Le Japon renonce à ses objectifs ambitieux sur le climat
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par Stian Reklev et Michael Szabo
VARSOVIE/TOKYO (Reuters) - Le Japon a considérablement réduit vendredi son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre, conséquence de la fermeture des centrales nucléaires après l'accident de Fukushima qui a relancé la consommation de charbon.
Le gouvernement se fixe désormais un objectif de réduction des émissions de 3,8% d'ici 2020 par rapport aux niveaux de 2005, a annoncé le secrétaire général du gouvernement Yoshihide Suga lors d'une conférence de presse à Tokyo.
Cela correspond à une hausse de 3% par rapport aux niveaux de 1990, alors que l'objectif officiel prévoyait depuis 2009 une baisse de 25% des émissions par rapport à 1990.
"Le nouvel objectif se fonde sur zéro énergie nucléaire dans le futur. Nous avons dû revoir notre niveau d'ambition à la baisse", a expliqué le négociateur japonais Hiroshi Minami lors de la conférence annuelle sur le climat à Varsovie.
Le Japon a été contraint à cette décision par la mise à l'arrêt de la cinquantaine de centrales nucléaires de l'archipel après la catastrophe de Fukushima en mars 2011.
Le Premier ministre Shinzo Abe plaide pour le redémarrage progressif des réacteurs, mais le processus sera lent et ne débutera pas avant le début 2014 au plus tôt. Il se heurte en outre à l'hostilité de l'opinion publique et certains réacteurs ne rouvriront pas en raison d'inquiétudes liées à leur sécurité.
La perte du nucléaire, qui représentait 26% de la production japonaise d'électricité, a contraint la troisième économie mondiale à importer du charbon et du gaz naturel, plus polluants, provoquant une montée en flèche des émissions de gaz à effet de serre.
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Le Japon compte réduire ses émissions de 2,8% - d'ici 2020 par rapport à 2005 - en plantant des arbres. Le reste de l'objectif doit être atteint en réduisant les émissions des secteurs industriel et énergétique ou en utilisant des crédits carbone achetés à d'autres pays.
CRITIQUES EN VUE
Hiroshi Minami n'a pas exclu de réviser encore cet objectif si le Japon réintroduit le nucléaire dans son mix énergétique.
"Je m'attends à de sévères critiques", a-t-il reconnu à Varsovie, où les discussions doivent se poursuivre jusqu'au 22 novembre.
Les pays en développement et les mouvements écologistes réclament que les pays riches prennent des engagements en faveur de réductions plus fortes des émissions de GES et d'une aide plus importante aux pays pauvres menacés par les conséquences du réchauffement climatique.
Contrairement aux Etats-Unis, au Canada ou à l'Australie, le Japon avait cependant été plutôt épargné jusqu'ici en raison de son objectif ambitieux pour 2020. La délégation japonaise avait même été longuement applaudie à son arrivée à la conférence de Bangkok en 2009, quelques semaines après que le Premier ministre Yukio Hatoyama eut dévoilé le chiffre de 25%.
"Cette décision du Japon pourrait avoir un effet dévastateur", regrette Naoyuki Yamagishi, de WWF Japon. "Cela pourrait accélérer le nivellement par le bas des pays développés au moment où le monde a besoin d'actions immédiates et décisives", a-t-il dit.
"Il m'est impossible de décrire mon état de consternation", a déclaré le négociateur en chef chinois sur le climat, Su Wei.
Avec Elaine Lies à Tokyo; Jean-Stéphane Brosse pour le service français
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