Heurts meurtriers à Bangui, l'Onu vote l'intervention française
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par Emmanuel Braun et Paul-Marin Ngoupana
BANGUI/NATIONS UNIES (Reuters) - Le Conseil de sécurité de l'Onu a donné jeudi son feu vert à une intervention militaire de la France en Centrafrique, et le président François Hollande a annoncé son lancement le soir même, alors que des affrontements meurtriers opposaient à Bangui anciens rebelles, majoritairement musulmans, et miliciens chrétiens.
Les ex-rebelles de la coalition Séléka, qui ont pris le pouvoir en mars et ont chassé du pouvoir le président François Bozizé, disent être tombés sous le feu de milices d'autodéfense "anti-balaka" et de combattants restés fidèles à l'ancien chef d'Etat.
À l'issue d'un conseil restreint de défense, François Hollande a lancé dans l'urgence l'opération Sangaris, dans le cadre de laquelle Paris doit immédiatement doubler son contigent de 600 hommes présents sur place, et qui sera la plus importante action militaire française en Afrique depuis l'opération Serval, lancée en janvier au Mali contre les islamistes qui tenaient alors le nord du pays.
Devant l'aggravation de la situation sur le terrain, le président français a choisi ne pas attendre, comme prévu, la fin du sommet sur la paix et la sécurité en Afrique, qui doit réunir une quarantaine de chefs d'Etat et de gouvernement africains vendredi et samedi à Paris.
La situation en Centrafrique doit faire l'objet d'un mini-sommet samedi après-midi à Paris et le gouvernement fera mardi 10 décembre devant l'Assemblée nationale une déclaration suivie d'un débat sans vote sur l'intervention française.
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DJOTODIA ACCUSE BOZIZÉ
Selon des décomptes établis par Reuters et Médecins Sans Frontières, au moins 105 personnes ont été tuées dans la journée dans la capitale centrafricaine et une grande partie d'entre elles ont été victimes d'armes blanches ou contondantes.
"Nous avons reçu de nombreuses informations émanant de sources très crédibles sur des exécutions extrajudiciaires", a déclaré sur place Joanne Mariner, une spécialiste des situations de crise pour Amnesty International. "La situation part en vrille et risque d'échapper à tout contrôle."
Interrogé par BFMTV, le président par intérim de la RCA et chef de la Séléka, Michel Djotodia, a nié qu'une tentative de renversement soit en cours.
"Non, ce n'est pas un coup d'Etat, ce sont des éléments de Bozizé, les anti-balaka", a-t-il dit. "Ils espèrent nuire ainsi au bon déroulement du sommet qui doit se tenir demain à Paris."
Huit mois après avoir déposé François Bozizé, Michel Djotodia ne parvient pas à contrôler ses combattants de la Séléka, dont beaucoup sont originaires du Tchad et du Soudan voisins, et les milices "anti-balaka" se sont constituées en réaction aux violences commises par les anciens rebelles désormais au pouvoir.
VENTES D'ARMES INTERDITES
A New York, les 15 membres du Conseil de sécurité ont été unanimes à accorder un mandat d'intervention d'un an aux troupes de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (Misca) et de six mois renouvelable aux forces françaises.
La résolution 2127, présentée par Paris et placée sous le chapitre VII de la Charte de l'Onu, autorise l'usage de la force pour protéger les civils. Le texte impose aussi un embargo sur les ventes d'armes à la RCA.
Le Premier ministre centrafricain, Nicolas Tiangaye, présent à Paris, avait appelé de son côté au déploiement immédiat des soldats français, avant même qu'il soit annoncé par François Hollande.
"Ce que je demande à la communauté internationale, c'est de passer immédiatement à l'acte, c'est-à-dire de mettre en acte le déploiement des forces de la Misca et des forces françaises pour stabiliser la situation", a dit Nicolas Tiangaye.
Environ 250 militaires français, sur les 650 déjà présents à Bangui dans le périmètre de l'aéroport, se sont déployés jeudi dans les rues de Bangui pour assurer la sécurité des Français et "des points sensibles". Un demi-millier de Français résident en RCA.
Avec Elizabeth Pineau, Marion Douet et Emmanuel Jarry à Paris, Michele Nichols et Louis Charbonneau à l'Onu; Danielle Rouquié, Henri-Pierre André, Tangi Salaün, Jean-Loup Fiévet et Julien Dury pour le service français
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