L'opposition fait monter la tension en Thaïlande
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par Amy Sawitta Lefevre
BANGKOK (Reuters) - Des milliers d'opposants au gouvernement thaïlandais ont manifesté à Bangkok mardi en prélude à une action plus spectaculaire prévue lundi, lorsqu'ils tenteront de bloquer les grandes artères de la capitale et de provoquer la paralysie des institutions.
Le cortège s'est ébranlé à partir du campement principal des protestataires, au pied du Monument de la démocratie, dans le quartier historique de Bangkok, tout en évitant de défiler dans le centre de la ville. La police n'a pas fourni d'estimation du nombre de manifestants, évalué par Reuters à au moins 5.000.
Ce mouvement de contestation, qui a vu le jour en novembre, vise à déloger du pouvoir Yingluck Shinawatra, soeur de l'influent Thaksin Shinawatra, qui vit en exil.
Les protestataires rejettent la tenue des élections que le Premier ministre compte organiser le 2 février, avec de grandes chances de l'emporter, pour tenter de sortir de la crise. Ils réclament la formation d'un "conseil populaire" chargé de superviser des réformes avant tout scrutin.
L'opposition prévoit de manifester à nouveau jeudi avant de tenter d'organiser à partir de lundi la paralysie du pouvoir.
Les autorités ont annoncé que 20.000 policiers, appuyés par l'armée, seraient déployés dans les rues lundi.
"Nous nous attendons à de vastes rassemblements et on craint des violences (...) notamment de la part de tierces parties cherchant à provoquer des violences", a dit à Reuters le chef du conseil de sécurité nationale, Paradorn Pattanathabutr.
"Les soldats protégeront les principaux bâtiments gouvernementaux et la police sera dans les rues à guetter d'éventuels affrontements", a-t-il ajouté.
Paradorn Pattanathabutr n'a pas précisé qui il visait avec l'expression "tierces parties" mais l'armée, qui a déjà tenté ou réussi 18 coups d'Etat en 81 ans de fragile démocratie en Thaïlande, pourrait être tentée d'intervenir en cas de troubles.
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ENQUÊTE CONTRE 308 ÉLUS
Les rumeurs sur une éventuelle intervention de l'armée ont été alimentées par le transfert vers Bangkok de chars et d'autres équipements militaires en prévision du défilé militaire du 18 janvier, à l'occasion de la Journée de l'armée.
Le chef d'état-major entretient l'ambiguïté sur ses intentions. Interrogé par des journalistes mardi sur les rumeurs de coup d'Etat, Prayuth Chan-ocha a répondu: "N'ayez pas peur de choses qui ne se sont pas encore produites (...) mais si elles se produisent, n'ayez crainte. Il y a des rumeurs comme ça tous les ans."
Yingluck Shinawatra est également fragilisée par la décision de la Commission anticorruption d'ouvrir une enquête contre 308 députés et sénateurs, en majorité issus du parti Puea Thai au pouvoir.
Son directeur, Vicha Mahakun, a dit mardi à la presse que ces élus seraient poursuivis pour avoir illégalement tenté de modifier la Constitution en présentant une loi visant à changer le mode de désignation du Sénat, afin que tous ses membres soient élus -la moitié d'entre eux sont actuellement nommés.
Cette loi -une des causes de la fronde de l'opposition- avait été jugée anticonstitutionnelle en novembre et deux opposants avaient déposé un recours devant la Commission anticorruption.
Le Parlement a depuis été dissous. La Commission n'a pas précisé si les poursuites judiciaires empêcheraient les élus sortants de se présenter aux élections du 2 février.
Yingluck Shinawatra n'est pas visée par l'enquête, a précisé Vicha Mahakun.
Avec Vorasit Satienlerk; Bertrand Boucey et Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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