La Chine dans une surenchère avec le Japon et les Etats-Unis
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par Tim Kelly et Phil Stewart
PEKIN/WASHINGTON (Reuters) - La Chine s'est engagée dans une surenchère avec le Japon et les Etats-Unis au sujet des îles Senkaku/Diaoyu, objet d'un conflit territorial sino-japonais qui virait mercredi au bras de fer entre Pékin d'un côté, Tokyo et Washington de l'autre.
Les autorités chinoises ont menacé samedi de prendre des "mesures défensives d'urgence" contre les avions qui ne respecteraient pas ses nouvelles règles d'identification dans l'espace aérien des îles, nommées Senkaku par les Japonais et Diaoyu par les Chinois.
Les Etats-Unis, soucieux d'afficher de façon spectaculaire leur soutien à l'allié traditionnel japonais, ont fait survoler lundi soir la zone contestée par deux bombardiers B-52 dans le cadre d'une mission présentée par le Pentagone comme un exercice d'entraînement programmé de longue date.
A Tokyo, le gouvernement conservateur du Premier ministre Shinzo Abe a obtenu des deux principales compagnies aériennes du pays, ANA et Japan Airlines, de ne plus soumettre leurs plans de vol à la Chine pour la zone contestée, ce qu'elles avaient commencé à faire samedi.
"Si les Etats-Unis effectuent deux ou trois autres vols comme celui-ci, la Chine sera forcée de réagir. Si la Chine ne répondait que verbalement, ce serait (pour elle) une humiliation", analyse Sun Zhe, spécialiste des relations sino-américaines à l'université Tsinghua de Pékin.
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LE CONCEPT DU "TIGRE DE PAPIER"
"Le concept de tigre de papier est important. Toutes les parties y sont confrontées. Les Etats-Unis et le Japon ne veulent pas se retrouver dans la position du tigre de papier, et la Chine encore moins", ajoute-t-il.
"La Chine démontre une nouvelle fois qu'elle est son pire ennemi. Elle rapproche les Etats-Unis du Japon et aussi la Corée du Sud du Japon", note pour sa part Brad Glosserman, directeur du Pacific Forum CSIS, basé à Honolulu.
Interrogé mercredi sur l'attitude qu'adopterait Pékin en cas de futures infractions dans la zone, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a déclaré que la Chine apporterait "une réponse appropriée" qui dépendrait de "la situation et du degré de la menace".
Qin Gang a ajouté que la Chine avait informé préalablement "les pays concernés" des mesures annoncées samedi.
Le ministère chinois de la Défense a prévenu de son côté qu'il était en mesure de faire respecter les nouvelles restrictions aériennes. "Le camp chinois a les moyens d'administrer et de contrôler dans les faits l'espace aérien concerné", a-t-il ajouté.
De source gouvernementale japonaise, on estime que la Chine ne dispose pas encore de l'équipement en radars et en chasseurs pour appliquer pleinement ces mesures dans une zone vaste comme les deux tiers de la Grande-Bretagne.
"La Chine ne mettra pas totalement en oeuvre son plan car elle ne dispose pas de suffisamment d'atouts. Mais elle tentera d'effrayer des pays plus petits", ajoute-t-on.
"PROPOS INCENDIAIRES"
Le Pentagone a déclaré que le survol par les B-52 n'avait donné lieu à aucun contrôle ni aucune réaction chinoise. La Maison blanche a quant à elle invité la Chine à résoudre son contentieux avec Tokyo sans recourir "à des menaces ni à des propos incendiaires".
Les Etats-Unis n'ont pas pris position sur la querelle territoriale, mais reconnaissent le fait que Tokyo gère administrativement les îles. Le porte-parole du Pentagone, le colonel Steve Warren, a évoqué, en parlant de la mission aérienne, le survol "de la région des Senkakus", le nom japonais de l'archipel de la mer de Chine orientale.
Les nouvelles règles édictées par Pékin requièrent notamment que les plans de vol soient fournis au préalable à l'aviation civile chinoise ou au ministère des Affaires étrangères, qu'un contact radio soit maintenu et que les équipages répondent rapidement aux demandes d'identification.
Le regain de tension intervient alors que le vice-président américain, Joe Biden, est attendu au Japon en début de semaine prochaine. Il doit également se rendre en Chine puis en Corée du Sud.
La Chine considère sienne l'ensemble de la mer de Chine méridionale et de ses îles, une revendication territoriale qui entre en conflit avec celles de nombreux pays de la région comme Taïwan, la Malaisie, le sultanat de Bruneï, les Philippines et le Viêtnam.
Avec Ben Blanchard et Michael Martina à Pékin, Kiyoshi Takenata à Tokyo, David Alexander, Matt Spetalnick et Lesley Wroughton à Washington, Jeff Mason en Californie et Lincoln Feast à Sydney, Julien Dury et Pascal Liétout pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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