La crise politique risque de ternir la bonne image de la Turquie
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par Nick Tattersall et Asli Kandemir
ISTANBUL (Reuters) - Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan semble garder la main dans la crise politique qui secoue la Turquie, mais sa volonté de réduire l'indépendance de la justice et de contrer l'influence d'un puissant dignitaire musulman risque de ternir la bonne image du pays dans les milieux d'affaires étrangers.
Une enquête judiciaire pour corruption ouverte en décembre à l'encontre de ministres et de proches du gouvernement a déclenché en retour une purge dans la police de la part du gouvernement et un projet de réforme de la justice.
Le Parti de la justice et du développement (AKP) du Premier ministre a déposé cette semaine au Parlement une proposition de loi octroyant au ministre de la Justice des pouvoirs étendus dans la nomination des magistrats.
D'après des documents judiciaires cités par la presse, l'affaire de corruption porterait sur des projets dans l'immobilier et le BTP et que le commerce de l'or entre la Turquie et l'Iran.
Au pouvoir depuis 2003, Recep Tayyip Erdogan est à la tête ce qui est considéré aux Etats-Unis et en Europe comme une sorte de modèle pour une démocratie en pays musulman. Depuis son arrivée aux affaires, la Turquie a connu une forte croissance économique. Il a changé la réputation du pays, en proie aux crises économiques et financières sous les gouvernements instables des années 90.
Mais la répression en juin dernier des manifestations contre le gouvernement et la volonté de l'exécutif de renforcer son contrôle sur les nominations de magistrats trahissent, disent ses détracteurs, des tendances de plus en plus autoritaires.
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"Tout le monde sait que son plan de garder la justice sous contrôle politique est inconstitutionnel et antidémocratique", déclare Koray Caliskan, professeur de sciences politiques associé à l'université Bogazici d'Istanbul.
"UNE BALLE DANS LE PIED"
Pour Recep Tayyep Erdogan, l'enquête pour corruption est une tentative de "coup d'Etat judiciaire" par un "Etat parallèle", référence à peine voilée à l'influence sur la justice et la police de son ancien allié, le religieux en exil Fethullah Gülen. Les partisans de ce dernier le considèrent comme plus progressiste et plus pro-occidental que le Premier ministre.
"Si on venait à penser durablement qu'on ne peut pas faire d'affaires en Turquie sans pots-de-vin, les investisseurs étrangers pourraient ne pas participer aux opérations de privatisations", estime Huseyin Gurer, associé chez Deloitte.
"Il se peut aussi que les investisseurs commencent à s'inquiéter du système juridique et s'interroger sur la préservation de leurs droits face à la loi", ajoute-t-il. "Le gouvernement ferait bien de prendre des mesures immédiates pour corriger cette perception."
"Il y a un risque considérable que la Turquie perde ce qu'elle a gagné en crédibilité et en investissements ces dix dernières années", renchérit un banquier turc qui a préféré rester anonyme craignant les répercussions d'une critique publique du gouvernement.
"Les pays où l'exécutif est en conflit avec le pouvoir judiciaire ou le domine ont du mal à avoir accès aux financements étrangers", ajoute-t-il. "La Turquie est en train de se tirer une balle dans le pied."
ATTENTISME
Les besoins de financements extérieurs de la Turquie sont considérables. La banque Barclays les estime à plus de 150 milliards d'euros cette année, soit plus de cinq fois les réserves de changes nettes de la banque centrale cette année. D'où l'importance pour la Turquie de maintenir un accès aux marchés internationaux de capitaux à un coût raisonnable.
Un dirigeant qui conseille les entreprises étrangères qui veulent investir en Turquie dit avoir constaté ces dernières années une amélioration considérable du climat des affaires, avec notamment beaucoup moins de formalités bureaucratiques.
"Mais, nuance-t-il, le pays n'a pas eu le même succès en ce qui concerne la transparence. Les investisseurs étrangers qui envisageaient précédemment de venir en Turquie sont désormais en position attentiste."
Le président Abdullah Gül, qui a fondé l'AKP avec Erdogan, s'est soigneusement tenu à l'écart des polémiques de ces dernières semaines. Comme il a rarement utilisé son droit de veto par le passé, il devrait promulguer la loi sur la réforme de la justice.
Le président Gül a rencontré les dirigeants des trois principaux partis d'opposition lundi, pour semble-t-il une tentative de réconciliation de dernière minute, alors que la commission de la Justice du Parlement, dominée par les représentants de l'AKP, est toujours en train d'examiner le projet de loi et sa date d'examen en séance n'est toujours pas connue.
L'autoritarisme dont est accusé Recep Tayyip Erdogan pourrait également avoir des répercussions lors des élections municipales de mars prochain. Certains observateurs voient le mouvement du prédicateur, le Cemaat, accorder son soutien tacite au Parti du peuple républicain (CHP, opposition) dans la course à la mairie d'Istanbul.
Avec Daren Butler; Danielle Rouquié pour le service français
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