Karzaï isolé après son pari risqué sur l'accord avec les USA
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par Maria Golovnina et John Chalmers
KABOUL (Reuters) - En refusant de signer l'accord bilatéral de sécurité (BSA) négocié avec les Etats-Unis, le président afghan, Hamid Karzaï, court le risque de s'isoler et de jeter une ombre sur les derniers mois de son mandat.
A moins qu'il ne joue à plus long terme.
Cet accord est indispensable au maintien de milliers de soldats américains après le retrait des troupes étrangères prévu fin 2014.
Pour plusieurs diplomates, Hamid Karzaï a peut-être misé trop lourd, mettant en jeu, au-delà de la seule présence militaire américaine, une aide internationale qui se chiffre en milliards de dollars ainsi que la confiance placée dans les institutions d'un pays fragile.
L'accord avait pourtant été validé à la quasi-unanimité des quelque 3.000 membres de la Loya Jirga, l'assemblée traditionnelle des chefs tribaux et des notables réunie la semaine dernière à Kaboul.
"Quel était l'intérêt de convoquer la Jirga si au final Karzaï veut continuer de marchander avec les Etats-Unis", s'étonne Haji Mursaleen, un participant influent de la Loya Jirga, originaire de la province orientale de Kunar.
Même Qayum Karzaï, frère aîné du président sortant candidat à sa succession en avril prochain, a déclaré cette semaine à Reuters qu'il relevait de "l'intérêt vital" de l'Afghanistan que le pacte de sécurité soit signé.
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"IL AIME LE POUVOIR"
Depuis son arrivée à la présidence de l'Afghanistan, en 2001, Hamid Karzaï s'est régulièrement livré à des passes d'armes verbales avec Washington et, peut-être soucieux de l'héritage qu'il laissera au terme de son deuxième et dernier mandat, entend se maintenir au centre du jeu au moins jusqu'à la fin de sa présidence.
Diplomates et responsables politiques notent en effet que dès lors que l'accord bilatéral de sécurité aura été signé, le président afghan perdra ses pouvoirs de négociation.
"C'est une personnalité très rusée, qui aime le pouvoir plus que Mouammar Kadhafi ou Saddam Hussein", lâche un haut responsable politique afghan.
La question qui agite les milieux politiques et diplomatiques de Kaboul est là: son refus de promulguer le BSA relève-t-il d'une simple "saute d'humeur" ou s'inscrit-il dans une stratégie visant à préserver une partie de ses pouvoirs au-delà du terme de son mandat?
"Il veut à l'évidence conserver le contrôle et se maintenir au pouvoir. Je n'exclurais pas pour ma part la possibilité qu'il annule ou reporte l'élection présidentielle pour des raisons de sécurité. Après tout, de nombreuses parties du pays sont contrôlées par les taliban et la tenue d'élections n'y est pas possible", explique un diplomate étranger en poste à Kaboul.
Hamid Karzaï semble en plus prendre le pari que Washington ne s'engagera pas dans l'"option zéro", c'est-à-dire le retrait complet des forces américaines similaire à ce qui s'est passé il y a deux ans en Irak. Dans ce cas-là, les forces afghanes de sécurité se retrouveraient seules face aux taliban dès 2015.
"Sans une signature rapide, les Etats-Unis n'auront pas d'autre choix que préparer un avenir post-2014 sans aucune force des Etats-Unis ou de l'Otan en Afghanistan", a pourtant souligné Susan Rice, la conseillère pour la sécurité nationale de la Maison blanche, en début de semaine à Kaboul.
"PAS D'OPTION ZÉRO"
Mais les proches de Karzaï n'y croient pas. L'enjeu stratégique de l'Afghanistan serait trop élevé pour que les Etats-Unis s'en retirent totalement.
"D'après nos estimations, il n'y aura pas d'option zéro. Les Etats-Unis ne quitteront pas notre pays et n'en retireront pas toutes leurs troupes", dit Aimal Faizi, le porte-parole de la présidence.
"Le président veut signer cet accord à présent qu'il a été approuvé par le peuple afghan. Il ne fait aucun doute qu'il sera signé. Mais le président a certaines conditions préalables", ajoute-t-il.
Hamid Karzaï réclame notamment la garantie que les soldats américains n'effectueront plus de "descentes" dans des maisons afghanes et que Washington aide à l'ouverture de discussions véritables avec les taliban - il n'est du reste pas exclu que son intransigeance face aux Etats-Unis vise à satisfaire les taliban, d'autant que Karzaï demande aussi la libération des Afghans encore détenus dans la prison militaire de Guantanamo.
Il pourrait aussi chercher à pousser les Etats-Unis à exercer davantage de pression sur le Pakistan pour ce que dernier combatte les bases arrières dont les insurgés disposent sur son territoire.
Mais le pari est risqué.
"Il est isolé", tranche un diplomate occidental en poste à Kaboul. "Qui reste-t-il à ses côtés? Les seuls qui s'opposent au BSA, ce sont Karzaï et les taliban."
Avec Hamid Shalizi; Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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