Les faucons iraniens se taisent sur le nucléaire, jusqu'à quand?
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par Marcus George
DUBAI (Reuters) - Accueillis en héros à Téhéran à leur retour de Genève, les négociateurs de l'accord sur le nucléaire iranien sont pour l'instant épargnés par le camp conservateur mais savent que le moindre faux pas leur est interdit.
Proches du guide suprême Ali Khamenei, puissants tant sur le plan politique qu'économique, les 'faucons' restent sur le qui-vive tout en s'efforçant de mesurer les conséquences de cet accord qui prévoit un gel de l'enrichissement d'uranium à plus de 5% en échange d'un allègement des sanctions occidentales.
L'accord a été conclu pour six mois, le temps de trouver une solution durable au contentieux nucléaire.
"Il n'y a pas d'opposition d'ampleur pour le moment, mais toutes les parties qui bénéficiaient du statu quo des sanctions et de l'économie fermée seront perdantes", souligne Siavush Randjbar-Daemi, chargé de cours sur la politique iranienne à l'université de Manchester, en Grande-Bretagne. "L'accord est encore fragile et la volonté de passer d'urgence aux prochaines étapes montre qu'on marche sur des oeufs et que la partie iranienne a besoin de profiter de cet élan."
Le président Hassan Rohani, arrivé à la tête de l'Etat en août dernier et son ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif sont de plus en plus populaires: l'opinion a le sentiment que cet accord pourrait déboucher sur une solution à long terme et mettre fin à des sanctions qui pèsent considérablement sur l'économie du pays.
ÉQUILIBRE
Mais les premières critiques ont déjà émergé.
Le journal ultraconservateur Kayhan a ainsi insisté sur la divergence d'interprétation entre Téhéran et Washington sur une partie cruciale de l'accord: l'Iran affirme que son droit à enrichir l'uranium est reconnu par la communauté internationale, alors que les Américains maintiennent que ce n'est pas le cas.
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"Le fait que les dirigeants américains sabotent l'accord (...) avant même que l'encre soit sèche montrent l'ampleur de la difficulté à traiter avec une Amérique qui n'est pas digne de confiance."
De telles remarques peuvent toujours résonner auprès du public, d'autant plus si les "faucons" de l'autre côté de l'Atlantique, au Congrès américain, parviennent dans le même temps à bloquer de nouvelles tentatives de rapprochement.
Depuis la signature de l'accord, le gouvernement Rohani s'est lancé dans une offensive de charme pour tenter d'élargir son soutien dans les cercles conservateurs.
Le chef de l'Etat lui-même a donné une conférence de presse avec les proches de spécialistes iraniens du nucléaire assassinés à Téhéran dans des attaques imputées à Israël.
Mohammad Javad Zarif est de son côté allé rendre hommage lundi aux morts de la guerre Iran-Irak.
L'accord de Genève met l'ayatollah Ali Khamenei, qui a rapidement approuvé le texte, dans une situation délicate.
"Le guide suprême a un équilibre difficile à tenir. Il va falloir qu'il use de ses meilleurs talents pour contenter à la fois les modérés et les conservateurs", analyse Meir Javedanfaar, chargée de cours au Centre interdisciplinaire d'Herzliya, en Israël.
"D'un côté, il a besoin de Rohani (...) pour conclure un accord avec l'Occident. De l'autre, il a besoin du soutien des conservateurs qui se sont montrés ses alliés les plus fidèles", en réprimant notamment les manifestations pour la démocratie en 2009.
BLUFF
Dans sa réponse à une lettre de Rohani le remerciant de son soutien, Ali Khamenei a livré des propos à la mesure de l'ambiguïté de sa position, rendant hommage à la résistance anti-occidentale sans compromis des dirigeants iraniens depuis huit ans. "La persévérance contre ceux qui veulent trop devrait toujours être le critère de nos (...) responsables."
Mehran Kamrava, de l'université Georgetown au Qatar, rappelle que le guide suprême est "historiquement au-dessus de la mêlée" et qu'en cas d'insuccès, il ne se sera guère exposé.
En attendant, les conservateurs ne veulent pas apparaître comme responsables d'un échec des négociations et se bornent à "blâmer l'Amérique et les ennemis arrogants de la Révolution qui évoquent des options militaires contre la République islamique". "Ce n'est que bluff et exagération", a dit mardi le commandant en chef des gardiens de la Révolution, Mohammad Jafari.
Le président du Parlement, Ari Larijani, qui serait à l'origine de l'échec d'un accord nucléaire conclu par l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad avec les grandes puissances en 2009, a également fustigé les déclarations des Occidentaux disant avoir agi pour le bien de la région.
"Vous avez mis le feu à l'est et l'ouest du Moyen-Orient et vous parlez de sécurité dans la région. L'Afghanistan, le Pakistan, l'Irak et la Syrie sont en feu à cause de vous", a-t-il dit. "Nous disons aux pays de la région, ne tombez pas sous l'influence des intrigues du gouvernement américain et de l'usurpateur sioniste. L'Iran est votre frère."
Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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