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Et si Jean-Marc Ayrault restait à Matignon?

reuters.com

Publié le 21 décembre 2013 à 08:17 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:50

Et si Jean-Marc Ayrault restait à Matignon?

Et si Jean-Marc Ayrault restait à Matignon?

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par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Et si Jean-Marc Ayrault restait à Matignon? A la barre depuis 18 mois, le Premier ministre serre les dents en cette fin d'année 2013, répondant par une persévérance tranquille en apparence aux flèches décochées par son camp.

"J'ai la confiance du président de la République", a répété jeudi soir sur TF1 le fidèle disciple de François Hollande, à la tête d'un gouvernement de 38 membres taraudé par les ambitions.

En affirmant ne pas se "poser tous les matins la question de (s)on avenir", il a voulu marquer sa différence avec ceux qui se verraient bien à sa place après les élections municipales et européennes du printemps, voire avant.

La mise au point télévisée visait aussi à solder un épisode marqué par le lancement surprise de la réforme fiscale, qui a fait s'étrangler Bercy, et les remous nés d'un rapport polémique sur l'intégration publié sur le site de Matignon.

Ce document "n'est pas du tout la position du gouvernement", avait déclaré François Hollande, propos dans lequel certains ont vu une critique envers le Premier ministre, qui avait pourtant prononcé les mêmes mots quelques heures plus tôt.

La presse a également fait état d'une mauvaise humeur générale dans les équipes des deux têtes de l'exécutif, et de tensions entre les collaborateurs de l'Elysée et de Matignon.

Cette petite musique dissonante ne correspond "absolument pas à la réalité", assure un conseiller du Premier ministre.

"Les rapports avec l'Elysée sont aussi bons que d'habitude et n'ont absolument pas varié dans leur qualité et leur intensité depuis 18 mois", ajoute-t-il.

"PAS AU PAYS DES BISOUNOURS"

Un ministre cherche lui aussi à détendre l'atmosphère en rappelant que "les rapports entre l'Elysée et de Matignon, cela n'a jamais été un chemin de roses, sauf au pays des Bisounours".

"Cela deviendrait une affaire politique s'il y avait un problème entre le président et le Premier ministre. Mais il n'y en a pas", affirme-t-il. "L'attelage fonctionne, chacun est dans son rôle: le président à l'échelle du quinquennat et le Premier ministre attaché au quotidien, avec des dossiers à ouvrir et refermer les uns après les autres".

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Jean-Marc Ayrault a toutefois été victime de piques émanant de ténors socialistes, y compris au sein du gouvernement.

Même s'ils ont préservé les apparences, les ministres de l'Economie et du Budget, Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve, ont mal vécu la "surprise" de la réforme fiscale.

"Inacceptable" pour le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, le rapport sur l'intégration commandé par Matignon a été aussi critiqué par le chef de la diplomatie, Laurent Fabius.

Quant au ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, il a sorti son "joker" sur Canal+ à la question de savoir si le Premier ministre devait être remplacé en 2014. Un nouveau signe que l'ancien maire de Nantes et l'élu de Saône-et-Loire restent en froid, plus d'un an après leur violent désaccord sur le sauvetage des hauts-fourneaux de Florange.

Le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, est allé encore plus loin en déclarant sur France Info que le Parlement devait "faire avec" l'actuel locataire de Matignon.

Un conseiller ministériel voit dans ces blâmes la marque d'une "génération qui se veut l'égale de Jean-Marc Ayrault, qui a du mal à supporter sa prééminence et son autorité".

En se présentant à la primaire socialiste, où ils ont remporté respectivement 17% et 6% des voix, Arnaud Montebourg et Manuel Valls se sont en effet placés sur le chemin de l'Elysée.

L'HYPOTHÈSE VALLS

Le ministre de l'Intérieur, dont la popularité et l'ambition rappellent celles d'un autre ancien locataire de la place Beauvau devenu président, Nicolas Sarkozy, est loin de faire l'unanimité dans son camp.

Ses positions sur l'immigration lui ont attiré les foudres des écologistes, qui savent qu'il leur sera difficile de rester au gouvernement si Manuel Valls accédait à Matignon, alors que François Hollande compte sur son alliance de gouvernement.

Une source gouvernementale doute de l'hypothèse Valls, jugeant improbable que le président français fasse équipe avec quelqu'un "qui engendrerait pour lui une forme de rivalité".

"Ce serait mettre en valeur quelqu'un qui a des qualités qu'il n'a pas, y aurait-il intérêt?".

L'idée d'une nomination de Martine Aubry à Matignon est vue d'un bon oeil par ses soutiens et les écologistes, avec qui l'ancienne première secrétaire du Parti socialiste avait passé un accord généreux pour eux avant l'élection présidentielle.

Au-delà des démêlés judiciaires de la maire de Lille dans l'affaire de l'amiante, son manque d'affinités avec François Hollande semble la mettre hors jeu.

"Ce serait une cohabitation, et Martine Aubry le sait très bien", commente une conseillère ministérielle.

Pour ce qui est de la proximité avec le chef de l'Etat, Michel Sapin correspond au casting. Le ministre du Travail peut en outre s'enorgueillir d'un quasi sans faute sur le papier: de la réforme des retraites à celle de la formation professionnelle en passant par l'accord européen sur les "travailleurs détachés", ce camarade du président depuis la promotion Voltaire de l'Ena a été à la manoeuvre dans nombre d'accords.

Mais lorsqu'on lui parle de Matignon, l'intéressé affirme ne pas être candidat à la fonction de Premier ministre.

"Au service des Français", Jean-Marc Ayrault, qui n'a aucune ambition présidentielle, continue de mener à bien "sa feuille de route" sans se demander, dit-il, ce qu'il va "devenir après".

"Certains découvrent en lui une force de caractère qu'ils ne soupçonnaient pas. Il ne faut jamais oublier qu'il a été pendant dix ans patron du groupe socialiste à l'Assemblée", souligne un ministre. "Il y a un impératif moral en politique. Ce qu'il faut, c'est faire réussir le quinquennat de François Hollande".

Edité par Yves Clarisse

reuters.com

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