés sous le regard inquiet de leur mère, sous une statue en bois du Christ. Un huitième nourrisson prématuré, né vendredi, est maintenu en vie par sa grand-mère qui fait fonctionner manuellement la pompe du respirateur artificiel.
"J'ai peur que les nouveaux-nés soient victimes de contaminations. Les cadavres qui se trouvent à l'arrière (de l'hôpital) constituent un foyer" d'infection, explique le Dr. Leon.
"NE PAS OUBLIER"
La seule source d'électricité est un vieux générateur à essence insuffisant pour alimenter les couloirs du bâtiment dans lesquels des patients attendent d'être soignés, dans le noir et une chaleur étouffante.
Les réfrigérateurs de la morgue ne fonctionnent plus et les cadavres de 18 personnes tuées lors du passage du typhon se décomposent lentement.
Mary Jane Tevez, 16 ans, et son mari ont échappé de justesse à l'effondrement de leur maison vendredi avant de se retrouver piégés dans la résidence d'un voisin.
Mary, enceinte et proche du terme, a alors éprouvé de fortes douleurs abdominales. L'enfant, un petit garçon, est né samedi. Son nom ? Yolando, version masculine de Yolanda, le nom philippin de Haiyan.
"Parce que nous ne voulions pas oublier ce que nous avons vécu et parce que nous avons une autre vie" à protéger, résume le père du nouveau-né.
Avec Stuart Grudgings à Tacloban, Pierre Sérisier pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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