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Rugby: une année aux antipodes pour les All Blacks et les Bleus

reuters.com

Publié le 19 décembre 2013 à 10:07 - Mis à jour le 21 décembre 2013 à 21:40

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par Simon Carraud

PARIS (Reuters) - Les honneurs pour les All Blacks, la stupeur pour les Bleus. Deux ans après la dernière Coupe du monde de rugby, ses deux finalistes ont suivi en 2013 des trajectoires aussi éloignées l'une de l'autre que Paris l'est d'Auckland.

Souvent gratifiée du titre informel de meilleure équipe de l'histoire, la Nouvelle-Zélande a accrédité cette idée en signant le premier sans-faute de l'ère professionnelle avec 14 victoires en 14 rencontres sur l'année civile.

Les Blacks sont allés chercher ce record à l'autre bout de la planète, le 24 novembre à l'Aviva Stadium de Dublin, face à une équipe d'Irlande survoltée (24-22).

Les Celtes, dont le plus haut fait de gloire face aux Blacks est un match nul arraché il y a 40 ans, ont cru tenir un succès historique jusqu'à la dernière minute et un essai néo-zélandais douloureux comme la mort d'un rêve.

Cette victoire et la façon dont ils l'ont obtenue ont renforcé le sentiment que rien, décidément, ne peut atteindre ces Blacks-là, quels que soient les circonstances et l'adversaire.

Mais les "Néo-Z" ne sont pas qu'une machine à gagner, ils sont aussi une machine à produire du jeu. Une preuve? Leur match éblouissant contre l'Afrique du Sud lors du Four Nations, le tournoi des quatre meilleures sélections de l'hémisphère Sud qu'ils ont survolé.

"C'est la meilleure génération des All Blacks", a résumé en novembre le sélectionneur français, Philippe Saint-André.

Tout donne à penser que ce n'est pas près de s'arrêter, car ce pays d'un peu plus de quatre millions d'habitants dispose de ressources inépuisables: depuis le titre de 2011, 21 nouveaux joueurs ont porté le maillot noir sans en affadir la couleur.

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Les Bleus ont nettement moins brillé: onze matches disputés en 2013, huit défaites, un nul contre l'Irlande, deux victoires face à des nations moyennes -l'Ecosse et les Tonga- et une dernière place dans le Tournoi des VI Nations.

Le rugby français s'est réfugié dans les clubs qui ont dominé l'Europe financièrement et sportivement jusqu'à la finale de la H Cup remportée par Toulon sur Clermont. Et Castres a fait un beau champion.

"PAS AU NIVEAU"

Pendant ce temps-là, les Bleus de Philippe Saint-André n'ont cessé de trébucher, du premier match -une défaite contre l'Italie en février- au dernier -un revers contre l'Afrique du Sud en novembre- sans jamais se relever tout à fait.

Ils sont sortis de l'année perclus de douleurs, au sens propre pour le demi de mêlée Morgan Parra qui s'est rompu un ligament d'un genou lors du match contre les Springboks et risque de manquer le début du prochain Six Nations.

Et le pays, qui avait commencé l'année à la quatrième place du classement de l'IRB (International Rugby Board), est tombé à la sixième après le dernier acte.

Les deux tournées, celle de juin en Nouvelle-Zélande et celle de novembre entre le Stade de France et le Havre, ont été jalonnées de cinq défaites en cinq matches contre les deux premiers à l'IRB, la Nouvelle-Zélande -quatre fois- et l'Afrique du Sud -une fois.

"Quand on joue les meilleures nations, il manque quelque chose (...) On n'est pas au niveau", a reconnu Philippe Saint-André au soir du revers rageant mais logique contre les Springboks (19-10).

Certes, ils ont souvent bien défendu, dominé par moments et ne sont pas passés très loin du match nul contre les Blacks. Mais ils ont souffert d'une quasi-infirmité dans les 22 mètres adverses, comme s'ils avaient oublié comment marquer un essai.

Cruelle comparaison, en quatre rencontres face à la Nouvelle-Zélande, ils en ont inscrit moins (2) que l'Irlande en une seule (3).

Ces Bleus de 2013 ont manqué de puissance, de régularité, de concentration mais aussi d'un peu de génie, ce je-ne-sais-quoi qui permet de prendre en défaut les meilleures défenses du monde.

A partir de ce constat, les observateurs pourraient être tentés de dresser pour de bon l'acte de décès du "french flair", à supposer que ce penchant pour le beau jeu ait jamais existé.

De fait, un seul Bleu, le trois-quarts centre de Clermont Wesley Fofana, figure dans le XV mondial de l'année dressé par la Rugby Players Association.

LA NAISSANCE D'UN GROUPE

Les entraîneurs du XV de France s'alarment-ils de ce déficit apparent de qualité? Visiblement, non.

Il ne faut pas voir, disent-ils, dans cette année sinistre les signes d'un déclassement brutal de la France dans le concert des nations mais plutôt la promesse secrète de lendemains plus heureux.

Yannick Bru, l'entraîneur des avants, s'est présenté aux journalistes le soir de la défaite contre les Boks pour défendre cette thèse.

"Je veux croire que les matches de juin et la tournée de novembre nous ont permis de beaucoup progresser", a-t-il affirmé. "On sent une vraie cohésion, une envie de progresser. Tous les joueurs ont beaucoup appris. Ils sortent tous individuellement déçus, frustrés, mais renforcés dans leur expérience et leur bagage technique".

Après tout, il ne faut pas oublier que la pire année de l'histoire récente des Bleus -1980- avait aussi été celle de l'éclosion de Serge Blanco.

En 2013, des nouveaux ont fait leur apparition ou leur réapparition, comme Wenceslas Lauret dont le profil de plaqueur-gratteur plaît à l'encadrement, Sofiane Guitoune, Gaël Fickou ou l'ouvreur Rémi Talès.

Après de longs tâtonnements, Philippe Saint-André et ses adjoints ont fini par dessiner un groupe d'une trentaine de joueurs régulièrement reconduits et déjà, pour certains, pressentis pour jouer la Coupe du monde 2015.

"PSA" espère donc avoir fait naître un groupe et trouvé la stabilité qu'il cherchait depuis son intronisation en 2011 et qui sera encore renforcée par la nouvelle convention signée entre la Fédération (FFR) et la Ligue (LNR).

Les Bleus disposeront à l'avenir de temps de préparation plus longs, sur le modèle des nations du Sud qui jouissent en la matière d'une avance considérable.

Ils auront notamment une grosse dizaine de jours pour préparer le premier match du Tournoi 2014, le 1er février, contre l'Angleterre. Et ils pourront commencer à songer au prochain Mondial, sur le sol anglais et gallois.

Mais, pour nourrir de hautes ambitions lors de ces prochains rendez-vous, ils devront d'abord tirer les leçons de cette année 2013 dont l'avenir dira si elle était le prélude à des jours meilleurs ou plus noirs encore.

Edité par Jean-Paul Couret et Olivier Guillemain

reuters.com

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