Israël critique l'accord avec Téhéran conclu à Genève
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par Dan Williams
JERUSALEM (Reuters) - Le gouvernement israélien a jugé dimanche que les grandes puissances avaient conclu à Genève avec Téhéran un "mauvais accord" sur le dossier nucléaire iranien, et prévenu qu'il ne se considérait pas comme lié par le texte.
Mais Israël n'a pas été jusqu'à brandir explicitement la menace d'une action militaire unilatérale qui risquerait d'isoler encore un peu plus l'Etat juif et mettre en péril son alliance avec Washington. Les différents ministres qui ont réagi dès dimanche matin ont fait valoir qu'il fallait d'abord du temps pour étudier en détail le contenu de l'accord.
Par ailleurs, Barack Obama devrait s'entretenir dimanche avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu du contenu de l'accord, a-t-on appris dans l'entourage du président américain.
"C'est un mauvais accord. Il accorde à l'Iran exactement ce qu'il voulait - à la fois un allègement important des sanctions et la préservation des parties les plus importantes de son programme nucléaire", a déclaré un responsable du cabinet de Benjamin Netanyahu.
"La pression économique sur l'Iran aurait pu déboucher sur un bien meilleur accord qui aurait démantelé le potentiel nucléaire de l'Iran."
Visant à sortir d'un blocage qui pouvait s'avérer dangereux, l'accord préliminaire sur le nucléaire iranien a été conclu dimanche à Genève entre l'Iran, d'un côté, et l'Allemagne, la Chine, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie, de l'autre, après quatre jours de négociations ardues.
Du côté américain, on indique que l'accord donne un coup d'arrêt au programme nucléaire iranien, y compris à la construction du réacteur à eau lourde d'Arak susceptible de produire du plutonium pouvant servir à fabriquer la bombe atomique.
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"PAS CET ACCORD"
L'accord suspend les volets les plus controversés du programme atomique de l'Iran en lui imposant d'arrêter l'enrichissement d'uranium au-dessus de 5% et de neutraliser ses réserves enrichies à 20%. Il prévoit aussi des inspections de la part des Nations unies.
Mais tout cela semble encore être en deçà de ce que souhaitait Israël.
"Vous êtes là et criez jusqu'à épuisement et vous essayez de comprendre pourquoi ils n'écoutent pas. Le monde voulait un accord", a déclaré le ministre des Finances Yaïr Lapid, membre du cabinet de sécurité de Benjamin Netanyahu à la radio de l'armée israélienne. "Nous avons également dit qu'il serait bon d'avoir un accord diplomatique. Un accord diplomatique vaut bien sûr mieux que la guerre, un accord diplomatique vaut mieux qu'une situation de confrontation permanente, seulement pas cet accord-là."
Il a souligné que tous les termes de l'accord n'étaient pas encore très clairs. "Par exemple, nous ne comprenons toujours pas exactement ce que signifie l'intensification de la surveillance (des sites iraniens). (...)", a-t-il dit en soulignant que les petits détails pouvaient être très importants.
"LE DROIT DE SE DÉFENDRE"
A Washington, on a dit comprendre les préoccupations d'Israël. "En fin de compte, nous comprenons et sommes sensibles au scepticisme d'Israël à propos de l'Iran. Compte tenu des menaces qui ont été faites par Téhéran au sujet d'Israël, nous comprenons pourquoi Israël veut s'assurer qu'il s'agit du meilleur accord possible", dit-on dans l'entourage du président.
"Nous avons maintenant une période de six mois pour voir si la nouvelle direction en Iran va jusqu'au bout de son engagement à mettre l'Iran sur une nouvelle voie. Nous saurons après six mois s'il peut y avoir une solution."
Le ministre israélien de l'Economie, Naftali Bennett, qui appartient lui aussi au cabinet de sécurité de Benjamin Netanyahu, a déclaré que le gouvernement pourrait agir de façon unilatérale.
"Israël ne se considère pas lié par ce mauvais, ce très mauvais accord qui a été signé", a déclaré Naftali Bennett à la radio de l'armée. "Si l'Etat d'Israël voit que l'Iran le met en danger, l'Etat d'Israël a le droit de se défense et est capable de se défendre."
Mais il a toutefois évité de dire franchement si Israël était susceptible d'attaquer l'Iran même si ses alliés occidentaux tentaient de conclure un accord définitif dans les mois à venir.
A priori seule puissance nucléaire au Proche-Orient, Israël accuse l'Iran de chercher à se doter de l'arme atomique, ce qu'il considère comme une menace contre sa propre existence.
Le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman a estimé que l'accord conclu à Genève était "la victoire diplomatique la plus importante" de l'Iran depuis la révolution islamique de 1979. Il a lui aussi souligné que l'accord conclu devait être étudié de près.
Julien Dury et Danielle Rouquié pour le service français
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