Bachelet contre Matthei, les deux faces du passé chilien
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par Rosalba O'Brien et Anthony Esposito
SANTIAGO (Reuters) - Par leur histoire personnelle ou l'engagement de leur famille, Michelle Bachelet, favorite de l'élection présidentielle, et Evelyn Matthei, sa rivale de droite, sont les deux faces du passé chilien.
Quarante ans après le coup d'Etat militaire contre Salvador Allende et l'arrivée au pouvoir d'Augusto Pinochet, les années de la junte (1973-1990) continuent de faire débat au sein de la société chilienne.
Première femme à avoir présidé le Chili, entre 2006 et 2010, Michelle Bachelet a été directement victime de la junte. Après le 11 septembre 1973, son père, général de l'armée de l'air resté loyal au président socialiste dans les semaines ayant précédé le putsch, a été emprisonné et torturé. Il a succombé à une crise cardiaque après des mois passés dans les geôles de Pinochet.
Michelle Bachelet elle-même a été arrêtée et torturée avant de partir en exil.
"Des faits restent inconnus, la justice n'est pas toujours passée, de la souffrance et des blessures n'ont pas été guéries. Et il reste des gens qui n'admettent pas ou ne se repentent pas de ce qu'ils ont fait ou de ce qu'ils n'ont pas fait", a-t-elle dit lors de la campagne.
Le père d'Evelyn Matthei était lui aussi général de l'armée de l'air. Mais il a pris le parti des putschistes. En 1988, la candidate investie par la coalition de droite Alianza a fait campagne pour le "oui" lors du référendum de 1988 sur le maintien de Pinochet au pouvoir pour huit années supplémentaires. La victoire du "non" lors de cette consultation a conduit à la chute de la junte et au rétablissement de la démocratie.
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A des militants de la gauche lui demandant des excuses pour ce passé-là, Evelyn Matthei a répondu: "J'avais vingt ans lors du coup d'Etat. Je n'ai pas à implorer un pardon."
LA PERCEPTION CHANGE
Au sortir de la dictature, le verdict rendu par la société chilienne était bien plus mitigé qu'aujourd'hui. Face aux 3.000 disparus victimes des généraux, face aux atteintes aux droits de l'homme, certaines catégories de la population mettaient en avant les réformes économiques d'inspiration libérale mises en oeuvre par la junte et leurs effets sur la croissance des richesses du pays.
Aujourd'hui cependant, le regard des Chiliens semble se modifier.
Il y a trois ans, une étude menée par le centre de recherche CERC révélait que 35% des Chiliens estimaient que la dictature Pinochet était "totalement mauvaise". Ils sont aujourd'hui 55%. Pour Pablo Salvat, qui enseigne les sciences politiques à l'université Alberto Hurtado de Santiago, le développement d'internet et de la télévision câblée explique cette évolution rapide, permettant aux Chiliens de fouiller véritablement le passé.
"La nouvelle génération pousse. Ils veulent que leurs parents leur disent la vérité, comment c'était, ce qui s'est passé, qui en est responsable", ajoute-t-il.
L'héritage de Pinochet est encore bien présent dans le Chili contemporain, comme dans le système éducatif largement privatisé ou la loi électorale qui complique la formation de majorité solide au Congrès. Deux domaines que Michelle Bachelet, si elle est de nouveau élue à la présidence, entend bien réformer.
Avec Antonio de la Jara; Henri-Pierre André pour le service français
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