Après l'accord avec Merkel, la bataille interne s'engage au SPD
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par Stephen Brown et Erik Kirschbaum
BERLIN (Reuters) - Les dirigeants sociaux-démocrates allemands se sont lancés dans une âpre campagne de persuasion auprès de la base du SPD pour convaincre les quelque 474.000 adhérents du parti d'approuver l'accord de grande coalition conclu avec les conservateurs d'Angela Merkel.
Un peu plus de deux mois après les élections législatives du 22 septembre, les négociateurs du bloc chrétien démocrate CDU-CSU et du SPD se sont entendus sur un accord de "grande coalition". Mais il va falloir attendre à présent les résultats de la consultation sans précédent des adhérents du SPD, qui seront connus le 14 décembre.
D'ici là, plus de 150 réunions sont programmées au cours desquelles les cadres du parti vont tenter de convaincre du bien-fondé d'une démarche dont certains d'entre eux doutaient au lendemain des élections.
Car les sociaux-démocrates allemands restent traumatisés par la précédente expérience de "Große Koalition", entre 2005 et 2009, dont ils étaient ressortis laminés. Aux élections de 2009, ils avaient signé leur pire score de l'après-guerre, passant en quatre ans de plus de 34% des voix à à peine plus de 23%.
"POUR LES GENS ORDINAIRES"
Présentant le contrat de gouvernement et ses 185 pages comme un accord "pour les gens ordinaires", le président du SPD, Sigmar Gabriel, et les autres dirigeants du parti ont resserré les rangs, insistant sur les concessions qu'ils ont obtenues du camp Merkel, à commencer par la création d'un salaire minimum national.
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Les dirigeants des "Jusos", le mouvement de jeunesse du SPD, traditionnellement plus à gauche que le reste du parti, sont également mis à contribution. Leur chef de file, Sascha Vogt, souligne que de nombreux jeunes SPD sont encore "très sceptiques" mais il ajoute qu'ils liront le texte et verront qu'il contient des "avancées évidentes".
En plus de la création d'un smic horaire à 8,50 euros brut, il cite notamment les investissements dans l'éducation ou l'assouplissement des règles sur la double nationalité, dont bénéficiera la communauté turque d'Allemagne, qui vote majoritairement pour le SPD.
Il ajoute que les hausses d'impôt - promises par le SPD lors de la campagne mais catégoriquement rejetées par Merkel - "ne sont pas spécifiquement exclues" par l'accord de gouvernement. Une lecture que ne partage pas la chancelière fédérale.
Si le SPD annonce le 14 décembre qu'une majorité de ses adhérents a entériné l'accord, Angela Merkel dévoilera rapidement la composition de son gouvernement et sera investie par les députés du Bundestag. Le SPD devrait compter six ministres.
Sigmar Gabriel, qui fut son ministre de l'Environnement dans le gouvernement 2005-2009, pourrait en être, de même que Frank-Walter Steinmeier, ancien ministre des Affaires étrangères.
Si c'est le "non" qui l'emporte, ou si la participation ne dépasse pas les 20% requis pour valider la consultation, Angela Merkel pourrait se tourner vers les écologistes pour tenter de former une coalition "noire-verte" jamais expérimentée au niveau fédéral, ou l'Allemagne s'engagerait sur la voie de nouvelles élections.
UN VOTE DE PRUDENCE ?
D'après un sondage de l'institut Forsa, 65% des militants du SPD se déclaraient hostiles fin septembre à une nouvelle grande coalition. Mais les instituts de sondage reconnaissent eux-mêmes qu'il n'est pas aisé de tirer des enseignements fiables sur la base d'échantillons nécessairement réduits.
Everhard Holtmann, du Centre de recherche sociale de l'université de Halle-Wittenberg, estime que les adhérents du SPD ont pris conscience des conséquences d'un rejet de l'accord de coalition et qu'ils voteront donc avec prudence.
"Lorsqu'ils auront leur bulletin de vote entre les mains, ils comprendront qu'un 'non' décapiterait la direction du parti et pourrait rendre le parti incontrôlable", dit-il.
Certains militent pourtant pour un rejet de l'accord de gouvernement, parmi lesquels l'écrivain Günter Grass, prix Nobel de littérature et vétéran du SPD. Des intellectuels du parti ont également lancé une pétition qui compte 9.000 signatures.
Si le "oui" l'emporte, ils pourraient faire défection et rallier le parti de gauche radicale Die Linke, devenue la troisième force politique au Bundestag et dont l'une des députées les plus connues, Sahra Wagenknecht, estime qu'"on prend les militants du SPD pour des "idiots" en leur faisant miroiter des promesses salariales ou d'investissements publics sans qu'aucune hausse d'impôts n'en garantisse le financement.
Avec Madeline Chambers, Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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