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Evasif sur sa vie privée, Hollande prend un risque politique

reuters.com

Publié le 14 janvier 2014 à 16:45 - Mis à jour le 14 janvier 2014 à 22:20

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par Sophie Louet et Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - François Hollande a pris mardi le risque de parasiter sa politique économique en refusant de clarifier sa situation conjugale, une ambiguïté symptomatique selon ses détracteurs d'une indécision dommageable à la gestion du pays.

Preuve de l'interaction entre affaires publiques et affaires privées, que persiste à récuser l'Elysée, la troisième conférence de presse du président a été suspendue à la question délicate de l'avenir du couple présidentiel, un "mauvais vaudeville" dont la presse s'est emparée après les révélations du magazine Closer sur la liaison présumée de François Hollande avec l'actrice française Julie Gayet.

Le chef de l'Etat, recordman de l'impopularité, entendait faire de ce rendez-vous le premier acte d'une relance politique : il s'est vu contraint de s'exprimer à plusieurs reprises sur un imbroglio intime qui n'est pas sans précédent dans sa carrière, sans toutefois faire taire les interrogations.

Se retranchant derrière le respect de la vie privée, il a assuré qu'il ferait toute la clarté sur sa vie intime avant sa visite d'Etat aux Etats-Unis, du 9 au 11 février, où sa compagne Valérie Trierweiler est censée l'accompagner.

Après un préambule de 40 minutes sur ses choix économiques, François Hollande a répondu à la première question de l'un des quelque 500 journalistes français et étrangers présents. "Valérie Trierweiler est-elle toujours Première dame?"

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Valérie Trieweiler, que des proches disent très affectée par la divulgation de cette liaison, a été hospitalisée vendredi dernier pour une durée indéterminée.

"Chacun, dans sa vie personnelle, peut traverser des épreuves. C'est notre cas. Ce sont des moments douloureux", a répondu François Hollande.

"Mais j'ai un principe, c'est que les affaires privées se traitent en privé, dans une intimité respectueuse de chacun. Ce n'est donc ni le lieu ni le moment de le faire", a-t-il ajouté, précisant par la suite qu'il ne poursuivrait pas Closer.

"LES DÉGÂTS VONT ÊTRE CONSIDÉRABLES"

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, avait esquissé l'entreprise de "déminage", selon les termes de cadres socialistes, à l'Assemblée en séparant "vie privée" et "fonction publique" face aux inquiétudes de la droite.

Même si l'image du président n'est pas affectée pour l'instant par cet épisode, la question reste posée, selon l'opposition, de sa capacité à habiter la fonction présidentielle face au soupçon de désinvolture.

François Hollande "doit prendre conscience du niveau de responsabilité qu'il exerce", a déclaré à l'Assemblée le chef de file des députés UMP, Christian Jacob.

Ce dernier s'est inquiété de la sécurité présidentielle après les révélations de Closer qui témoignent d'"une véritable filature" durant "plusieurs semaines". "Partout ma sécurité est assurée", a souligné François Hollande.

Les responsables de l'UMP, qui ne pardonnent pas à François Hollande ses diatribes anti-Sarkozy, rappellent le chef de l'Etat à ses engagements de candidat ("Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire") et à ses emportements de premier secrétaire du Parti socialiste.

En janvier 2008, après la conférence de presse de Nicolas Sarkozy durant laquelle celui-ci avait officialisé sa relation avec Carla Bruni, François Hollande avait fustigé un "président 'm'as-tu vu'" installant les Français "en voyeurs".

A l'approche des élections municipales, cadres et élus du PS se disent pour certains "effarés" par la cascade de défaillances de l'exécutif et sa possible incidence sur le verdict des urnes.

"Malgré nous, on est tous piégés, c'est un feuilleton à plusieurs épisodes. Les dégâts vont être considérables, c'est un des marqueurs du quinquennat. La vie privée du président, ça n'existe pas", déplore un député socialiste.

ABOLIR LE STATUT DE "PREMIÈRE DAME"?

Dans une forme de diversion, des personnalités politiques de gauche ont souhaité que des enseignements institutionnels soient tirés de "l'affaire" en abolissant le statut de "Première dame", qui n'a aucune existence constitutionnelle ou protocolaire en France, contrairement à la "First lady" américaine.

Un "archaïsme de la République" pour Thierry Mandon, porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée.

"Ce n'est pas un couple qui se présente", avait affirmé François Hollande durant la campagne présidentielle, laissant entière l'ambivalence de sa relation maritale et imposant à sa compagne une intenable précarité.

Ce flou conduit à une aberration, celle de conférer à une relation privée une forme de statut public (Valérie Trierweiler dispose d'un cabinet, d'un site internet, d'un agenda officiel...), soulignent des juristes.

"François Hollande l'avait dit à un moment : on élit une personne. Et puis après tout, cette personne, elle vit seule, elle est célibataire, elle peut vivre avec un autre homme, une femme. Ça n'intéresse pas, ça ne doit pas interférer. Ça veut dire qu'il n'y a pas de Première dame, c'est fini", a dit le sénateur socialiste François Rebsamen sur RTL.

Interrogé à ce sujet, François Hollande a plaidé pour la "transparence" sur le moyens alloués au conjoint du président, sans plus s'appesantir sur le sujet.

Selon des témoignages de proches dans les médias, Valérie Trierweiler souhaiterait rester aux côtés du chef de l'Etat.

Contrainte de réprimer un tempérament qualifié parfois d'éruptif qui a marqué le début du quinquennat, elle pourrait être tentée de rendre "coup pour coup" à François Hollande, dit l'une de ses biographes, Nadia Le Brun, au Figaro.fr.

Dans cette hypothèse, les dommages collatéraux du "mauvais vaudeville" seraient politiquement très lourds, dit un élu PS.

Edité par Yves Clarisse

reuters.com

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