« Arrêt total et définitif » : des centaines de milliers de stations météo obsolètes en France malgré leur bon état

Ne sont concernées que les stations météo de la gamme Star Météo (photo d’illustration).
© Andgy, Wikipédia

Ne sont concernées que les stations météo de la gamme Star Météo (photo d’illustration).
© Andgy, Wikipédia
Le couperet est officiellement tombé. Les stations météo de la gamme Star Météo – dont la référence commence par les deux lettres « WD » suivies de quatre chiffres –, commercialisés par La Crosse Technology, ne recevront plus jamais de prévisions météo. L’entreprise a fait part de « l’arrêt définitif des transmissions de données météo pour l’ensemble de [ces] récepteurs », dans un communiqué publié lundi sur son site Internet.
Les appareils ne sont pas hors d’usage. Ils continuent de donner les autres indications habituelles telles que l’heure, les températures intérieure et extérieure, le taux d’humidité dans l’air… Seules les prévisions météo ne seront plus affichées.
Reste que ces données, jugées fiables sur ces modèles car elles proviennent de Météo-France quand d’autres se basent sur les changements de pression atmosphérique, ont souvent servis d’argument décisif auprès des consommateurs. Et, alors que la France vient de traverser un épisode de (très) forte chaleur et que d’autres sont attendus, des milliers de Français se retrouvent coupés d’une source d’information précieuse.
Le problème ne vient pas d’une défaillance des appareils de La Crosse Technology, mais d’un conflit financier avec ses partenaires.
L’entreprise américaine conçoit uniquement les stations météo. Les prévisions leur étaient transmises par l’opérateur e*Message France, filiale française d’e*Message Allemagne avec laquelle La Crosse Technology a signé un contrat. Les transmissions se faisaient par un réseau de diffusion radiomessagerie, sans besoin de connexion à internet. Le coût de ce service, gratuit pour les propriétaires des stations, était compris dans le contrat entre les entreprises.
Ce bon fonctionnement s’est grippé avec la faillite de e*Message France, en janvier 2026. Placée en liquidation judiciaire, ses activités de communications critiques sont alors rachetées par le groupe Assmann, qui se présente comme un « acteur reconnu des télécommunications ». Une reprise qui aurait pu assurer la continuité du service.
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Les différents acteurs n’ont visiblement pas réussi à se mettre d’accord. Après avoir, dans un premier temps, maintenu les transmissions de prévisions aux stations, le groupe Assmann les a cessés au mois de mai. Son PDG, Philippe Dubus, a expliqué au Figaro avoir reçu « zéro euro pour la diffusion de ces messages ». D’où cet arrêt.
Le dirigeant précise en outre que le dossier de reprise d’e*Message France n’incluait « pas d’obligation de quoi que ce soit sur les services ». Dit autrement : le groupe Assmann n’est pas contraint de poursuivre les activités de sa prédécesseure.
La Crosse Technology affirme voir engagé des « démarches de médiation avec les différents acteurs à la suite de [l’]interruption », qui n’ont apparemment pas abouties. « La communication avec les acteurs [a] été particulièrement difficile », écrit-elle dans son communiqué. Ce dont on aurait pu se douter…
Les propriétaires qui se sentent lésés, et dont la station est toujours sous garantie, peuvent se rapprocher de leur vendeur, indique La Crosse Technology. Elle précise dans son communiqué avoir cessé la commercialisation des modèles de la gamme Star Météo en 2021, délaissant la diffusion radiomessagerie au profit du wi-fi. « Les éventuels achats postérieurs à cette date résultent uniquement de l’écoulement de stocks résiduels par certains distributeurs », se défend-elle.
Pour les personnes dont la station n’est plus sous garantie, La Crosse Technology les renvoie vers son service client pour les « accompagner dans la transition vers une nouvelle génération de récepteurs wi-fi ». À leurs frais.
L’entreprise ne propose aucun geste financier aux consommateurs, rejetant la responsabilité sur les « choix et difficultés propres à l’opérateur de radiomessagerie et à ses repreneurs ». Mais, selon un avocat interrogé la semaine dernière par Le Journal du Net, les propriétaires des stations pourraient disposer de voies de recours. « Si le fabricant ou le vendeur n’a pas clairement indiqué que le service dépendait d’un sous-traitant, et qu’une défaillance de ce sous-traitant pouvait bloquer la station, cela pourrait relever d’un défaut d’information, voire d’une pratique trompeuse », indique Grégory Rouland.
En attendant, reste un gâchis matériel énorme, bien que difficile à quantifier faute de chiffre officiel. « Nos produits sont conçus pour être collectés et recyclés en fin de vie », rappelle La Crosse Technology. Une bien piètre consolation.