Le secteur de la confection sous tension au Bangladesh
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par Nandita Bose et Ruma Paul DACCA (Reuters) - Les violences qui ont accompagné les élections législatives au Bangladesh et l'incertitude politique qui persiste pèsent sur le secteur de la confection, principal moteur de l'économie nationale et acteur central du marché mondial de l'habillement. Etablie dans les faubourgs de Dacca, la compagnie Babylon Garments a dû réduire le temps de travail de ses employés de dix à huit heures par jour et envisage de fermer des lignes de production pour tenir compte des problèmes dans le transport, qui ont provoqué un surcoût de 10 à 20%, et de la fonte des carnets de commandes, certains acheteurs étrangers ayant réduit leurs ordres par crainte de troubles politiques. La compagnie, qui fournit des chemises, des pantalons et d'autres vêtements à des détaillants internationaux, dont la chaîne américaine Wal-Mart et le distributeur britannique Tesco, est l'un des principaux acteurs du secteur bangladais de la confection, qui représente 22 milliards de dollars et 80% des exportations du pays. Au cours du trimestre écoulé, alors que les tensions politiques allaient croissant, les commandes ont baissé de près de 50%, du jamais vu en vingt ans, selon les données publiées par la Bangladesh Garment Manufacturers and Exporters Association (BGMEA). "Habituellement, en décembre, nous croulons sous les commandes au point de ne pouvoir en prendre davantage. Mais cette année, c'est une tout autre histoire", explique Muhammad Saiful Hoque, directeur général adjoint de Babylon Garments. La production des chemises est ainsi tombée à 750.000 pièces en décembre, contre 850.000 un an plus tôt. IMPACT PLUS GRAVE QU'APRÈS L'EFFONDREMENT DU RANA PLAZA Des représentants du secteur assurent que les violences ayant précédé les élections législatives de dimanche dernier ont eu des conséquences plus graves que l'effondrement en avril du Rana Plaza, une usine illégalement construite où plus de 1.100 ouvriers ont perdu la vie. Cet accident avait conduit à des appels à une amélioration des conditions de travail des salariés bangladais et à davantage de vigilance de la part des grandes enseignes mondiales de la distribution qui vendent des vêtements Made in Bangladesh. La situation pourrait encore s'aggraver du fait du décalage de trois mois environ entre le moment où un ordre est passé et le moment où la marchandise est livrée. Au risque d'entraîner une pénurie du marché mondial en raison de l'importance du Bangladesh. Un porte-parole de Wal-Mart se veut rassurant, soulignant que la chaîne américaine s'approvisionne auprès de plus de 70 pays, ce qui réduit le risque d'un tarissement des importations. Mais Michael J. Silverstein, associé du cabinet de consultant Boston Consulting Group, souligne que le Bangladesh occupe un rôle trop primordial dans la chaîne pour que l'on puisse s'en passer. Les violences politiques avaient fait une centaine de morts avant le scrutin. L'heure ne semble pas à l'accalmie: lundi, de nouvelles violences ont fait sept morts et un décès supplémentaire a été signalé mardi en marge d'une grève générale de 48 heures à l'appel du principal parti de l'opposition, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), qui a boycotté les élections. Chez AKH Group, fournisseur des chaînes H&M, Marks & Spencer, Fast Retailing et Uniqlo, on indique que les délais deviennent pratiquement impossibles à tenir. "Les camions sont bloqués sur les routes depuis des jours et il n'y a pas grand chose à faire sinon accepter de payer beaucoup plus", dit le directeur général adjoint du groupe, Abul Kashem, précisant que les coûts du transport sont parfois multipliés par 30. Du côté des commandes, les ordres ont baissé de 25% en moyenne. D'après la BGMEA, la fédération patronale du secteur, c'est l'Inde qui tire le plus grand profit de ces baisses de commandes au Bangladesh, le reste bénéficiant aux entreprises de confection du Pakistan et de la Chine. "Le Rana Plaza avait asséné un coup sévère à la réputation de notre pays sans pour autant avoir le même impact sur la confiance de nos acheteurs et l'afflux de commandes que la crise actuelle", dit Muhammad Saiful Hoque, le directeur général adjoint de Babylon Garments. Avec Phil Wahba à New York et James Davey à Londres; Henri-Pierre André pour le service français
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