L'Onu met en cause des Tchadiens dans les violences en RCA
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L'Onu met en cause des Tchadiens dans les violences en RCA
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par Tom Miles
GENEVE (Reuters) - Une équipe d'enquêteurs des Nations unies en Centrafrique a recueilli de nombreux témoignages mettant en cause des Tchadiens, y compris des militaires censés s'occuper de maintien de la paix, dans les violences à Bangui.
Dans leurs conclusions préliminaires présentées mardi par le Haut Commissariat de l'Onu aux droits de l'homme, ces quatre enquêteurs rapportent aussi que des combattants musulmans et leurs familles ont été attaqués et tués par des miliciens chrétiens ou des habitants de Bangui après avoir été désarmés par les forces françaises.
Le porte-parole du commissariat aux droits de l'homme, Rupert Colville, a toutefois défendu les actions de l'armée française, qui a, selon lui, modifié sa façon de procéder dès lors qu'elle a pris conscience de ces représailles.
Les quatre enquêteurs de l'Onu ont effectué 183 entretiens entre le 12 et le 24 décembre et recueilli de nombreux témoignages sur les violences commises à Bangui à partir du 5 décembre, lorsque des miliciens chrétiens "anti-balaka" s'en sont pris aux combattants essentiellement musulmans de l'ex-Séléka. Ces derniers ont renversé en mars le président François Bozizé avant de faire régner leur loi à Bangui.
Selon Rupert Colville, ces éléments indiquent que la haine entre communautés religieuses a atteint des "niveaux de violence extraordinaires".
Les conclusions des enquêteurs onusiens "mettent en lumière (des) violations généralisées des droits de l'homme (...), parmi lesquelles des exécutions extrajudiciaires, des violences sexuelles, des mutilations, des disparitions forcées, des mauvais traitements, des viols et des attaques délibérées contre des civils en raison de leur religion", écrit le Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'homme.
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BRASSARDS TCHADIENS
De nombreuses personnes interrogées ont identifié des Tchadiens parmi les ex-Séléka auteurs de violences. Le Tchad, qui participe à la force africaine de maintien de la paix (Fomac), dément avoir prêté main forte aux combattants musulmans.
"Des témoins ont, de manière systématique, rapporté que des ex-Séléka portant des brassards de membres tchadiens (de la Fomac) sont allés de maison en maison à la recherche d'anti-balaka et ont tué des civils par balles", ajoute le Haut commissariat. "L'équipe a aussi recueilli des témoignages crédibles de collusions entre des éléments tchadiens de la Fomac et des forces ex-Séléka."
D'après un de ces témoignages, des ex-Séléka accompagnés de Tchadiens de la Fomac ont ainsi, le 5 décembre, "tué aveuglément au moins 11 personnes, dont des femmes âgées, des personnes malades et des personnes souffrant de handicap mental".
L'Onu est en train de constituer une commission d'enquête officielle, dont les conclusions pourraient ouvrir la voie à des poursuites judiciaires.
Malgré la présence depuis début décembre de 1.600 militaires français et de 4.000 soldats de la paix africains, les affrontements se poursuivent de manière sporadique entre ex-Séléka et miliciens chrétiens.
Même si la situation s'est quelque peu apaisée, "environ 40 personnes auraient été tuées depuis vendredi à Bangui et plusieurs cas d'enlèvements, de mutilations et de pillages à grande échelle ont aussi eu lieu ce week-end", écrit le haut commissariat.
Le nouveau dirigeant provisoire de la Centrafrique, Alexandre-Ferdinand Nguendet, a ordonné lundi aux forces de sécurité de tirer à vue en cas de troubles à l'ordre public.
COMMUNAUTÉS MUSULMANES RENDUES VULNÉRABLES
Haut commissaire de l'Onu aux droits de l'homme, Navi Pillay a toutefois appelé les nouvelles autorités à ne pas commettre à leur tour de violations du droit international.
Les enquêteurs de l'Onu ont aussi "reçu de nombreux rapports indiquant que le désarmement des ex-Séléka mené par les forces françaises aurait laissé certaines communautés musulmanes vulnérables aux représailles des anti-balaka".
"Divers incidents se sont déroulés à Bangui, incidents au cours desquels des anti-balaka ou des foules hostiles ont pris pour cible et tué des ex-Séléka récemment désarmés et leurs familles", écrit le haut commissariat aux droits de l'homme.
Rupert Colville a toutefois défendu les soldats français.
"Ils tentaient à l'évidence de désarmer des hommes armés, ce qui est une bonne chose. Il y a des éléments anti-balaka et même des civils qui en ont profité pour attaquer et tuer des gens qui avaient été désarmés, ou leurs proches", a-t-il dit.
"Il est donc évident que cela n'était pas prévu mais je crois que la tactique a été modifiée dès qu'il est apparu que c'est ce qui s'était passé."
Le comité des droits de l'homme de l'Onu, qui rassemble des experts indépendants, doit se réunir lundi en session extraordinaire pour examiner la situation en Centrafrique. Il devrait nommer un enquêteur spécial pour ce pays.
Bertrand Boucey pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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