Le projet de Constitution égyptienne renforcerait l'armée
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par Tom Perry et Yasmine Saleh
LE CAIRE (Reuters) - La nouvelle Constitution égyptienne devrait renforcer les prérogatives de l'armée et interdire la formation de partis sur des bases religieuses, montre un projet de texte "final" diffusé par les médias d'Etat qui ne sera cependant pas dévoilé ce jeudi comme annoncé.
Mohamed Salmaoui, le porte-parole de la commission nommée par le président intérimaire Adly Mansour, lui-même mis en place par l'armée après la destitution de l'islamiste Mohamed Morsi le 3 juillet, avait annoncé dans la journée que ses 50 membres auraient terminé leurs travaux dans la soirée.
Mais une source au sein de la commission a indiqué en début de soirée que les discussions se poursuivraient finalement vendredi en raisons de désaccords sur certains termes.
La Constitution devrait être soumise à référendum en décembre, son adoption ouvrant la voie à des élections législatives et présidentielle l'an prochain.
La rédaction de la nouvelle Loi fondamentale s'achève dans un climat politique tendu après la mort, jeudi, d'un étudiant pro-Morsi abattu par la police à l'Université du Caire et par l'arrestation d'un des activistes pro-démocratie les plus en vue, Alaa Abdel Fattah, un des symboles du soulèvement contre Hosni Moubarak en 2011.
Il a été arrêté pour avoir participé en début de semaine à une manifestation brutalement réprimée par la police que les jeunes révolutionnaires avaient organisée pour dénoncer l'adoption, dimanche, d'une loi restreignant le droit de manifestation et de rassemblement.
Malgré les violences quasi quotidiennes, les autorités intérimaires entendent respecter le calendrier de transition annoncé par l'armée.
"ÉTAT DANS L'ÉTAT"
La Constitution d'inspiration islamiste adoptée par référendum fin 2012 a été suspendue par les généraux après la destitution de Mohamed Morsi.
La commission chargée d'amender le texte, présidée par l'ancien ministre des Affaires étrangères d'Hosni Moubarak et ancien secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa, ne compte que deux islamistes, dont un représentant du parti salafiste Nour.
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Selon la source au sein de la commission, c'est la référence à la charia (loi islamique) dans le préambule de la Constitution qui pose encore problème.
Mais pour Mohamed Aboulghar, un membre de l'assemblée, le désaccord porte aussi sur les questions économiques. "Je ne pense pas qu'il reste de grosses difficultés", a-t-il toutefois assuré.
Les Frères musulmans, qui considèrent que Mohamed Morsi a été victime d'un coup d'Etat militaire, ont rejeté le plan de transition de l'armée dans son ensemble.
Si la Constitution rédigée par l'Assemblée constituante à forte dominante islamiste l'an dernier ménageait déjà fortement les intérêts de la toute puissante armée égyptienne, le nouveau texte semble de fait aller encore plus loin.
Le projet de texte publié jeudi par le journal officiel Al Ahram prévoit par exemple que le choix du ministre de la Défense - poste traditionnellement dévolu au chef d'état-major - devra être approuvé par le Conseil suprême des forces armées pendant les huit années qui suivront l'adoption de la Constitution.
"Cela signifie que l'armée constituera un État dans l'État", juge l'avocat des droits de l'homme, Gamal Eid.
"SOUS RÉGIME CIVIL"
La Constitution devrait autoriser les procès de civils devant des tribunaux militaires, procédure dont avait largement usé le régime d'Hosni Moubarak pour étouffer toute forme de dissidence politique, et même pour emprisonner des homosexuels.
La "sanctuarisation" de l'armée ne devrait pas déplaire aux nombreux Egyptiens qui, las du chaos, rêvent de voir le chef d'état-major des forces armées, le général Abdel Fattah al Sissi, se présenter à l'élection présidentielle - tous les prédécesseurs de Mohamed Morsi, premier président librement élu de l'histoire du pays, étaient des militaires.
Pour autant, a dit jeudi Mohamed Salmaoui, le préambule de la nouvelle Constitution déclare que l'Egypte est un "Etat moderne, démocratique et placé sous régime civil".
Les grandes manifestations qui ont précédé la destitution de Mohamed Morsi ont montré que les Egyptiens étaient opposés à un "Etat religieux", a-t-il insisté.
La plupart des références islamistes introduites l'an dernier ont donc été supprimées, ce qui a suscité des objections du parti Nour, arrivé deuxième des dernières élections législatives derrière les Frères musulmans.
L'avenir même du parti salafiste pourrait être remis en question si l'interdiction des partis formés sur des "bases religieuses" est prise au pied de la lettre, l'organisation des Frères musulmans ayant pour sa part déjà été interdite sur décision de la justice égyptienne.
Bertrand Boucey et Tangi Salaün pour le service français
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