Couvre-feu au Soudan du Sud après des affrontements
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par Carl Odera
JUBA (Reuters) - Le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, a décrété lundi un couvre-feu nocturne dans la capitale, Juba, où des affrontements entre groupes de soldats ont éclaté dans la nuit de dimanche à lundi et se poursuivaient en début de matinée.
Flanqué de ses ministres, vêtu d'un treillis au lieu de son habituel costume civil, Salva Kiir a déclaré que le gouvernement contrôlait désormais "totalement" la situation.
Il a accusé des soldats alliés au vice-président limogé Riek Machar d'avoir attaqué le QG de l'Armée populaire de libération du Soudan près de l'université de Juba.
D'abord sporadiques, les tirs d'artillerie et d'armes à feu se sont intensifiés à l'aube, a constaté un journaliste de Reuters. Ils se sont ensuite espacés en fin de matinée.
Les accrochages se sont concentrés autour de deux casernes militaires, à Bilpam, au nord de l'aéroport, et à Jebel, la base de la garde présidentielle au sud de la capitale.
"Ça a duré toute la nuit et ça a repris très fortement ce matin", a dit Jok Madut Jok, qui préside un institut de recherche sur le Soudan du Sud.
"Cela vient de groupes qu'on dit fidèles à Riek Machar. Ce n'est pas la première fois que Riek Machar emploie ce genre de méthode forte pour affirmer son pouvoir."
La situation politique est tendue au Soudan du Sud depuis que le président, contesté au sein même de son parti, le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), a limogé Riek Machar et l'ensemble de ses ministres en juillet.
GUERRES INTERNES
Salva Kiir appartient à l'ethnie Dinka, majoritaire, contrairement à son ancien vice-président, issu de la tribu Nuer. Les deux groupes se sont déjà affrontés dans le passé.
La représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies au Soudan du Sud a exhorté "toutes les parties impliquées à cesser les hostilités immédiatement et à faire preuve de retenue". Hilde Johnson a ajouté qu'elle était en contact régulier avec les responsables sud-soudanais.
Un porte-parole de l'Onu a rapporté qu'environ 800 civils avaient trouvé refuge dans un complexe des Nations unies près de l'aéroport. Il a fait état de sept blessés par balles, dont un enfant de deux ans dans un état grave.
Après avoir accepté sa démission en juillet, Riek Machar a accusé Salva Kiir de se comporter en dictateur.
La semaine dernière, le chef du jeune Etat, indépendant depuis 2011, a averti que des "camarades" menaçaient de replonger le pays dans les guerres internes au MPLS dans les années 1990, époque à laquelle Riek Machar dirigeait une faction dissidente.
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Vaste comme la France, fort d'une population de 11 millions d'habitants, le Soudan du Sud peine à bâtir un appareil étatique depuis sa déclaration d'indépendance, après des décennies de guerre civile contre l'ancien pouvoir central à Khartoum.
Certains commentateurs voient dans ce pays enclavé mais riche en pétrole les mêmes maux qu'au Soudan du Nord, citant la corruption, l'absence de services publics et la répression de l'opposition et des médias.
Avec Pascal Fletcher à Johannesburg et la rédaction de Nairobi, Henri-Pierre André et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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