Succès attendu de la Ligue Awami au Bangladesh
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par Serajul Quadir et Nandita Bose
DACCA (Reuters) - La Ligue Awami, au pouvoir au Bangladesh, semblait promise dimanche à une victoire facile lors d'élections législatives boycottées par le principal parti de l'opposition au terme d'une campagne violente qui a fait plus de 100 morts.
Les électeurs se sont peu mobilisés pour ce scrutin émaillé d'incidents qui ont fait 18 morts dimanche en dépit d'une sécurité renforcée, indique la presse locale.
Les opérations de vote ont dû être interrompues dans plus de 150 bureaux et la police a signalé avoir dû ouvrir le feu sur des militants de l'opposition dans en six endroits différents.
En raison du boycott de l'opposition, la Ligue Awami n'avait pas d'adversaires dans plus de la moitié des 300 circonscriptions en jeu. Le Premier ministre sortant Sheikh Hasina devrait former un nouveau gouvernement dans le courant du mois.
Les résultats sont attendus dimanche soir ou lundi matin.
La faiblesse de la participation risque de constituer un handicap pour le parti d'obédience socialiste de Sheikh Hasina qui pourrait être contrainte de trouver un compromis avec sa rivale conservatrice, la bégum Khaleda Zia, chef du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP).
"Les répercussions immédiates de ce lamentable taux de participation sont de mettre une grande pression sur le gouvernement d'Hasina pour qu'elle engage des négociations avec l'opposition", a commenté Hossain Zillur Rahman, économiste et conseiller d'un ancien gouvernement de transition chargé de veiller au déroulement d'élections.
"Il s'agit d'un signe fondamental de protestation du peuple bangladais qui nous dit son mécontentement face à la manière dont ont été organisées les élections dans ce pays", a-t-il ajouté.
"Ce scrutin est suicidaire car il ne va pas ramener la paix dans le pays", a commenté Abul Kashem, militant du BNP, devant un bureau de vote à Dacca, la capitale.
PAS D'OBSERVATEURS EUROPÉENS OU DU COMMONWEALTH
"Ces élections ne vont nullement contribuer à résoudre le blocage que nous observons depuis quelques mois", souligne Iftekhar Zaman, directeur pour le Bangladesh de Transparency International, ONG spécialisée dans la lutte contre la corruption.
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"Le Parlement qui en émergera sera un Parlement sans opposition. Nous allons au devant d'une très grave crise de légitimité", ajoute-t-il.
Le BNP avait appelé ses partisans à ne pas participer à des élections qu'il qualifiait de farce et des responsables électoraux ont eux-mêmes reconnu dimanche que la participation semblait faible.
Secrétaire d'Etat chargé du Droit, Mohammad Quamrul Islam a pour sa part jugé que ces élections se déroulaient dans le calme et qu'elles étaient nécessaires dans le cadre du processus démocratique. Il a souligné qu'un nouveau scrutin pourrait être organisé à tout moment en cas d'accord avec le BNP.
Le BNP, dont nombre de cadres sont en prison ou en fuite, avait décidé de boycotter le scrutin pour protester contre la décision de Sheikh Hasina de ne pas suivre la tradition qui voulait qu'un gouvernement apolitique de transition soit formé avant les élections.
L'exécution en décembre d'Abdul Quader Mollah, un chef islamiste proche du BNP condamné à mort pour des crimes commis en 1971 durant la guerre d'indépendance, a aussi contribué aux troubles.
L'Union européenne, qui absorbe 60% des exportations du secteur local de la confection et du textile, a refusé d'envoyer une mission d'observation électorale. Les Etats-Unis et le Commonwealth, qui regroupe 53 nations, d'anciennes colonies britanniques pour l'essentiel, ont fait de même.
Si l'issue des législatives ne fait aucun doute, l'avenir à moyen terme du Bangladesh et de ses 160 millions d'habitants semble beaucoup plus incertain.
La crise politique risque notamment de peser sur le secteur de la confection, qui représente 80% des exportations et un chiffre d'affaire annuel de 22 milliards de dollars (16 milliards d'euros). Il a déjà été malmené par une série de grèves dont une, toujours en cours, a été organisée à l'appel du BNP.
Jean-Philippe Lefief, Henri-Pierre André, Bertrand Boucey et Pierre Sérisier pour le service français, édité par Danielle Rouquié
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