L'Ukraine veut "clarifier" son refus auprès de l'UE
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par Natalia Zinets et Richard Balmforth
KIEV (Reuters) - L'Ukraine ne veut pas devenir "un champ de bataille" entre l'Union européenne et la Russie et son président assistera au sommet de Vilnius, jeudi et vendredi, pour expliquer son refus de se rapprocher de l'UE au profit d'une relance des relations avec Moscou, a déclaré mardi le Premier ministre ukrainien.
L'Ukraine a provoqué la surprise jeudi en suspendant les négociations menées depuis des années pour signer un accord d'association politique et de libre-échange avec l'UE.
Ce revirement, que les dirigeants européens ont imputé à des pressions insistantes de la part du Kremlin, a entraîné des manifestations de l'opposition dimanche et lundi à Kiev et dans plusieurs villes du pays.
S'exprimant à ce sujet dans une déclaration télévisée, le président Viktor Ianoukovitch a déclaré que les termes de l'aide financière offerte par l'UE en échange de l'accord étaient "humiliants".
Il a dit que l'UE avait offert 610 millions d'euros et lié cette somme à l'acceptation par Kiev d'un nouveau programme de réformes mis en place avec le Fonds monétaire international, que son gouvernement a jugé inacceptable.
"Nous n'avons pas à être humiliés de la sorte. Nous sommes un pays sérieux. Un pays européen", a-t-il dit. "Quand cela correspondra à nos intérêts, quand nous aurons convenu de conditions normales (avec l'UE), alors nous pourrons envisager de signer", a-t-il ajouté.
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L'accord, qui devait être signé à Vilnius, en Lituanie, aurait marqué pour l'ex-république soviétique une sortie quasi définitive de la sphère d'influence du grand frère russe, déjà agacé par l'adhésion des trois républiques baltes à l'UE.
La volte-face du président Viktor Ianoukovitch semble définitive mais il a décidé de se rendre dans la capitale lituanienne pour "clarifier" sa position et "s'entendre sur un mécanisme de consultations", selon l'expression employée par son Premier ministre, Mikola Azarov.
"Nous ne souhaitons absolument pas devenir un champ de bataille entre l'EU et la Russie, un terrain de confrontation. Nous souhaitons avoir de bonnes relations avec les deux", a ajouté Mikola Azarov.
En effectuant ce déplacement, Viktor Ianoukovitch espère discuter d'un projet de pourparlers trilatéraux, incluant la Russie, sur les problèmes économiques de son pays.
VICTOIRE À LA PYRRHUS
Les dirigeants européens ont dit lundi que l'offre d'association restait valable, une proposition écartée par Mikola Azarov. "A partir de début décembre, nous serons à la table de négociation et nous établirons une feuille de route pour le rétablissement de nos relations (économiques avec Moscou)", a-t-il dit.
L'Ukraine est lourdement endettée vis-à-vis de Moscou et elle dépend largement des approvisionnements russes en gaz naturel, qu'elle estime payer à un tarif trop élevé.
Pour la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaite, dont le pays occupe la présidence tournante de l'UE, la Russie a remporté "une victoire à la Pyrrhus" en persuadant Kiev de ne pas se rapprocher de l'UE. Cette manoeuvre, a-t-elle dit à Reuters, aura un coût économique pour Moscou.
Pointée du doigt par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ainsi que par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, la Russie a démenti avoir exercé des pressions sur son ancienne partenaire soviétique pour la dissuader d'un rapprochement avec les Occidentaux.
Vladimir Poutine a balayé les accusations venues de Bruxelles tout en expliquant qu'il craignait de voir le marché russe inondé par des produits en provenance d'Europe de l'Ouest en cas d'accord UE-Ukraine.
"Nous ne sommes pas prêts à ouvrir nos frontières aux produits européens comme ça", a dit le président russe en visite à Trieste, en Italie. "Je voudrais demander à nos amis à Bruxelles -mes bons amis personnels de la Commission européenne- d'éviter d'employer des mots durs", a dit Vladimir Poutine lors d'une conférence de presse avec le président du Conseil italien, Enrico Letta.
Interrogé sur la promesse qu'il aurait faite à Kiev d'abaisser le prix des livraisons de gaz, le président russe a dit ne pas avoir discuté avec les dirigeants ukrainiens d'une révision du contrat signé en 2009 et courant jusqu'en 2019.
Il a rappelé que les banques russes accordaient régulièrement des prêts à l'Ukraine et que leur montant s'élevait à 30 milliards de dollars (22 milliards d'euros).
Avec Pavel Polityuk et Thomas Grove à Kiev et Alexei Anishchuk à Trieste; Guy Kerivel, Pierre Sérisier et Jean-Stéphane Brosse pour le service français
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