Manifestation à Istanbul contre Erdogan qui tient tête
reuters.com
reuters.com
par Ece Toksabay et Humeyra Pamuk
ANKARA (Reuters) - Des milliers de personnes ont manifesté dimanche à Istanbul pour réclamer la démission du gouvernement turc, à la suite d'une affaire de corruption présumée qui a entraîné l'incarcération de dizaines de personnes dont deux fils de ministres.
Le Premier ministre islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan a dénoncé des "groupes étrangers" et de "sombres alliances" derrière cette enquête qui touche les cercles du pouvoir politique.
Pour de nombreux observateurs, cette affaire s'inscrit dans une lutte de pouvoir entre Erdogan et le prédicateur musulman Fethullah Gülen, très influent au sein de la police et la justice turques malgré son exil aux Etats-Unis.
Fethullah Gülen dirige une puissante confrérie connue sous le nom de Hizmet et présente dans les rouages de l'Etat turc, y compris au sein du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir.
Le Premier ministre a dénoncé dans l'enquête sur l'affaire de corruption une manoeuvre destinée à déstabiliser son gouvernement et a promis d'en démasquer les instigateurs.
Guère convaincues par ses dénégations, des milliers de personnes se sont rassemblées dimanche sur la place Kadikoy à Istanbul pour dénoncer la corruption et exiger la démission du gouvernement, présenté comme une "bande de voleurs".
"Partout où il y a l'AKP, partout règne la corruption", ont scandé les manifestants, qui ont été à un moment plus de dix mille.
Pendant ce temps, le Premier ministre effectuait une tournée dans le nord du pays, où il a été acclamé par des milliers de ses partisans.
A Giresun, sur les rives de la mer Noire, le chef du gouvernement a tenu un discours très offensif contre "ceux qui tendent des pièges obscurs et vicieux (...) pour s'attaquer à l'unité et à l'intégrité de la Turquie".
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

A Ordu, il a dénoncé "ceux qui veulent établir une structure parallèle au sein de l'Etat, ceux qui se sont infiltrés dans les institutions" et il a promis de les traquer "jusque dans leurs repaires".
"MACHINATION"
Dans sa contre-attaque, le Premier ministre n'a jamais cité le nom de Gülen.
Les désaccords entre les deux hommes se sont aggravés le mois dernier quand le gouvernement turc a annoncé qu'il voulait fermer les classes préparatoires privées, notamment celles dépendant de Hizmet.
Le ministre de l'Economie et celui de l'Intérieur, qui ont chacun un fils parmi les 24 personnes inculpées jusqu'ici dans l'affaire de corruption, ont également dénoncé une machination.
Un responsable de la banque publique Halkbank a aussi été incarcéré.
Parallèlement, les purges au sein des forces de police, décidées par les autorités après la révélation de cette enquête, se sont poursuivies dimanche.
Vingt-cinq policiers supplémentaires ont été démis de leurs fonctions, ce qui porte à 70 le nombre de responsables sanctionnés, dont le puissant chef de la police d'Istanbul.
L'une des premières décisions prises par le nouveau chef de la police stambouliote, Selami Altinok, a été d'interdire aux journalistes l'accès aux commissariats de police dans tout le pays, rapporte la presse dimanche.
Le Premier ministre ne semble pas menacé dans l'immédiat par les conséquences du scandale de corruption présumée mais le différend entre l'AKP et Hizmet risque d'avoir des répercussions sur les élections municipales de mars prochain.
Guy Kerivel pour le service français
reuters.com