Renforcé par la guerre en Syrie, Al Qaïda de retour en Irak
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par Suadad al-Salhy
BAGDAD (Reuters) - Les insurgés de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), affiliés à Al Qaïda, qui tentent de créer un califat en exploitant le chaos de la guerre civile en Syrie, sont de retour au premier plan en Irak, où les affrontements ont repris dans la province d'Anbar.
Au moment où ils sont combattus par une partie de la rébellion syrienne qui les accuse d'avoir "détourné la révolution", leur drapeau noir a de nouveau flotté sur les villes de Ramadi et Falloudja, dont ils avaient été évincés en 2006-2007 après une offensive des forces américaines appuyées par des tribus locales.
Les djihadistes de l'EIIL ont repris pied ces derniers jours dans ces deux villes en profitant de la colère des tribus sunnites de cette province à l'ouest de Bagdad, qui se sentent marginalisées par le gouvernement irakien majoritairement chiite et ont été choquées par l'arrestation violente du député sunnite Ahmed al Alouani fin décembre.
Ils ont également mis à profit la porosité de la frontière syrienne.
Les forces irakiennes de sécurité ont pratiquement repris lundi le contrôle de Ramadi, mais plusieurs secteurs de Falloudja sont toujours tenus par les combattants de l'EIIL.
Leur progression, qui inquiète particulièrement les Etats-Unis, illustre les risques de contagion du conflit en cours en Syrie dans un cadre plus global d'affrontement indirect entre l'Arabie saoudite sunnite et la république islamique chiite d'Iran.
"Les conflits syrien et irakien se nourrissent mutuellement", relève Fawaz Gerges, spécialiste du Proche-Orient à la London School of Economics.
"Une lutte géostratégique féroce se développe déjà dans le monde arabe entre l'Arabie saoudite et l'Iran. Le risque qu'une guerre ouverte en Irak verse davantage d'huile sur le feu et déstabilise les pays arabes fragiles est réel", ajoute-t-il.
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Selon cet expert, c'est le "vide de gouvernance" en Irak, en Syrie mais aussi au Liban -où l'EIIL a revendiqué l'attentat suicide qui a fait cinq morts le 2 janvier dans une banlieue chiite de Beyrouth- qui a permis ce retour au premier plan d'Al Qaïda.
VAGUE DE COLÈRE SUNNITE
A la suite du renversement de Saddam Hussein en 2003, moins de deux ans après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis revendiqués par Al Qaïda, l'Irak était devenu un champ de bataille pour la nébuleuse alors dirigée par Oussama ben Laden.
Mais ses effectifs et son terrain d'action se sont étiolés à partir de 2006-2007, lorsque les forces américaines ont su rallier les chefs des tribus sunnites contre ces djihadistes s'étant mis à dos une partie de la population par leur volonté d'imposer une lecture stricte des principes de l'islam.
La province d'Anbar, qui fut le coeur de l'insurrection sunnite après 2003, n'en est pas moins demeurée une place forte pour les militants d'Al Qaïda.
L'intervention meurtrière de la police irakienne contre un campement de manifestants sunnites la semaine passée, et l'arrestation du député Ahmed al Alouani quelques jours plus tôt, ont déclenché des affrontements entre des groupes armés issus de tribus sunnites et les forces de sécurité irakiennes.
Les islamistes en ont profité pour prendre d'assaut plusieurs postes de police de la province, s'emparant d'armes et libérant des prisonniers.
A Falloudja, des hommes au visage masqué ont hissé le drapeau d'Al Qaïda, établi des barrages et appelé les habitants à les soutenir.
"Jusqu'à présent, l'EIIL est pour l'essentiel porté par la vague de colère des populations sunnites", estime Charles Lister, du Brookings Doha Center. Mais s'il entend conserver de l'influence sur les centres urbains de l'Anbar, il lui faudra nouer des liens de coopération avec les tribus locales.
La réaction des forces irakiennes de même que les divisions au sein de la classe politique sunnite jouent plutôt en faveur du Premier ministre irakien, le chiite Nouri al Maliki, juge l'analyste irakien Hachim al Habobi. "De nombreux sunnites considèrent Maliki comme une bien meilleure option qu'Al Qaïda", dit-il.
A Ramadi, du reste, des combattants de tribus sunnites se sont alliés aux forces gouvernementales pour repousser les djihadistes.
Avec Rania ElGamal et Peter Graff; Henri-Pierre André pour le service français
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