Moscou courtise à nouveau l'Ukraine, l'UE ne renonce pas
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par Timothy Heritage et Richard Balmforth
MOSCOU/KIEV (Reuters) - Vladimir Poutine a vanté jeudi les bénéfices que l'union en cours de formation autour de la Russie procurerait à l'Ukraine, pays que les Occidentaux ne renoncent pas à éloigner de l'orbite de Moscou.
Le président russe a saisi l'occasion de son traditionnel discours sur l'état de la nation pour inciter Kiev à adhérer à l'union douanière constituée depuis 2010 entre la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan.
Viktor Ianoukovitch est confronté depuis trois semaines au plus grand mouvement de contestation en Ukraine depuis la "révolution orange" de fin 2004 pour avoir renoncé à signer un partenariat avec l'Union européenne, privilégiant une relance des relations avec Moscou.
Mais le président ukrainien, qui cherche le meilleur moyen pour l'ex-république soviétique de sortir de graves difficultés financières, continue de jouer sur les deux tableaux.
Il n'aurait pris aucun engagement auprès de la Russie et laisse entendre à l'Europe qu'il pourrait in fine signer un accord de libre échange.
Certains commentateurs s'attendent cependant à ce que le président ukrainien paraphe une série d'accords avec le Kremlin -sur une baisse du prix du gaz que l'Ukraine importe de Russie ou sur d'éventuels crédits- lors d'une visite programmée le 17 décembre à Moscou.
"INTÉGRATION EURASIENNE"
"Notre projet d'intégration", a fait valoir Vladimir Poutine à Moscou, "est fondé sur l'égalité des droits et de véritables intérêts économiques."
"Je suis certain que la concrétisation de l'intégration eurasienne ne fera qu'accroître l'intérêt qu'y portent nos autres voisins, y compris nos partenaires ukrainiens", a dit le président russe.
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Vladimir Poutine rêve d'un bloc s'étendant du Pacifique aux frontières européennes pour rivaliser avec l'UE, les Etats-Unis et la Chine, mais cette union eurasienne serait bien plus faible sans l'Ukraine, ses vastes ressources et ses 46 millions d'habitants.
Mercredi, la haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, et la secrétaire d'Etat adjointe américaine Victoria Nuland ont rencontré séparément Viktor Ianoukovitch à Kiev.
Le chef de l'Etat ukrainien, a dit Catherine Ashton à Bruxelles, "m'a clairement signifié qu'il avait l'intention de signer l'accord d'association".
Mais Kiev réclame une aide financière importante pour faire face à ses échéances de dette -sept milliards de dollars (cinq milliards d'euros) l'an prochain. "Ce que nous avons évoqué, ce sont les questions économiques à court terme auxquelles le pays est confronté", a dit Catherine Ashton.
LES OPPOSANTS SE REMOBILISENT
Selon un autre responsable européen, la position de Viktor Ianoukovitch n'a pas bougé. Elle se serait même durcie. Une délégation conduite par le vice-Premier ministre Serhiy Arbouzov s'est rendue jeudi à Bruxelles.
Cité par la presse russe, le Premier ministre, Mikola Azarov, a déclaré que son pays avait besoin de 20 milliards d'euros pour compenser l'impact de la signature d'un accord avec Bruxelles.
Le maximum proposé par Bruxelles est 610 millions d'euros, mais l'UE discute avec le Fonds monétaire international et d'autres institutions financières internationales sur les moyens d'aider l'Ukraine davantage.
Les Etats-Unis ont brandi quant à eux la menace de sanctions en cas de nouvelles violences contre les manifestants antigouvernementaux. "Tous les choix politiques, y compris des sanctions, sont actuellement sur la table mais, évidemment, tout cela fait encore l'objet d'une évaluation", a déclaré à la presse la porte-parole du département d'Etat, Jen Psaki.
La police antiémeute ukrainienne est intervenue dans la nuit de mardi à mercredi contre les opposants rassemblés à Kiev avant de se retirer des rues de la capitale. Des manifestants convergeaient jeudi vers la ville en prévision du week-end.
Environ 10.000 personnes ont été comptabilisées sur "Maïdan", la place de l'Indépendance qui constitue le haut-lieu de la contestation.
Des groupes d'opposants annonçaient la venue de 70.000 personnes en provenance de trois provinces de l'ouest du pays.
Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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