Vingt ans après, le mouvement zapatiste entretient la flamme
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Vingt ans après, le mouvement zapatiste entretient la flamme
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par Lomi Kriel
SAN CRISTOBAL DE LAS CASAS, Mexique (Reuters) - A San Cristobal de Las Casas, belle cité coloniale nichée dans les montagnes du sud du Mexique, les traces du mouvement zapatiste sont omniprésentes, vingt ans après la révolte qui propulsa les rebelles du Chiapas à la une de l'actualité.
Aujourd'hui, des milliers de touristes et de sympathisants viennent chaque année boire un mojito au bar Revolucion, visiter les communautés zapatistes des environs sous la conduite de guides cagoulés et acheter des souvenirs ornés de l'iconique sous-commandant Marcos, qui enchanta l'imaginaire des militants de gauche et fut parfois comparé à Che Guevara.
Le 1er janvier 1994, l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), nommée en hommage au héros de la révolution mexicaine Emiliano Zapata, déclarait la guerre au gouvernement de Mexico le jour de l'inauguration de l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena). Pendant douze jours, la bataille avec l'armée fit 145 morts et l'EZLN devint l'un des premiers symboles du mouvement altermondialiste.
Vingt ans plus tard, les zapatistes courent le risque de tomber dans l'oubli médiatique et leur bilan est mitigé.
Le charismatique et mystérieux Marcos, célèbre pour sa pipe et son passe-montagne, est apparu pour la dernière fois en public en 2006. Pour les célébrations du vingtième anniversaire de la révolte, il a interdit la présence de journalistes.
"Décembre 2013, il fait aussi froid qu'il y a vingt ans et aujourd'hui comme à l'époque, le même drapeau nous protège, celui de la rébellion", a écrit le porte-parole de l'EZLN dans un communiqué de 3.000 mots diffusé cette semaine dans lequel il s'en prend au président Enrique Pena Nieto, à son prédécesseur Felipe Calderon, au néo-libéralisme et aux médias "à la solde".
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AUTONOMIE
L'attention mondiale portée au mouvement zapatiste a permis d'améliorer le sort des indigènes Mayas, autrefois si ostracisés qu'ils ne pouvaient même pas marcher sur les trottoirs de San Cristobal. De l'argent a été versé par le gouvernement ou des donateurs privés.
Mais le Chiapas reste l'un des Etats les plus pauvres du Mexique, de nombreuses revendications des zapatistes, en particulier une large autonomie, n'ont pas été satisfaites et les rebelles ont suspendu leur dialogue avec le gouvernement.
Dans les cinq "caracoles", les communautés gérées par le mouvement, les zapatistes ont mis en place un système judiciaire, éducatif et de santé autonomes.
A Oventic, une des ces communautés que Reuters a pu visiter, l'atmosphère est joyeuse. Les portes sont décorées de guirlandes de fleurs, les murs sont ornés de slogans tels que "Lentement, mais nous avançons".
Des centaines de sympathisants munis d'appareils photo, venus parfois de France ou d'Italie, sont venus en car sur l'étroite route montagneuse qui mène au village.
Neil Harvey, professeur à l'université du Nouveau-Mexique et auteur de "La rébellion du Chiapas", estime qu'environ 150.000 personnes au total vivent dans les communautés zapatistes, où les dirigeants indigènes ont amélioré les conditions de vie, en supprimant par exemple l'alcool, en renforçant les droits des femmes ou en créant des écoles en langue Maya.
Mais au Chiapas, près de trois quarts de la population vit dans la pauvreté, contre la moitié environ de la population dans le reste du pays.
VIVRE CACHÉ
Rien n'a beaucoup changé depuis la signature de l'Alena, qui donna aux investisseurs privés la possibilité d'acheter des terres ancestrales des Mayas, "sentence de mort" aux yeux des zapatistes. Le libre-échange a continué à s'étendre.
Le sous-commandant Marcos rejette cependant ceux qui proclament l'échec des zapatistes, soulignant que l'intérêt encore suscité par le mouvement prouve sa pertinence.
"Les zapatistes ont changé ma vie et m'ont ouvert les yeux politiquement. Ils ont réussi à faire ce que le gouvernement disait qu'ils ne pourraient jamais faire", déclare Marco Velazquez, un professeur d'histoire de 36 ans originaire de Mexico, venu assister aux célébrations.
Et ils sont encore capables de réunir de larges foules. Des milliers de zapatistes cagoulés ont ainsi marché en silence à travers le Chiapas l'année dernière lors de l'anniversaire de la révolte.
Ceux qui sont proches du mouvement assurent qu'il n'a jamais été aussi fort, mais qu'il a délibérément tourné le dos à l'attention médiatique.
"Ils se sont repliés sur eux-mêmes et s'occupent de leurs propres affaires pace qu'ils ont compris qu'ils n'iraient nulle part avec le système national", juge Harry Cleaver, professeur d'économie à la retraite de l'université du Texas à Austin.
Jean-Stéphane Brosse pour le service français
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