En Turquie, Erdogan se dit victime de "sombres alliances"
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par Humeyra Pamuk et Ece Toksabay
ANKARA (Reuters) - Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a accusé samedi des "groupes étrangers" et de "sombres alliances" d'alimenter l'affaire de corruption qui secoue la Turquie après l'annonce de seize nouvelles arrestations.
Depuis l'ouverture de cette enquête, plusieurs dizaines de personnalités proches des milieux politiques ont été arrêtées. Vingt-quatre sont toujours en détention provisoire.
Samedi, le chef du gouvernement, issu du Parti de la justice et du développement (AKP, islamiste conservateur), a accusé des ambassadeurs en poste en Turquie, sans les nommer, d'avoir encouragé par des "actes de provocation" cette enquête, et a menacé de les expulser.
"On trouve des alliances extrêmement douteuses dans ce système, de sombres alliances qui ne peuvent pas tolérer la nouvelle Turquie, la grande Turquie", a dit Recep Tayyip Erdogan lors d'un rassemblement dans la province de Samsun sur les bords de la mer Noire. "La Turquie n'a jamais subi une attaque aussi immorale."
Baris Guler, fils du ministre de l'Intérieur, Kaan Caglayan, dont le père est ministre de l'Economie, et Suleyman Aslan, directeur général de la Halkbank, sont les dernières cibles de haut rang de cette opération que les observateurs jugent liée à une lutte de pouvoir entre Recep Tayyip Erdogan et le prédicateur Fethullah Gülen, toujours influent dans la police et la justice malgré son exil aux Etats-Unis.
Recep Tayyip Erdogan n'a pas précisé ses soupçons, mais des journaux favorables au gouvernement affirment que l'ambassadeur des Etats-Unis a encouragé l'arrestation de Suleyman Aslan, ce que réfute l'ambassade américaine.
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GÜLLEN PUBLIE UNE CONDAMNATION
Depuis le début des arrestations, la hiérarchie policière a en retour été sérieusement remaniée. Plusieurs de ses cadres, dont le chef de la police d'Istanbul et les directeurs de cinq services de la police stambouliote, y compris la brigade financière, ont été limogés pour abus de pouvoir. (voir )
L'enquête anti-corruption, la plus vaste depuis l'arrivée à la tête du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan en 2002, menace son autorité et l'image de son parti à l'approche des élections municipales et présidentielle de 2014.
"Quand nous sommes arrivés au pouvoir il y a 11 ans, le revenu national turc était de 230 milliards de dollars (170 milliards d'euros), et il dépasse désormais 800 milliards de dollars", a déclaré samedi le Premier ministre.
"Peut-augmenter à ce point le revenu dans un pays corrompu ?", a-t-il demandé en faisant la liste des projets de construction mis en oeuvre par ses gouvernements.
Au cours des dernières scrutins, l'AKP a largement bénéficié du soutien du mouvement de Fethullah Gülen, le Hizmet ('Service'). Le prédicateur, exilé aux Etats-Unis depuis 1999, dirige une confrérie puissante présente dans les rouages de l'Etat, y compris au sein du parti au pouvoir.
Dans un enregistrement mis en ligne vendredi soir sur un de ses sites internet, il condamne les responsables de la purge menée dans la hiérarchie policière.
"Ceux qui ne voient pas le voleur mais s'en prennent à ceux qui tentent de l'arrêter, ceux qui ne voient pas le meurtre mais tentent de diffamer autrui en accusant des innocents, que Dieu réduise leurs maisons en cendres, qu'Il brise leurs unités", dit-il.
Jean-Loup Fiévet, Guy Kerivel, Henri-Pierre André et Julien Dury pour le service français
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