Michelle Bachelet de retour à la présidence du Chili
reuters.com

Michelle Bachelet de retour à la présidence du Chili
reuters.com
reuters.com

Michelle Bachelet de retour à la présidence du Chili
reuters.com
par Alexandra Ulmer
SANTIAGO (Reuters) - Michelle Bachelet, première femme présidente du Chili, est de retour au palais de La Moneda après avoir acquis une place unique dans l'imaginaire de ses compatriotes par son histoire personnelle, sa personnalité chaleureuse et ses promesses de justice sociale.
Lorsque Ricardo Lagos, alors président du Chili, nomme cette pédiatre de formation au poste de ministre de la Santé en 2000, il lui assigne une tâche ardue: faire disparaître en trois mois les longues files d'attente devant les centres de soins primaires du pays.
Michelle Bachelet peine alors à respecter ce délai. Pourtant, lorsque Ricardo Lagos vient visiter un centre de soins pour examiner l'avancée de la réforme, une femme écarte sans ménagement le chef de l'Etat pour féliciter sa ministre et lui demander de la garder au gouvernement.
"Je ne me souviens pas qu'on m'ait jamais dit au cours de ma présidence de ne pas me débarrasser d'un ministre", s'en amuse aujourd'hui l'ancien président (2000-2006).
"En peu de temps, Bachelet est parvenue à nouer une relation avec le peuple. Certains la considèrent comme la mère de tous les Chiliens", dit-il à Reuters.
Ce lien particulier rapidement tissé avec les classes populaires et ses efforts pour améliorer le système de santé ont permis à Michelle Bachelet de devenir en 2006 la première femme à accéder au poste de chef de l'Etat au Chili.
Privée par la Constitution de briguer un second mandat consécutif, elle part en 2010 prendre la direction d'Onu-Femmes, l'organisme des Nations unies pour l'égalité des sexes. Cet éloignement n'altère en rien sa popularité auprès de ses compatriotes, qui l'ont réélue dimanche à 62 ans avec 62% des voix, un score qu'aucun candidat n'avait jamais atteint depuis le retour à des élections démocratiques au Chili en 1989.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Le parcours de cette mère de trois enfants, séparée de leur père, torturée par la junte militaire dans sa jeunesse, est pourtant atypique dans un pays réputé pour son conservatisme.
"Elle a du charisme. Elle a quelque chose (...) Elle est la somme de son histoire", dit le politologue Robert Funk. "Les Chiliens ne la voient pas seulement elle, ils ne voient pas seulement son gouvernement, ils connaissent son histoire, ils voient une mère célibataire, ils voient le fait qu'elle a été arrêtée et torturée, et le fait qu'elle est passée à autre chose et qu'elle ne manifeste pas de rancune."
SCEPTIQUES
Lorsque Augusto Pinochet renverse Salvador Allende le 11 septembre 1973, ouvrant la voie à 17 années de dictature militaire, le père de Michelle Bachelet, général de l'armée de l'air fidèle au président déchu, est arrêté le jour même puis torturé. Il meurt en prison en 1974.
L'année suivante, deux agents de la police secrète font irruption dans l'appartement où vivent Michelle Bachelet et sa mère. Les yeux bandés, les deux femmes sont emmenées à la villa Grimaldi, centre militaire de sinistre réputation aux abords de Santiago où elles subissent à leur tour des mauvais traitements.
Libérées, elles s'exilent en Australie puis dans ce qui est encore à l'époque l'Allemagne de l'Est avant de revenir au Chili en 1979.
Dans un pays souffrant, malgré sa croissance et sa stabilité, des plus graves inégalités de revenus parmi les 34 membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Michelle Bachelet a su se faire aimer des femmes et des classes moyennes et populaires.
Ses détracteurs lui reprochent une popularité davantage ancrée dans sa personnalité que dans les résultats concrets de son action politique. Certains à gauche gardent un souvenir amer de son premier mandat, au bilan jugé trop limité en matière de justice sociale, et restent sceptiques face à ses nouvelles promesses.
"Tout ce qu'elle dit est ambigu. Evidemment, nous sommes tous pour plus de justice, plus d'amour mais... Elle ne prend pas de risque quand il faut en prendre. Elle crée des commissions pour tout", pense le politologue David Altman, de l'Universidad Catolica.
Loin du Chili pendant trois ans, jamais élue au Congrès, Michelle Bachelet va aussi devoir composer avec un parlement réputé difficile à manoeuvrer si elle veut faire taire ces rares critiques et répondre aux fortes attentes de ses partisans, à la mesure de sa popularité.
Bertrand Boucey pour le service français
reuters.com