Barack Obama contraint au mea culpa sur l'assurance maladie
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par Steve Holland et Jeff Mason
WASHINGTON (Reuters) - D'ordinaire éclatant de confiance, Barack Obama a exprimé jeudi un sentiment dont il n'est pas coutumier et qui n'a guère sa place dans les allées du pouvoir: l'humilité.
A son pupitre de la Maison blanche, le président des Etats-Unis a reconnu avoir perdu la confiance des Américains et admis sa responsabilité dans la mise en oeuvre chaotique de l'une des réformes les plus emblématiques de ses deux mandats, celle de l'assurance maladie.
L'aveu a toutefois été formulé en creux, puisqu'il a parlé de "restaurer la confiance" de ses concitoyens. Il est néanmoins très inhabituel de la part de la Maison blanche, où il est de coutume de nier ses erreurs.
"J'ai parfois pensé que nous étions blâmés injustement. Cette fois, c'était mérité", a reconnu Barack Obama.
Considéré comme le plus grand accomplissement de son premier mandat en matière de politique intérieure, la réforme de l'assurance santé doit permettre à des millions d'Américains de bénéficier d'une couverture maladie, mais le site internet conçu pour leur permettre d'y souscrire a connu de nombreux problèmes techniques qui l'ont souvent rendu inaccessible.
Qui plus est, certaines compagnies d'assurance ont mis fin à des millions de contrats qui n'étaient pas conformes à la nouvelle législation, alors que le président avait assuré que les formules qui donnaient satisfaction seraient préservées.
Le président a donc promis de remédier à ces problèmes, sans toutefois préciser comment. On ignore par ailleurs quelles seront les conséquence de l'affaire sur la composition de ses équipes et sur son propre programme, qui prévoit encore plusieurs réformes d'envergures, notamment sur l'immigration.
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LES "MID-TERM" DE 2014 EN VUE
Barack Obama a dit n'avoir jamais été informé directement des dysfonctionnements de la plate-forme mise en ligne le 1er octobre, mais a reconnu que sa promesse au sujet des assurances donnant satisfaction n'avait pas été tenue.
"C'est très frappant d'entendre un président parler de cette façon", souligne l'historien Michael Beschloss, spécialiste de la Maison blanche, rappelant les précédents de la Baie des Cochon, l'invasion manquée de Cuba sous la présidence de John Kennedy en 1961, et le Watergate qui a conduit à la démission de Richard Nixon en 1974.
"Les présidents ne s'excusent pas facilement", confirme son collègue Thomas Alan Schwartz, de l'université Vanderbilt. "Je pense qu'il souffre de l'impression d'incompétence. Ce n'est pas bon pour un président d'avoir l'air incompétent."
Certains ont récemment reproché au chef de l'Etat de ne pas avoir fait le nécessaire pour que ses instructions soient mises en oeuvre comme il l'entendait.
Pour le stratège démocrate Bob Shrum, son mea culpa était nécessaire. Il s'y est plié en partie sous la pression de parlementaires, qui craignaient pour leur réélection lors des législatives de mi-mandat, l'année prochaine.
La cote de popularité du président, tombée cette semaine à 39% d'opinions favorables dans un sondage de l'université Quinnipiac, suscite une vive inquiétude dans les rangs démocrates. Le parti présidentiel perd souvent la majorité à l'occasion des "mid-term elections" et le risque est encore plus grand quand la cote de son chef de file passe sous les 50%.
"NE RIEN RATER"
Barack Obama est tombé au même niveau d'impopularité que son prédécesseur George Bush au même stade de sa présidence.
"La promesse non tenue du président Obama - 'Si vous aimez votre assurance maladie, vous pourrez la garder' - a laissé une mauvaise impression à beaucoup de monde. Près de la moitié des électeurs - 46% - pensent qu'il les a sciemment trompés", observe Tim Malloy, directeur adjoint de l'institut de sondages de l'université Quinnipiac.
"Il ne fait aucun doute que notre incapacité à mettre en oeuvre en douceur l'ACA (Affordable Care Act, loi pour une couverture maladie abordable) a embarrassé les démocrates, qu'ils soient candidats ou non, parce qu'ils se sont mobilisés et l'ont soutenue", a reconnu Barack Obama.
"Je me sens profondément responsable de leur avoir compliqué et non pas facilité la tâche de continuer à promouvoir les valeurs centrales qui, je pense, sont en premier lieu à l'origine de leur soutien", a-t-il ajouté.
Loin des caméras, derrière les grilles de la Maison blanche, la réforme de la santé a fait l'objet d'innombrables réunions. L'état-major du président s'efforce désormais de convaincre que le problème sera résolu avant la fin de l'année.
"Ils savent que la tâche ne sera pas facile. Il n'y a pas de panique. Ils ont le sentiment qu'ils doivent donner le meilleur d'eux-mêmes jour après jour, qu'ils ne doivent rien rater", dit un démocrate bien introduit.
Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Marc Angrand
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