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Les accrocs de la normalisation du Front national

reuters.com

Publié le 02 décembre 2013 à 12:10 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:55

Les accrocs de la normalisation du Front national

Les accrocs de la normalisation du Front national

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par Gérard Bon

PARIS/MARSEILLE (Reuters) - L'entreprise de normalisation du Front national se heurte au discours de la base, comme le montrent les récents cas de transfuges venus de gauche ou de droite qui ont quitté le parti avant même la campagne pour les élections municipales.

Marine Le Pen peut cependant arguer qu'elle prend des sanctions fortes et rapides et que cela reste un "épiphénomène" par rapport à la masse des candidats, le FN espérant pouvoir présenter 623 listes en mars, souligne Jean-Yves Camus.

Le politologue note que le FN, qui récuse sans convaincre jusqu'à présent l'étiquette d'extrême droite, reste soumis à un traitement médiatique différent des autres partis politiques.

"Après tout, rien ne dit qu'il n'existe pas de candidats d'autres formations aux municipales qui eux aussi tiennent des propos parfois osés", a dit ce spécialiste de l'extrême droite dans un entretien à Reuters.

Néanmoins, le retrait de deux candidats - l'un UMP, l'autre PCF - démontre le caractère imparfait de la formation donnée aux militants et le problème du parti à faire émerger des candidats crédibles, ajoute Jean-Yves Camus.

"L'entreprise de normalisation se heurte à la différence qui existe souvent entre le discours de la base, quand elle se libère un peu, et l'extrême polissage du discours qui a été imposé par Nanterre (siège du parti-NDLR) à toutes les fédérations, à toutes les sections, à tous les candidats."

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Le politologue souligne que les sites des fédérations "sont entièrement normés et ne font que reprendre ce que leur donne le national" afin d'essayer "d'aseptiser" le discours.

"MARSEILLE RESTE LA FRANGE DURE"

Il rappelle que le FN a attiré de longue date des transfuges et que certains ont fait un "aller simple", à l'image d'un ex-militant de la CGT "qui a été durablement un des cadres dirigeants du FN marseillais" dans les années 80.

Anna Rosso-Roig, ancienne syndicaliste de la CGT et candidate du Front de gauche aux législatives de 2012 à Marseille, a claqué la porte en novembre, six mois à peine après avoir rejoint le Rassemblement Bleu Marine (RBM).

Elle estime toutefois que Marseille reste la "frange dure" du parti, celle de Jean-Marie Le Pen, "habitué à radicaliser les discours, la ligne du FN telle qu'il l'a toujours menée".

"Il me semblait pourtant qu'il existait une différence entre Marine et son père, mais je pense que c'est un parti qui ne peut pas être réformé", estime-t-elle dans un entretien à Reuters.

Anna Rosso-Roig explique qu'elle voulait mettre ses pas dans ceux de l'avocat et député Gilbert Collard, l'architecte du rassemblement voulu par Marine Le Pen.

"Je voulais faire avancer sur la ville les idées du Rassemblement bleu marine et en donner une vision plus modérée, comme il le fait dans le Gard, mais je me suis heurtée à la frange dure du parti, une frange sectaire qui trouve le RBM trop mou", dit-elle.

"AMBIGUÏTÉ FONDAMENTALE"

Anne Rosso-Roig dit avoir eu la "révélation" de son erreur aux universités d'été du FN à Marseille, au mois de septembre. "Les sensations étaient mauvaises avec ces chants 'on est chez nous' qui laissent peu de place à une intégration."

Début novembre, Nadia, une jeune femme de 26 ans d'origine algérienne, et son mari Thierry Portheault ont rendu leurs cartes du FN, évoquant dans une lettre rendue publique "des propos néonazis et fascistes bien engagés". Le FN a annoncé le dépôt d'une plainte contre ce couple qui venait de l'UMP.

Pour Jean-Yves Camus, le FN ne peut pas se débarrasser du jour au lendemain "d'une ambiguïté fondamentale qui tient à ce que des gens y adhèrent en pensant que le parti les autorisa à aller plus loin que ce qu'il peut tolérer".

"C'est difficile dans un parti qui se veut antisystème. Car qui dit antisystème, dit transgressif, et c'est bien la raison pour laquelle beaucoup de militants y adhèrent", explique-t-il.

Il note également la particularité des transferts de cadres : "Les nouveaux arrivants, lorsqu'ils sont mis en avant par la direction nationale, précisément parce qu'ils viennent d'ailleurs, se heurtent souvent aux réticences des anciens militants."

Jean-Yves Camus cite le cas Philippe Lottiaux, un haut fonctionnaire et ancien collaborateur de Patrick Balkany à la mairie UMP de Levallois, en région parisienne, choisi pour conduire la liste FN à Avignon (Vaucluse).

"Il se retrouve tête de liste dans une ville de plus de 100.000 habitants alors qu'il y a des gens qui labourent ce terrain-là depuis 30 ans. Je ne suis pas persuadé que l'atterrissage se fasse en douceur", explique-t-il.

Néanmoins, "tous les transfuges ne partent pas au bout de trois mois", ajoute le politologue, rappelant qu'outre Florian Filippot, l'actuel numéro deux du FN, Marine Le Pen a pris comme directeur de cabinet Philippe Martel.

Ce haut fonctionnaire, qui se décrit comme "un gaulliste chez Marine Le Pen", a en effet travaillé pour l'ex-président Jacques Chirac à la mairie de Paris puis pour l'ex-Premier ministre Alain Juppé lorsqu'il était aux Affaires étrangères.

Avec Jean-François Rosnoblet à Marseille, édité par Yves Clarisse

reuters.com

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