Au Danemark, la gauche réforme et voit le bout du tunnel
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Au Danemark, la gauche réforme et voit le bout du tunnel
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par Alistair Scrutton et Teis Jensen
COPENHAGUE (Reuters) - Deux années de réformes d'un modèle social très généreux ont valu à Helle Thorning-Schmidt, première femme à occuper le poste de Premier ministre au Danemark, et aux partenaires de sa coalition de centre gauche une impopularité record.
Elles commencent toutefois à porter leurs fruits au moment où l'exécutif français au plus bas dans les sondages se voit reprocher son manque d'audace dans la refonte d'un modèle à bien des égards comparables à celui du royaume nordique.
Arrivée en tête lors des élections législatives de l'automne 2011 avec un programme prévoyant une augmentation des prélèvements sur les très hauts revenus, Helle Thorning-Schmidt a très vite tourné le dos à ses engagements en réduisant l'impôt sur les sociétés, relevant l'âge de la retraite et abaissant les allocations chômage.
Face au vieillissement de la population, à la montée de l'endettement public et à la nécessité de restaurer la compétitivité de l'économie, elle a très vite estimé que la question était moins de préserver que de pérenniser le modèle danois en le rendant moins coûteux.
"Je pense que nous avons trouvé la bonne formule: ne pas être populaire... mais faire ce qu'il faut", a déclaré Helle Thorning-Schmidt lors d'un entretien avec Reuters dans son bureau du palais de Christiansborg, rendu familier par la série télévisée danoise Borgen, qui met en scène l'exercice du pouvoir par une centriste pragmatique sur fonds d'intrigues politiciennes.
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"Gucci Helle", comme l'ont baptisée ses détracteurs raillant des tenues jugées trop élégantes et des manières considérées comme trop guindées pour une sociale-démocrate, n'est d'ailleurs pas sans point commun avec la Birgit Nyborg de Borgen, dont le tournage a toutefois débuté en 2010.
"Les réformes sont nécessaires et nous n'allons pas nous arrêter là", a-t-elle dit.
ROBERT "LE FAINÉANT" ET LA "PAUVRE" CARINA
Pour Niels Thygesen, professeur d'économie à l'Université de Copenhague, "le gouvernement actuel, qu'on l'apprécie ou pas, a fait preuve de courage".
"L'idée que les réformes sont nécessaires est maintenant beaucoup plus répandue."
Deux scandales illustrant les excès du modèle social danois ont aussi contribué au basculement de l'opinion alors que le taux de prélèvements obligatoires atteint 48% du PIB, un record en Europe, dont la France n'est pas si éloignée avec 46,3% attendu en 2013.
Le premier impliquait la "pauvre" Carina, une mère célibataire de deux enfants, présentée par un programme télévisé comme l'exemple type des situations difficiles en période de crise, dont il est ensuite apparu qu'elle percevait près de 2.000 euros de prestations sociales, soit plus que beaucoup de salariés à plein temps.
Robert "le fainéant" a lui aussi défrayé la chronique cette année pour avoir reconnu publiquement vivre de transferts sociaux depuis 2001 et n'avoir aucune intention d'accepter un emploi qui pourrait se traduire par une baisse de ses revenus.
Les réformes de Helle Thorning-Schmidt n'en ont pas moins provoqué un vaste mouvement de protestation, lui aliénant une partie de sa base électorale qui s'est tournée soit vers l'extrême-droite soit vers la gauche radicale.
Une grève dans l'éducation nationale pour s'opposer à un allongement de la durée du travail a laissé 800.000 élèves sans enseignant pendant quatre semaines et le parti-social démocrate à un plus bas historique dans les sondages. Les étudiants ont massivement manifesté contre la diminution des bourses.
Mais la situation économique s'améliore. L'OCDE prévoit que le taux de chômage devrait reculer à 6,5% en 2015, l'année où doivent se tenir les prochaines élections législatives.
Après une récession en 2012, la croissance est repartie cette année et le mouvement devrait se poursuivre l'année prochaine.
Beaucoup reste à faire, le Danemark ayant reculé dans le classement mondial de la compétitivité réalisé chaque année par le Forum économique mondial, passant de la huitième position en 2011-2012 à la quinzième cette année. Dans le même temps la France est passée de la 18e à la 23e place.
Le rythme des réformes pourrait pâtir de l'approche des élections législatives de 2015. Mais pour l'heure, Helle Thorning-Schmidt a entamé une remontée dans les sondages et son parti a évité le naufrage annoncé par les observateurs politiques lors des élections municipales du 19 novembre, arrivant en tête avec 29,5% des voix et conservant les principales villes du pays.
Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand
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